BERTHON Auguste [BERTHON François, Auguste]

Par Jacques Girault

Né le 6 octobre 1860 à Valence (Drôme), mort le 9 janvier 1933 à Toulon (Var) ; ouvrier à l’Arsenal maritime de Toulon ; secrétaire général du syndicat ; député socialiste du Var (1914-1919) ; adjoint au maire de Toulon (1921-1925).

Auguste Berthon
Auguste Berthon

Fils d’un ouvrier à l’Arsenal maritime de Toulon, Berthon, doté d’une instruction primaire, entra à l’Arsenal, le 4 avril 1890 comme ouvrier tourneur dans l’atelier des machines. Le 3 mai 1896, aux élections municipales de Toulon, il figurait sur la « liste de conciliation républicaine radicale-socialiste » et aussi sur celle du « Comité socialiste d’action républicaine ». Au deuxième tour, il était élu sur la liste du comité Ferrero, du « Comité socialiste d’action républicaine ». À la suite d’une nouvelle élection, il était candidat, les 18 et 25 juillet 1897, sur la liste « des candidats de la Fédération républicaine socialiste ».

Le 21 octobre (ou novembre selon d’autres sources) 1899, se constitua le syndicat des ouvriers du port dont il devint le secrétaire général. Il donna à cette organisation une activité remarquable dans le mouvement ouvrier local grâce à des qualités soulignées par le commissaire spécial : « [...] intelligence supérieure, doublée d’un véritable talent d’administrateur plein d’initiatives. Son jugement est sûr, son sang-froid inébranlable ; sa parole est claire et ses arguments précis ». Sa puissance était telle que Lamarque pouvait écrire en juin 1911 : « Notre organisation sans Berthon est un corps sans tête. » Dans L’Écho de Paris, le 4 avril 1906, le « meneur » était ainsi dépeint : « C’est un personnage avec lequel les pouvoirs ont traité plus d’une fois de puissance à puissance. Sous M. Pelletan, Berthon opposé par le ministre au préfet maritime était appelé « le préfet ouvrier ». Cette expression de « préfet ouvrier » revenait couramment quand on voulait parler de son pouvoir.

Cette réputation lui attira des inimités, en particulier celle du secrétaire de la Bourse du Travail, Doria ; de 1907 à 1912, le conflit entre les deux militants, reflet d’une opposition plus fondamentale entre ouvriers du port et autres ouvriers, paralysa le mouvement ouvrier local. Dès juillet 1907, le syndicat de l’Arsenal avait quitté la Bourse du Travail pour être à l’origine de l’Union des syndicats ouvriers du Var. La CGT condamna cette attitude. Berthon déclara alors : « [...] ce serait la désapprobation des actes de solidarité accomplis par notre syndicat depuis sa fondation et jusque et y compris la manifestation de la CGT, organisée par l’Union des syndicats ouvriers du Var et à laquelle la Bourse du Travail n’a pas pris part. Ce sera la désapprobation de la propagande confédérale et l’approbation de l’action toute passive de la Bourse du Travail. »

D’autre part, ses rapports étaient tendus avec les socialistes locaux eux-mêmes divisés autour de deux dirigeants Escartefigue et Claude. On lui reprochait notamment d’avoir en 1906 poussé Claude contre Ferrero. Trois ans plus tard, il faisait partie de la liste du « Comité de défense des intérêts économiques et sociaux de la ville de Toulon » aux élections municipales du 12 décembre 1909, aux côtés d’Escartefigue, maire sortant qui avait conclu une alliance avec les milieux politiques de droite. Il ne fut pas élu.

Berthon démissionna du poste de secrétaire général en 1909 peut-être à la suite des candidatures aux élections municipales (il avait laissé porter la mention « secrétaire général du syndicat des ouvriers du port » sur les bulletins de vote). Il fut réélu, faute de candidats. Il devait toutefois abandonner cette responsabilité en novembre 1920. Il venait de prendre sa retraite ayant la possibilité légale (ancienneté de 305 mois 12 jours alors que le minimum exigé était de 300 mois). À cette occasion, le 28 octobre 1911, une fête fut donnée par le syndicat qui commémorait aussi son douzième anniversaire. Le communiqué du syndicat associait alors Berthon et la conquête de la journée de huit heures.

