URTUBIA Lucio [Dictionnaire des anarchistes]

Par Olivier Ray, Christiane Passevant, Marianne Enckell

Né en 1931 à Cascante (Navarre, Espagne) ; ouvrier du bâtiment puis entrepreneur ; militant anarchiste.

Le père de Lucio Urtubia était secrétaire de l’Union générale des travailleurs (UGT) et maire adjoint du village. Né dans une famille nombreuse (un frère et quatre sœurs), il fut condamné pour des vols, fit de la contrebande avec la France. Engagé volontaire dans la Guardia Civil en 1952, il organisa un trafic d’uniformes et autres marchandises. Découvert, il fuit en août 1954 et gagna Vaucresson (Hauts-de-Seine) où travaillait sa sœur.

À Paris, il fut terrassier et maçon. Il obtint sa carte de résident, et entra aux Jeunesses libertaires ibériques (FIJL). En 1957, il hébergea le guérillero Francisco Sabaté (dit Quico) dans son studio de Clichy.

Lucio fut bientôt inscrit au service de l’éloignement de la Préfecture de police, classé réfugié politique, carte de séjour à renouveler tous les trois mois.

En 1958-1959, il commença à participer à divers braquages et s’occupa pour le compte de Sabaté d’envoi de mandats et de prises de contact en Espagne.

En mai 1968, il fit la connaissance d’Anne Garnier, qu’il épousa le 30 octobre 1969 et dont il eut une fille. Il monta un comité de quartier à Clichy. C’est à partir de 1969 qu’il installa une imprimerie et qu’il se lança dans la fabrication de faux papiers, ainsi que dans le trafic d’armes et d’explosifs pour des groupes de confiance. À ces fins, lui et Anne louèrent, sous une fausse identité, des boxes ou des appartements afin d’opérer et de stocker le matériel nécessaire.

Le 22 mai 1974, Lucio et Anne furent arrêtés et accusés de complicité dans l’enlèvement du banquier Balthazar Suarez (voir Octavio Alberola). Il fut incarcéré à la Santé jusqu’au 18 septembre mais fut acquitté avec tous les autres inculpés lors du procès en 1981. En octobre 1976, il fut assigné à résidence pendant cinq jours à Belle-Ile-en-Mer (avec une douzaine d’autres anarchistes comme Vicente Marti) à l’occasion de la venue du roi d’Espagne Juan Carlos en visite officielle en France.

En 1978, "Lucio" continua de procurer armes et faux papiers à certains groupes en lutte contre les restes de la dictature franquiste. Il procura aussi des faux papiers à des exilés à d’Uruguay, de Bolivie, du Chili et d’Argentine. À partir de 1979, il commença à concevoir et à réaliser la reproduction et la fabrication de traveller’s checks. Ces faux chèques furent utilisés par les réseaux de lutte armée sans que Lucio maîtrise tout à fait leur utilisation et leur diffusion.

En 1982, il comparut devant la 13e chambre correctionnelle et fut condamné à treize mois de prison ferme pour fabrication de faux papiers. C’est après cela qu’il négocia avec la City Bank l’arrêt des poursuites.

Il fut à l’initiative de la création et de la construction du Centre Louise Michel, rue des Cascades à Paris (20e arr.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154854, notice URTUBIA Lucio [Dictionnaire des anarchistes] par Olivier Ray, Christiane Passevant, Marianne Enckell, version mise en ligne le 25 avril 2014, dernière modification le 14 décembre 2018.

Par Olivier Ray, Christiane Passevant, Marianne Enckell

ŒUVRE : Ma morale anarchiste, Editions libertaires, 2005.

SOURCES : Bernard Thomas, Lucio l’irréductible, Flammarion, 2000. — Vacances royales, film de Gabriel Auer, 1980. — Lucio : anarchiste, braqueur, faussaire… mais tout d’abord maçon, film réalisé par Aitor Arregi et José Maria Goenaga, 2007.

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