ALIDIÈRES Jean

Par Frank Georgi

Né le 14 février 1911 à Arpajon-sur-Cère (Cantal), mort le 25 mai 1989 à Antony (Hauts-de-Seine) ; sténodactylo, comptable, puis chef comptable ; militant jociste ; syndicaliste, secrétaire général adjoint de la CFTC, puis de la CFDT, chargé des finances et de l’organisation, puis trésorier confédéral (1944-1973) ; membre du bureau confédéral de la CFTC, puis de la CFDT (1953-1970) ; membre de la commission exécutive et du bureau national confédéral de la CFDT (1970-1973) ; membre du Conseil économique et social (1958-1969) ; administrateur à la BNP en 1970.

Jean Alidières naquit dans une famille ouvrière de « pure souche auvergnate », selon sa propre expression. Ses parents avaient tous deux quitté l’école pour le travail à onze ans, après avoir obtenu leur certificat d’études. Sa mère fut ouvrière dans la métallurgie avant de se marier et de se consacrer à son foyer. Son père fut d’abord tourneur, puis chaufournier, et, au retour de son service militaire, il fut embauché aux chemins de fer. Il fut adhérent, sans militer, au syndicat chrétien. Le couple eut deux garçons. Jean fréquenta l’école communale et, son certificat d’études primaires en poche, fut envoyé pour quatre ans en pension à Paris, à l’Œuvre de Saint-Nicolas. Il y obtint son brevet et un diplôme de sténodactylo. C’est au cours de ces années de pensionnat qu’il découvrit le syndicalisme et la CFTC, l’établissement étant tenu par d’anciens Frères des Écoles chrétiennes, qui furent à l’origine du Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI). Un responsable de l’Union régionale parisienne (URP-CFTC) venait y faire des conférences. Dès sa sortie de l’école, en 1927, le jeune garçon fut embauché par le secrétaire général de l’URP, Paul Schmitt*, qui recherchait un sténodactylo pour la Caisse centrale du Crédit mutuel de la région parisienne dont il était le directeur. Pour un quart de son temps, il assurait le secrétariat de Paul Schmitt à l’URP. Il se syndiqua, logiquement, cette même année, au Syndicat des employés. Selon Jean Alidières, la motivation initiale qui le poussa à l’adhésion fut utilitaire : le syndicat offrait des services : un bureau de placement, un restaurant, une coopérative et des cours du soir. Mais, parallèlement à son premier emploi, il commença à militer à la toute nouvelle JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), avec laquelle l’URP nouait à ce moment des liens étroits afin de se constituer un vivier militant. Il participa dès 1927 à la création de la section jociste de Bourg-la-Reine et côtoya les fondateurs du mouvement, les abbés Georges Guérin et Charles Bordet*. Il demeura à la JOC jusqu’à son service militaire, puis se tourna vers le scoutisme où il fit partie d’un groupe de routiers. Il fut envoyé comme chef de troupe à la cité Jeanne-d’Arc, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Profondément choqué par l’extrême misère des familles ouvrières, il prit conscience de la nécessité d’un engagement plus poussé dans le mouvement syndical.

Sur le plan professionnel, il décida rapidement de compléter sa formation par des cours du soir et choisit d’étudier la comptabilité, avec pour objectif de devenir expert-comptable. Il poursuivit avec succès ses études en gestion, trésorerie, bilans, droit commercial, fiscalité, banque, bourse, jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, où il devint père de famille. Son nouveau bagage lui permit d’exercer les fonctions de comptable, puis de chef comptable, à la Caisse du Crédit mutuel. Son intérêt pour le syndicalisme l’amena à accepter d’entrer, à compter du 1er janvier 1937, comme chef comptable au service financier confédéral, au cœur d’une organisation en plein bouleversement. À la suite des grèves de 1936, la CFTC, dont le trésorier confédéral était depuis l’origine Marcellin Armand*, devait en effet faire face à une croissance importante de ses effectifs et se doter des moyens et structures nécessaires pour répondre à ses nouvelles responsabilités. Jean Alidières y travailla jusqu’à la mi-septembre 1939, date de sa mobilisation. Fait prisonnier en 1940, malade, il fut rapatrié en juin 1943, subit dix mois d’hospitalisation et une opération, avant de reprendre le travail en mars 1944 chez un expert-comptable spécialisé dans l’hôtellerie. Parallèlement, dès son retour en France, il prit contact avec Maurice Bouladoux, Gaston Tessier et la résistance syndicaliste chrétienne. Il se vit alors, malgré son état de santé, confier quelques missions en tant qu’agent de liaison, fit circuler messages et valises de billets. Dès la Libération, le bureau confédéral provisoire lui demanda de prendre en mains les finances et l’organisation de la CFTC reconstituée, avec le titre de secrétaire général adjoint. Pour cela, il renonça définitivement à ses projets professionnels. Le nouveau permanent, qui siégea par ailleurs comme suppléant à la commission nationale d’épuration, joua un rôle déterminant dans le redémarrage de l’organisation : reconstitution des fichiers, rétablissement des liaisons avec la province, récupération des locaux, élaboration du premier budget confédéral. Bien que non élu à l’origine, selon les règles de la CFTC d’alors, il eut la haute main, sous la responsabilité du bureau confédéral et sous le contrôle du congrès, sur l’ensemble de la politique financière de la confédération.