Berthon, par la suite continua à intervenir dans les assemblées du syndicat. Il avait assisté comme délégué au XVe congrès national corporatif (IXe de la CGT) et à la conférence des Bourses du Travail tenus à Amiens du 8 au 16 octobre 1906. Il assista également au XVIe congrès de Marseille, en octobre 1908. Il était régulièrement désigné par referendum pour participer aux congrès corporatifs de la Fédération des travailleurs de l’État.

À Amiens, Berthon avait rédigé un ordre du jour sur l’antimilitarisme, mais celui d’Yvetot fut seul pris en considération. Berthon souhaitait que chaque organisation soit autonome « sur les formes à donner à la propagande antimilitariste ».

Dans Ces messieurs de la CGT, les auteurs ont présenté ainsi le militant à cette époque : « Avec son front dénudé et sa moustache courte, Berthon [...] nous évoque une figure connue, celle de M. Caillaux, ministre des Finances. La parole de Berthon reste précise. Elle ne s’envole sur les sommets nuageux des mirages révolutionnairers que dans ses discours de réunion publique. » Et encore : « Berthon plus froid, reste, lui [en opposition à Doria], toujours calme. Il conseillera la violence, il y applaudira, mais sans y assister ni y participer jamais. »

L’Union départementale des syndicats ouvriers du Var ayant été créée le 14 décembre 1913 au congrès de La Seyne, Berthon en fut le premier secrétaire. Selon le rapport du commissaire spécial, soutenu par le puissant syndicat de l’Arsenal, après une lutte vive, il aurait finalement obtenu que Doria et ses amis acceptent son élection. Dans son discours, il aurait notamment déclaré : « C’est provisoirement que j’accepte [...] mais par la suite, il faudra sans doute envisager la nomination d’un secrétaire permanent [...] ; j’accepte dans l’espoir de voir renaître l’union varoise dans la grande famille ouvrière. » Il conserva cette responsabilité jusqu’au 12 juillet 1914.

Membre du Parti socialiste SFIO, Berthon se rallia vers 1911 à l’éphémère Parti ouvrier fondé par Allemane. Il était donc en marge du Parti quand il se présenta à la députation dans la deuxième circonscription de Toulon qui comprenait les premier et quatrième canton de la ville, c’est-à-dire la partie occidentale, dont le populeux faubourg du Pont-du-Las (Berthon habitait dans le proche quartier des Moulins) où vivaient de nombreux ouvriers de l’Arsenal et la proche banlieue orientale (La Valette, La Garde, etc.). Une section allemaniste avait été fondée, le 25 mars 1914, pour soutenir sa candidature selon le commissaire spécial. Au premier tour, il recueillait 1 226 voix sur 8 732 inscrits, arrivant en deuxième position derrière le maire de La Garde, Charlois, lui-même en marge de la SFIO et le candidat officiel de la SFIO, Claude. Le 10 mai, il devança nettement Charlois et fut élu avec 2 677 voix. Un rapport de police du 26 juillet 1914 indiquait que Berthon « a donné sa démission de la section toulonnaise du parti unifié pour pouvoir rester candidat aux élections et il a été élu malgré l’opposition du parti unifié. Il est donc hors du parti. Cependant, Berthon est socialiste de tempéramment et ses votes se confondent avec ceux du parti unifié à la Chambre des députés ». P. Renaudel s’occupait, selon le rapport, de la réintégration de Berthon dans la section de Toulon du Parti socialiste.

À la Chambre des députés, Berthon fit partie de la commission de la Marine marchande et de la Commission des pensions ; il prit rarement la parole en séance.

Le commissaire spécial de Toulon annonçait, le 7 février 1918, qu’il était sur le point d’être réintégré au Parti socialiste. Le préfet, six jours avant, estimait qu’il ne devait pas être réélu. Au congrès fédéral de la SFIO à Carnoules, le 30 septembre 1918, il fut délégué au congrès national comme représentant de la minorité. Dans le compte rendu qu’il en fit devant la section communale de Toulon, il aurait déclaré, selon le commissaire spécial, le 3 novembre 1918, « il y a quelque chose à faire en Russie » et aurait cité l’exemple de Jacques Sadoul.

Le congrès fédéral du 6 avril 1919 le délégua comme suppléant au congrès national.

