BEAUJARDIN Henri [Jean Beaujardin, dit] [dit Barbassou, le Bûcheron et Quelconque] [né BEAUJARDIN Jean]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 15 mai 1865 à Bouglon (Lot-et-Garonne), mort le 4 janvier 1928 à Bouglon ; cultivateur à Bouglon (Lot-et-Garonne) ; militant libertaire puis communiste ; rédacteur à de nombreux journaux.

Vignette des articles de Beaujardin dans <em>Le Père Peinard</em>
Vignette des articles de Beaujardin dans Le Père Peinard
Coll. B. Lareynie

Né à Bouglon près de Marmande (Lot-et-Garonne), Jean Beaujardin était fils d’un cultivateur qui portait le même prénom, pratique fréquente dans cette région (voir par exemple la biographie de Renaud Jean, né Jean Jean comme son père) qui lui fit adopter un autre prénom usuel, Henri. Sa mère, Jeanne Hymon était cultivatrice, et les deux témoins de l’acte de naissance, un domestique et un métayer.

Henri Beaujardin avait peu fréquenté l’école. Domestique dès l’âge de huit ans, puis apprenti et enfin ouvrier maçon, il mena pendant des années une vie errante en France et même à l’étranger. Il avait acquis « de bric et de broc » selon sa formule, une culture générale servie par une mémoire peu ordinaire. « Adolescent, il militait déjà. Il avait acquis d’emblée la conscience de classe, au sortir de l’enfance, sans passer par les habituelles étapes intermédiaires, sans donner un seul jour dans l’idéologie des différents partis bourgeois » (Le Travailleur, 7 janvier 1928).

Pendat quelques années, il parcours les routes de France et même au-delà, en travaillant comme maçon. De retour à Bouglon en 1888, il épouse le 3 février, une fille de son village, Anne Dubourg. Le couple vit quelque temps à Casteljaloux. Il y rencontre peut-être Louis Matha , coiffeur dans cette ville, figure de l’anarchie.Il séjourne quelque temps à Bordeaux où la police le surveille. Il est décrit comme un homme d’1m70, à la démarche un peu lourde, brun, le visage ovale, le teint mat et un peu basané, le front découvert, un gros nez, une bouche moyenne, un menton rond à fossettes.

Beaujardin servit de boite au lettre au militant libertaire Octave Jahn. Il collabora à de nombreux journaux, le plus souvent de tendance anarchiste : Le Révolté de Genève, La Lutte Sociale de Lyon, Le Forçat du Travail, de Bordeaux, La Justicia Humana de Barcelone, La lutte sociale de Limoges,Le Père Peinard puis Le Libertaire où sous le nom du père Barbassou il écrivait les « Propos d’un paysan ».

Dans les années 1910, Beaujardin qui vivait à Bouglon, s’était lié d’amitié avec le futur député communiste Renaud Jean dont il fut d’ailleurs le témoin de mariage en mars 1915. Le témoignage de ce dernier est d’un grand intérêt. « Il était pour moi, un ami de plus de vingt ans. Des champs où je travaillais je voyais, à quelques kilomètres, la ligne des arbres bordant le chemin qui conduisait à sa maison. Nous nous rencontrions tous les mois, à la foire de son village. Plusieurs fois chaque année nous nous asseyions à la même table.Un ami avec qui, d’ailleurs, les discussions n’étaient pas toujours aisées. Nos formations différentes se heurtaient parfois. Mais nous sommes quelques-uns dans notre coin de Gascogne qui lui devons, au moins en partie, notre conscience de classe, que son impitoyable critique a aidé à se débarrasser de ces dogmes pourvoyeurs d’esclavage matériel et intellectuel : Dieu et Patrie. » Selon Renaud Jean, Beaujardin était « communiste libertaire » ; il était par tempérament réfractaire à toute discipline mais « d’autre part sa conception de la révolution le conduisait à l’acceptation de la discipline nécessaire. Avant la guerre, il échappait sans trop de mal à cette contradiction ».

Le ralliement de la CGT à l’Union sacrée puis la Révolution russe l’amenèrent à adhérer au Parti communiste et à collaborer au Travailleur du Lot-et-Garonne sous la signature du « Bûcheron ». En 1921, il était membre du comité directeur de la Fédération communiste et en 1923, il participait toujours au comité fédéral du PC. Il écrivait également dans La Voix Paysanne. Cependant Le Libertaire publia en 1927 quelques articles de Beaujardin sous la signature de « Quelconque ». À la fin de 1926, il subit l’amputation d’une cuisse : sur son lit d’hôpital il continua la rédaction de ses rubriques, sans jamais souffler mot de son état. Son dernier « papier » fut écrit quelques jours avant son décès, (début janvier 1928), alors qu’il se savait condamné.

Dans le Libertaire du 1er avril 1927, il publia un article critique sur la communauté de l’Intégrale établie à Puch-d’Agenais. Voir Victor Coissac.

Ses obsèques eurent lieu le 6 janvier à Bouglon. Renaud Jean apporta le salut chaleureux de la Voix paysanne et du Conseil paysan ; un autre discours fut prononcé par le maire, ami d’enfance du défunt : « Il faut rendre justice à ces derniers d’avoir respecté le caractère intégral du regretté camarade » écrivait Le Libertaire (20 janvier 1928).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article98712, notice BEAUJARDIN Henri [Jean Beaujardin, dit] [dit Barbassou, le Bûcheron et Quelconque] [né BEAUJARDIN Jean] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 14 mars 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Vignette des articles de Beaujardin dans <em>Le Père Peinard</em>
Vignette des articles de Beaujardin dans Le Père Peinard
Coll. B. Lareynie

SOURCES : Le Libertaire. — Le Travailleur du Lot-et-Garonne, 14 janvier 1928. — Bernard Lareynie, « Henri Beaujardin. Le père Barbassou de Bouglon (1865-1928) », in Renaud Jean. La voix rouge des paysans, Marmande, 2012, p. 417-427. — État civil de Bouglon. — Note de Rolf Dupuy.

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