ALLONNEAU Auguste, Siméon

Par Jacques Girault, Gilles Morin

Né le 24 juin 1885 à Cours (Deux-Sèvres), mort le 12 novembre 1963 à Angers (Maine-et-Loire) ; professeur de mathématiques ; militant socialiste des Basses-Alpes, de la Sarthe, puis du Maine-et-Loire ; maire d’Angers (1945-1947), conseiller général du canton d’Angers nord-est (1945-1951), député du Maine-et-Loire (1945-1951) ; membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme (1950-1957).

Auguste Allonneau naquit dans une famille de petits cultivateurs. Aîné de sept enfants, après avoir fréquenté le collège de Parthenay (Deux-Sèvres) puis les lycées de Poitiers (Vienne) et de Nantes (Loire-Inférieure/Atlantique), il fut reçu au baccalauréat Lettres-Mathématiques en 1902. Puis après avoir obtenu une licence de sciences et de mathématiques à la Faculté des sciences de Poitiers en 1908, il obtint les certificats de géométrie supérieure et de physique générale à la Faculté de Rennes (1924-1925, Ille-et-Vilaine).

Auguste Allonneau exerça comme répétiteur aux collèges du Blanc (Indre) à partir d’octobre 1905, puis de Luçon (Vendée). Après son service militaire (octobre 1906-septembre 1908), marié en octobre 1908 à Surin (Deux-Sèvres), il reprit un poste de répétiteur aux collèges de Parthenay (1908), puis de Châtellerault (Vienne, 1909). Chargé d’une suppléance de mathématiques au collège de Dieppe (Seine-Inférieure/Maritime), puis délégué pour l’enseignement des sciences au collège de La Châtre (Indre), nommé à titre provisoire professeur de mathématiques au collège de Manosque (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute/Provence) en 1910, il y demeura jusqu’à la guerre. Il contribua à la fondation de l’association des anciens élèves du collège et anima l’amicale des professeurs.

A Manosque, en contact avec les militants socialistes, Auguste Allonneau participa au renforcement de la fédération socialiste SFIO. Élu conseiller municipal en 1912, il participa à la campagne électorale socialiste de 1914. Il semblait entretenir de bonnes relations avec les forces républicaines, car après la mobilisation, en l’absence du maire devenu sous-préfet, sans distinction de parti, ses collègues lui confièrent l’administration de la ville.

En novembre 1914, Auguste Allonneau fut mis à la disposition du ministère de la Guerre comme professeur de mathématiques au Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe). En décembre 1916, il fonda dans cette ville une société coopérative « L’Union Fléchoise », fournissant cinq cents foyers. Quelle fut son attitude pendant la guerre ? Il parla, en 1920, de « la politique d’Union sacrée dont nous avons été les dupes » (La République sociale de l’Ouest, 28 novembre 1920) ; son évolution fut sans doute parallèle à celle de son parti.

Candidat SFIO aux élections législatives de novembre 1919, Auguste Allonneau chercha dans ses articles à rassurer la paysannerie conservatrice de la Sarthe : « Fils de paysan, ayant vécu parmi eux toute ma jeunesse, sachant tout ce que comporte de sacrifices la constitution du petit domaine familial, je ne serais pas socialiste si le Parti socialiste était le parti des partageux, s’il voulait enlever à la classe des travailleurs des champs son instrument de travail : la terre », (La République sociale, 9 novembre 1919), mais sans succès. Très actif au sein de la fédération socialiste, il présida le congrès du 22 février 1920 et défendit la motion « reconstructrice ». Sa position ne varia pas jusqu’au congrès de Tours de décembre : « Je déclare à nouveau que nous avons très bien fait de rompre avec la IIe Internationale qui se distingue surtout par sa politique de collaboration avec les partis bourgeois ». Mais il reprochait à la gauche du parti « de ne pas suffisamment tenir compte de l’état actuel de notre pays et du tempérament français […] Nous consentons à discipliner notre action, mais nous ne voulons pas qu’on nous l’impose […] Je déclare à l’avance que je m’incline devant la décision du congrès national » ajoutait-il (La République sociale, 28 novembre 1920). Au congrès fédéral du 19 décembre, il défendit la motion Longuet qui recueillit neuf mandats, contre vingt-huit à celle de Cachin-Frossard et vingt-quatre à celle de Blum. Devant ce résultat, il fit voter par vingt-neuf voix contre vingt-sept, un ordre du jour demandant aux militants de « s’incliner devant les décisions du prochain congrès national » et il adhéra au nouveau parti. Il avait été initié, cette année-là, à la franc-maçonnerie, à la loge le « Tendre Accueil » du Grand Orient de France.