Candidat aux élections législatives du 16 novembre 1919 sur la liste socialiste conduite par Renaudel, Berthon arriva en dernière position avec 18 039 voix sur 82 068 inscrits.

Au lendemain de la guerre, la municipalité sortante de Toulon était usée à l’image du maire Micholet. Aussi, une liste « du Bloc des Gauches. Union des Socialistes et des Républicains avancés » fut-elle élue, conduite par l’ancien député maire Ferrero. Berthon en faisait partie et arriva le 7 décembre 1919, en dix-neuvième position avec 4 074 voix au premier tour et 5 028 voix, sur 23 847 inscrits. Il fit partie des commissions des finances et des travaux et fut nommé délégué sénatorial. Mais, dès août 1920, des dissensions se produisirent et la minorité de six conseillers entraîna trois membres de la majorité dans la démission. Ils furent réélus. Le 4 mars 1921, Berthon fut nommé quatrième adjoint à la suite du décès du titulaire. Les nouveaux élus quittèrent alors la salle en signe de protestation. Cet épisode, outre son aspect d’hostilité systématique à la majorité municipale, s’expliquait aussi par ce que représentait Berthon.

Dès octobre 1919, Berthon figurait au bureau des réunions pour l’amnistie et en présida plusieurs par la suite. Lors de la réunion du Bloc des Gauches à Draguignan, le 10 janvier 1920, avec les élections sénatoriales où le principe des multiples candidatures individuelles fut adopté (Voir Fourment), Berthon déclara qu’il se présenterait « comme candidat syndicaliste, comme candidat des ouvriers ». Finalement, il retira sa candidature avant le scrutin.

Au conseil municipal, Berthon eut l’occasion de défendre des positions particulières. Un conseiller, le 11 février 1920, avait proposé une protestation contre l’augmentation de l’indemnité parlementaire. Berthon lui rétorqua qu’il était favorable à cette augmentation car les frais étaient importants et il fallait « assurer à la classe ouvrière des représentants ».

Dans les débats internes du Parti socialiste, Berthon, minoritaire à Toulon, acceptait les idées de la IIIe Internationale et présida à la place du maire Claude la conférence de Cachin en octobre 1920. Au congrès fédéral de Toulon, le 19 décembre, il défendit la motion Cachin-Frossard et fut désigné comme délégué pour les partisans de la motion au congrès de Tours. Aussi, envisagea-t-il, en janvier 1921, de donner sa démission de conseiller municipal. Il préféra attendre la décision du nouveau parti concernant les élus.

Le correspondant de la police le présentait comme « désireux de garder de bonnes relations avec ses locataires ». Cette remarque était une allusion à sa responsabilité de secrétaire de la section de Toulon de la Fédération des locataires du Sud-Est.

Dans la campagne organisée par le comité toulonnais pour l’amnistie intégrale, il présida notamment une réunion dans le quartier Saint-Roch, le 21 janvier 1921.

Le Petit Var annonçait, le 18 février 1921, qu’il était le secrétaire général de la section toulonnaise de la SFIC. À la suite de l’élection municipale partielle, le jour de son élection au poste de quatrième adjoint déjà évoquée, le 4 mars 1921, il déclara en séance du conseil municipal que les communistes n’avaient pas voté « parce que l’élection ne présentait pas le caractère de lutte de classe ». En tant que secrétaire de la section communiste, il affirma « nous continuons à collaborer avec la municipalité du Bloc des Gauches parce qu’elle est socialiste ». L’alliance conclue avec cette nouvelle force organisée à l’intérieur du conseil, se traduisit par un mandat d’adjoint. Aussi, seulement, vingt-trois voix se portèrent sur son nom. Il reçut la délégation à l’assainissement et à l’hygiène qu’il conserva jusqu’en 1925.

Cette attitude ne fut pas admise, dès le 5 avril 1921, par la majeure partie de la section communiste de la ville dominée par des militants d’origine libertaire. Flandrin, leur dirigeant, l’accusait d’être infidèle aux vingt et une conditions ; Berthon démissionna donc de la commission administrative de la section où il avait été réélu quinze jours plus tôt. Le 7 juillet 1921, il reçut à nouveau l’ordre de « traiter les affaires municipales selon les principes communistes ». Le congrès fédéral communiste d’Hyères, le 12 mars 1922, discuta de sa présence à la réception du président de la République à Toulon. Mais aucune décision ne fut prise. Toutefois, indice d’une évolution en cours, Berthon accepta, le 25 avril 1922, de prendre la parole dans une réunion organisée par la section SFIO en faveur de l’adjoint socialiste Coulomb diffamé. Les Coulisses du 31 mars 1923 signalaient que Berthon n’appartenait plus à aucun parti. Selon certains témoignages il était franc-maçon.

