TÉLLEZ SOLÁ Antonio [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né le 18 janvier 1921 à Tarragone (Espagne), mort le 26 mars 2005 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Militant anarchiste espagnol. Maquisard en Aveyron. Journaliste et historien de la résistance libertaire en Espagne.

Fils d’un cheminot navarrais et d’une catalane, Antonio Tellez Sola émigra encore enfant avec ses parents à Soto de Rey, aux Asturies, où les événements d’octobre 1934 allaient profondément le marquer. En 1936 il était en Catalogne, à Lérida où il adhérait à la Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires (FIJL). Il allait vivre toute la période révolutionnaire à Lérida, Tarragone et Barcelone puis fut appelé sous les drapeaux au moment de la retraite en 1939.

Passé en France lors de la Retirada le 10 février 1939, il fut interné en mars au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne). En 1940 il travaillait à la construction d’une poudrière à Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Après la signature de l’armistice en juin 1940, et pour éviter d’être renvoyé dans un camp, il se sauva avec deux compagnons avec lesquels il gagna le petit hameau de Cantaus-Touzaguet où des paysans les employèrent comme ouvriers agricoles. Arrêté par les gendarmes en septembre et détenu une semaine à la prison de Tarbes, il fut transféré le 9 octobre au camp d’Argelès-sur-Mer. Puis il fut enrôlé dans le 321e Groupement de Travailleurs Etrangers (GTE) et envoyé en mars 1942 à Mende (Lozère) puis, en février 1943, en tant que « fauteur de troubles », aux mines d’antimoine de Collet-de-Dèze (Lozère).

Dénoncé aux Allemands en mars 1943, suite à une violente altercation avec un ingénieur de la mine, il fut transféré en avril à Agde pour participer à la construction de fortifications. Après avoir saboté la ligne de chemin de fer Perpignan-Béziers, il s’enfuit en mars 1944 et se cacha à Saint-Affrique (Aveyron), où il trouva du travail dans un hôpital. Convoqué par le Commissariat à la main-d’œuvre pour être envoyé travailler en Allemagne, A. Tellez s’enfuit à La Cavalerie (Aveyron), sur le plateau du Larzac, où il fut embauché par une entreprise de construction sur le chantier d’un centre de transmissions allemand. Il y organisa l’évasion de plusieurs prisonniers russes qui y travaillaient et entra très vite en contact avec la Résistance.

Début août 1944 et suite à l’arrestarion d’un prisonnier soviétique qui risquait de parler, Tellez s’évada du chantier après avoir coupé les barbelés, puis s’intégra à un maquis espagnol de la région de Decazeville et participa aux combats pour la libération de Rodez avec la IXe Brigade (Aveyron) de l’AGE [Agrupación de guerrilleros españoles], branche armée de la Unión nacional española, organisation créée par le PCE clandestin en France. Cette brigade de l’AGE constitua aussi un maquis actif— celui auquel appartint Tellez — pendant le printemps et l’été 1944 dans la région du bassin minier de Decazeville.

En octobre 1944, sous le nom de Tara, Antonio Tellez Sola participa à l’invasion du Val d’Aran dans le cadre de l’opération Reconquista de España organisée par l’Union Nationale Espagnole (UNE) sous la direction du Parti Communiste. Après l’échec de l’opération il s’installa à Toulouse où dans le cadre du Mouvement Libertaire Espagnol (MLE) il s’occupait de récupérer de l’armement pour les groupes qui partaient en Espagne. Il effectua plusieurs missions de liaison entre l’Espagne et la France.

En 1945 Antonio Tellez fut nommé au Comité national de la FIJL en France. En avril 1946 il démissionna du CN de la FIJL pour effectuer une mission en Espagne et s’intégrer à la guérilla. Après trois mois passés en Espagne, il rentra en France et s’installa à Paris.

Tout en nouant une amitié profonde avec certains membres des groupes d’action, dont José Lluis Facerias et Francisco Sabaté Llopart, il publia de nombreux articles, dessins et même une sorte de bande dessinée ("Las aventuras del señor Coleta", 1949) dans l’ensemble de la presse libertaire de l’exil. Il fut ensuite en 1954 l’un des fondateurs avec Fernando Gomez Pelaez du Suplemento Literario de Solidaridad Obrera.

En 1957, pour tenter de mettre un terme à l’immobilisme des responsables du Mouvement libertaire espagno (MLE), il participa avec Fernando Gomez Pelaez, José Dueso Montaner, Mariano Aguayo Moran et Liberto Lucarini Macazaga à la fondation du journal Atalaya (Paris, 7 n°, décembre 1957-juillet 1958), entreprise condamnée par les organismes représentatifs de la CNT. Lassé des luttes intestines, il cessa dès lors de militer et se consacra à recueillir l’histoire des groupes d’action libertaires en Espagne pour d’une part les revendiquer en tant que résistants antifranquistes et d’autre part en perpétuer la mémoire.

Apatride jusqu’en 1978, Antonio Tellez récupéra sa nationalité espagnole et voyagea pour la première fois d’une manière légale dans son pays. Journaliste au service étranger de l’Agence France Presse (AFP) – en mai 1968, il avait été un des rares non grévistes, estimant que la diffusion des dépêches était alors primordiale – il prit sa retraite en mars 1986 et s’installa près de Céret (Pyrénées-Orientales) puis à Perpignan d’où il collabora à la nouvelle presse libertaire espagnole tout en continuant son travail de mémoire sur la résistance en Espagne et en assumant une solidarité sans faille aux compagnons persécutés (GARI, Action Directe, etc).

Antonio Tellez Sola, qui était membre du Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) depuis de nombreuses années, est mort à Perpignan le 26 mars 2005.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153716, notice TÉLLEZ SOLÁ Antonio [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 23 mars 2014, dernière modification le 8 janvier 2017.

Par Rolf Dupuy

ŒUVRE en français : Sabaté, guérilla urbaine en Espagne, 1944-1960, Ed.Repères-Silena, 1990 — Le réseau d’évasion du groupe Ponzan : anarchistes dans la guerre secrète contre le franquisme et le nazisme, Ed. Le Coquelicot, 2008 — Attentat aérien contre Franco, Ed. Albache, 2014.
A. Tellez est également à l’initiative avec R. Dupuy d’un Dictionnaire des guérilleros et résistants antifranquistes mis en ligne sous le nom de Los de la Sierra (http://losdelasierra.info/).

SOURCES : M. Iñiguez, Esbozo..., op.cit.Bulletin du CIRA, Marseille, n° ,"Les anarchistes espagnols dans la tourmente" (témoignage d’A. Tellez) — Entretiens avec Rolf Dupuy — Monde Libertaire, n°1394, 14 avril 2005 (nécrologie de R. Dupuy).— Notes d’André Balent.

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