Dès 1946, il défendit l’idée d’une réorganisation profonde de la structure financière autour d’une perception centralisée et homogène des cotisations, avec redistribution de leurs parts respectives aux structures fédérales et interprofessionnelles. En 1949, le principe d’un Service central de placement et de ventilation des cotisations (SCPVC) fut accepté, malgré l’attachement de nombreuses organisations à leur autonomie et les difficultés techniques qu’il fallut progressivement surmonter. Selon Jean Alidières, cette victoire sur l’anarchie antérieure, les « féodalités » et les « privilèges », permit d’améliorer très fortement l’efficacité de la perception et contribua à doter la centrale, mais aussi les fédérations, des moyens de leur développement. Ces principes de solidarité, de centralisation et d’efficacité trouvèrent un autre point d’application avec la création en 1951, d’une caisse de grève confédérale, puis avec le processus de fusion des caisses syndicales existantes en un organisme unique, qui ne devait aboutir qu’en 1973, année du départ de Jean Alidières.

Sa seconde grande préoccupation fut la politique immobilière de la CFTC. Celle-ci devant quitter les locaux qui lui avaient été provisoirement attribués rue Roquépine, Jean Alidières négocia avec les banques un emprunt pour l’achat d’un immeuble, rue Montholon, qui pourrait loger la confédération, les organisations parisiennes et les fédérations. Il mit en place une société anonyme, la Maison des travailleurs chrétiens (MTC), propriétaire de l’immeuble, et dont le capital était contrôlé par la confédération. Cette même MTC allait acquérir, en 1950, le domaine de Bierville, ancienne propriété de Marc Sangnier*, pour en faire un centre de formation confédérale. De Jean Alidières dépendait également une seconde société annexe, héritée du syndicat des employés parisiens, qui gérait notamment les immeubles de la rue Cadet : la Société auxiliaire des employés du commerce et de l’industrie (SAECI), devenue ensuite la Société auxiliaire des travailleurs (SATRAV), et dont il fut, en 1960, le président.

Véritable « homme-orchestre » de la confédération (Michel Branciard, op. cit.), Jean Alidières contrôlait en outre, à la tête d’une petite équipe, la gestion de tout un ensemble de services (presse, éditions, économat, atelier de tirage, etc.) La réforme des structures de 1953, puis celle de 1970, lui donnèrent un statut plus « politique », en faisant de lui un membre à part entière de l’exécutif, puis de la direction confédérale. Au lendemain du congrès de 1970, à l’approche de la soixantaine, il annonça sa décision d’abandonner toutes ses responsabilités et prépara la transition en associant pendant plus d’un an à son travail son successeur pressenti, Pierre Hureau. Il ne conserva à son départ, en octobre 1973, qu’un mandat de fondé de pouvoir à la MTC, auquel il dut renoncer assez vite pour raisons de santé. Il continua néanmoins à suivre avec intérêt la vie de la confédération.

Plus technicien que politique, repéré très tôt pour ses compétences et sa connaissance de l’organisation, il conduisit de fait et dans la discrétion une action volontariste et continue dans un domaine vital. Issu du syndicalisme chrétien traditionnel mais ouvert aux évolutions de la centrale, Jean Alidières imprima sa marque trois décennies durant, avec la confiance des dirigeants successifs de la CFTC-CFDT, de Gaston Tessier à Edmond Maire*, en passant par Maurice Bouladoux et Eugène Descamps.

Marié à une militante CFTC, il était père de cinq enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9857, notice ALIDIÈRES Jean par Frank Georgi, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 3 mars 2009.

Par Frank Georgi

SOURCES : Arch. conf. CFDT : dossier personnel ; interview par Pierre Autexier et Louisette Battais, 6 avril 1987 ; hommage de Pierre Hureau, 30 mai 1989. — Michel Branciard, Secrétariat confédéral 1953-1970, Paris, BRAEC-CFDT, 1980. — Antoine Bévort, « Les finances comparées de la CGT et de la CFTC-CFDT 1945-1990 », Communisme, 35-37, 1994, p. 141-170. — Antoine Bévort, Dominique Labbé, La CFDT : organisation et audience depuis 1945, Paris, La Documentation française, 1992. — Michel Branciard, Histoire de la CFDT, Paris, La Découverte, 1990. — Michel Launay, La CFTC : origines et développement 1919-1940, Paris, Publications de la Sorbonne, 1986. — Frank Georgi, L’Invention de la CFDT 1957-1970, Paris, L’Atelier/CNRS, 1995. — Renseignements communiqués par Pascal Clerc.

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