Lors du renouvellement du conseil municipal, se posa la question d’une éventuelle alliance entre la liste du Bloc des Gauches et les amis de Berthon. L’entente ne se fit pas et Berthon conduisit une liste de six conseillers municipaux sortants, dont deux anciens adjoints dite liste « de protestation des cartellistes rouges » qui s’opposa aux trois autres listes (droite, Bloc des Gauches, communiste). Le 3 mai 1925, sur 21 843 inscrits, Berthon recueillit 933 voix, soit plus que la moyenne de la liste communiste. Son affiche de remerciements annonçant son retrait laissait la liberté de vote pour le tour suivant.

Berthon était secrétaire du syndicat des retraités de Toulon et du Var et du syndicat des locataires. Par la suite, il fut secrétaire du syndicat de défense des petits retraités. Bien que parlementaire, il n’avait pas droit, comme tous les autres députés de la législature 1914-1919, à une pension. Le 31 octobre 1927, il présidait une séance du congrès national des retraités des administrations publiques à Paris. En janvier 1926, il avait refusé de faire partie du comité contre la vie chère mais acceptait de participer à la commission d’élaboration d’un indice du coût de la vie dans le cadre de la Bourse du Travail de Toulon.

Berthon n’abandonna pas ses convictions communistes. Il prit la parole dans une réunion publique communiste en novembre 1926 à Toulon. Dans la campagne menée par la droite toulonnaise et l’ancien maire Escartefigue contre la municipalité socialiste, Berthon intervint à propos d’une convention établie entre la ville et la Compagnie d’éclairage. Le Petit Var qui critiquait cet accord publia, le 3 décembre 1927, une lettre de Berthon qui se terminait ainsi : « Mon cœur de vieux militant syndicaliste saigne à la pensée que les travailleurs — dont je ne me séparerai jamais — sont les premières victimes de cet état de choses. » Le 1er mars 1929, le commissaire spécial de Toulon signalait des « faux bruits » selon lesquels Berthon dirigerait la liste communiste aux prochaines élections municipales. Lors de la campagne électorale, simple auditeur dans une réunion communiste du quartier Saint-Roch, il déclara selon le rapport de police, le 30 avril 1929 : « Le communisme détient seul la vraie doctrine socialiste que les autres partis ont abandonnée. » Et le rapport poursuivait : « il déclara appartenir de cœur au Parti communiste et lui apportera son bulletin de vote » aux prochaines élections.

La presse consacra des articles sans particularités lors de son décès en janvier 1933.

Berthon était le militant ouvrier toulonnais typique. Syndicaliste et socialiste, porté au compromis, il penchait sentimentalement vers un extémisme qu’il préconisait oralement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article99707, notice BERTHON Auguste [BERTHON François, Auguste] par Jacques Girault, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 6 août 2015.

Par Jacques Girault

Auguste Berthon
Auguste Berthon

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 021, 13 053, 13 118, 13 165, 13 730 ; FIC/III 1133. — Arch. Dép. Var, 2 M 7.24.3 ; 2 M 7.25.1 ; 2 M 7.28.4 ; 2 M 7.30.3 ; 2 M 7.31.1 ; 4 M 44 ; 4 M 45 ; 4 M 52 ; 3 Z 2.5 ; 3 Z 2.22 ; 3 Z 2.23 ; 3 Z 4.21 ; 3 Z 4.29. — Arch. Troisième Région mar. : matricule ouvrier, vol. 42, 3e série. —État civil, Valence.— Biographies du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français et du Dictionnaire des parlementaires. — Arch. privées : A. Lamarque. — M. Leclercq, E. Girod de Fléaux, Ces Messieurs de la CGT, Paris, 1908. — Presse locale et nationale. — Renseignements fournis par Monsieur J. Masse. — Sources orales. — Jolly, Dictionnaire des parlementaires français. — La Voix du Peuple, 28 décembre 1913.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., p. 44.

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