En novembre 1919 et en avril 1920, au Prytanée militaire, des manifestations d’élèves « dirigées contre lui » avaient été aussitôt réprimées. En 1921 et 1922, plusieurs rapports administratifs estimaient qu’il prenait, vis-à-vis des officiers qui suivaient ses cours, « un certain plaisir à les heurter ». Aussi l’autorité militaire envisagea-t-elle de le remettre à la disposition de l’Instruction publique et supprima-t-elle son poste. Auguste Allonneau fut envoyé comme chargé de cours de mathématiques au lycée de Périgueux (Dordogne). La presse régionale de droite le prit pour cible et il fut déplacé en février selon son dossier administratif, ou en avril 1922, selon les renseignements généraux, au lycée David-d’Angers, dans la préfecture du Maine-et-Loire. Le recteur notait dans son rapport en avril 1923 que ce « communiste » était « venu de Périgueux après des incidents d’ordre politique ». Il s’éloigna du Parti communiste en 1922 après l’incompatibilité entre militantisme communiste et appartenance à la franc-maçonnerie et à la LDH. Il enseigna à Angers jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Il échoua à l’agrégation de mathématiques en 1927. Les différents rapports d’inspection, du proviseur ou du recteur se montraient fort négatifs dans les années 1920 et un peu plus positifs dans la décennie suivante. Il appartenait notamment aux divers groupes syndicaux et mutuellistes.

Président de la section d’Angers de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen vers 1926, Allonneau, secrétaire de sa fédération départementale de 1924 à 1933, contribua à créer et à animer une trentaine de sections. Revenant par ce chemin au Parti socialiste SFIO, il fut élu au conseil municipal d’Angers sur la liste « d’union des gauches » minoritaire, en mai 1929, et défendit les travailleurs et la laïcité contre la majorité conservatrice et cléricale. Le proviseur dans l’un de ses rapports indiquait : « Rend des services au lycée comme conseiller municipal. » Réélu en 1935 au conseil municipal, actif dans les mouvements du Front populaire, il fut suspendu de ses fonctions par arrêté préfectoral du 15 septembre 1941, puis déclaré démissionnaire d’office pour appartenance à la franc-maçonnerie, le 7 octobre 1941 (liste des dignitaires et officiers de loges, Journal officiel, 20 août 1941 p. 3498). Admis à la retraite le 16 mars 1942, il participa aux luttes de la Résistance et du Parti socialiste clandestin. Il fut donc réintégré avec effet rétroactif au 13 octobre 1941 dans son poste au lycée d’Angers. Il prit sa retraite définitive le 21 juin 1945.

À la Libération, Auguste Allonneau retrouva son siège de conseiller dans la délégation municipale provisoire et fut chargé de l’instruction publique. En mai 1945, élu conseiller municipal sur une liste comprenant toutes les forces politiques de la gauche résistante (SFIO, PCF, Parti radical, Jeune République), il devint maire d’Angers. Mais la droite retrouva la majorité dès le mois d’octobre 1947. Jusqu’en 1959, Allonneau anima la minorité de gauche à l’Hôtel de Ville. Vice-président de la Caisse des écoles, il continua à veiller sur l’école publique et la laïcité. En 1945-1947, il était en outre membre du bureau de l’Association des maires de France (AMF), dont le vice-président était alors le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre*.

En septembre 1945, Allonneau fut également élu conseiller général par le canton d’Angers nord-est, pour six ans. Arrivé en tête des sept candidats, avec 6 423 suffrages pour 22 336 exprimés au premier tour, il fut élu au second tour, avec 12 644 voix, contre 11 845 au candidat de droite. En 1951, après avoir rassemblé 2 104 suffrages sur 14 131 exprimés au premier tour, ce qui le plaçait en 5e position des candidats présents, il se retira au second tour.

Membre de la commission administrative de la section socialiste d’Angers, Auguste Allonneau, en tête de la liste SFIO, fut élu député socialiste à la première Assemblée nationale constituante en octobre 1945, avec 48 853 suffrages. Réélu à la seconde Constituante, puis à la première législature de la IVe République, il siégea à la commission des Finances et consacra son activité parlementaire à l’enseignement et aux collectivités locales. Il intervint à la tribune de l’Assemblée pour défendre le principe de l’autonomie communale et demander la suppression de la tutelle préfectorale. En décembre 1946, il suivit la discipline de groupe, en votant pour l’investiture de Maurice Thorez à la présidence du Conseil bien qu’il ait dénoncé dans ses professions de foi le PCF comme étant « à la solde de Moscou », puis en votant blanc pour celle du MRP Georges Bidault, alors que, dans ses campagnes, il se montrait toujours un ardent défenseur de la laïcité. Il ne se représenta pas en 1951 et son remplaçant, Lionel Marnin, ne put conserver son siège.

Auguste Allonneau était également présent dans les organisations socialistes nationales et locales. Membre de la direction de la Fédération des élus municipaux et cantonaux socialistes en 1945 et 1946, il participa à la conférence nationale des élus municipaux et cantonaux du 28 août 1946. Dans son département, il appartint à la commission exécutive fédérale, au moins dans les années 1950-1953.

Président de la fédération de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen durant au moins dix ans après la Libération, Auguste Allonneau fut élu au comité central de la LDH de 1950 à 1957. Il était membre du comité de la Fédération nationale des Unions départementales des délégués cantonaux.

Auguste Allonneau fut décoré de la Légion d’honneur en 1953.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9937, notice ALLONNEAU Auguste, Siméon par Jacques Girault, Gilles Morin, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Jacques Girault, Gilles Morin

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/294, F7/13091, 15504, n° 4537 et 15504, F17/ 25094. — Arch. OURS, correspondance du Maine-et-Loire. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1951. — La République sociale de l’Ouest, 1919-1920. — Le Monde, 14 novembre 1963 — Enquête auprès du militant — Notice DBMOF par J. Maitron, C. Pennetier, J. Raymond. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 219. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République, Presses universitaires de Rennes, 2004.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément