BERTON Germaine, Jeanne, Yvonne

Par Jean Maitron

Née le 7 juin 1902 à Puteaux (Seine) ; militante syndicaliste et anarchiste.

Fille d’un mécanicien et d’une institutrice, Germaine Berton fut renvoyée de l’usine Rimailho de Saint-Pierre-des-Corps où elle travaillait comme ouvrière puis fut secrétaire adjointe des comités syndicalistes révolutionnaires qui regroupaient au lendemain du congrès de la CGT tenu à Lyon en septembre 1919, les membres de la minorité syndicale. Elle fit partie du conseil des Métaux en 1921 et, après avoir été très proche du Parti communiste — elle a collaboré au Réveil d’Indre-et-Loire —, arrivée à Paris en octobre 1921, elle rejoignit les libertaires au début de 1922. Elle raconta : « J’ai adhéré à l’Union anarchiste. Je fus condamnée pour outrages à un secrétaire de commissaire de police et j’ai partagé la même cellule que celle occupée par Madame Bermain de Ravisi. J’ai quitté la prison Saint-Lazare le même jour qu’elle et j’ai voulu faire mon droit avec M. Paul Meunier. Je fus blessée au mois d’août 1922 d’un coup de sabre, au cours d’une manifestation au Pré-Saint-Gervais : à ce moment, je me suis séparée de l’Union anarchiste, dont les tendances étaient libertaires-communistes, alors que je suis une individualiste. Aussi ai-je adhéré au groupe des anarchistes individualistes du quatorzième arrondissement, rue du Château. J’ai travaillé quelquefois, mais, en dehors du produit de mon labeur, je reconnais que j’ai été soutenue par des camarades ; parmi les anarchistes individualistes, il y a des gens très riches » (déclarations au juge d’instruction Devise reproduites par la presse quotidienne).

Germaine Berton milita alors dans le Comité de défense des marins de la mer Noire. Le 22 janvier 1923, elle tua Maurice Plateau, chef des Camelots du roi, et tenta ensuite de se suicider pour échapper au jugement ; défendue par Henri Torrès, elle fut acquittée le 24 décembre 1923. L’Union anarchiste dans le leader du Libertaire, n° 210, 26 janvier — 2 février 1923, revendiqua « l’héroïque Germaine Berton » et stigmatisa ceux qui n’osèrent point revendiquer Villain qui tua Jaurès.

Après son acquittement, elle entreprit avec Chazanoff une tournée de conférences. À Bordeaux, le 22 mai 1924, il y eut des bagarres ; Germaine Berton fut arrêtée ; pendant huit jours elle fit la grève de la faim et dut être transportée à l’hôpital.

Le Libertaire du 2 novembre 1924 signala que depuis sa sortie du fort de Hâ à Bordeaux Germaine Berton était sujette à des idées noires ; elle tenta « l’autre nuit » de se suicider, l’arme s’enraya ; elle écrivit alors à la mère de Philippe Daudet, puis deux lettres à Colomer ; le lendemain, vers dix heures, elle alla au Père Lachaise « avec l’intention de s’agenouiller sur la tombe de quelqu’un qui lui était cher » puis elle absorba un poison. Le Libertaire du 3 novembre 1924 mentionna qu’elle fut hospitalisée à Tenon où elle reçut la visite de Madeleine Colomer et reconstitua la lettre destinée à Madame Daudet « seule parente de Philippe qui ayez reçu de sa mort le plus profond chagrin » et elle ajoutait : « Si Philippe est mort pour moi aujourd’hui, je me tue pour lui » (Philippe Daudet s’était suicidé le 24 novembre 1923). Le journal précisait que Germaine Berton portait toujours sur elle un médaillon reproduisant les traits de Philippe Daudet. Il semble qu’elle ne jouissait plus alors de toutes ses facultés.

L’état civil indique qu’elle se maria à Paris (Xe arr.) le 17 novembre 1925 avec Paul Burger.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article99750, notice BERTON Germaine, Jeanne, Yvonne par Jean Maitron, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 4 avril 2018.

Par Jean Maitron

SOURCES : Journaux cités.

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