BAUGÉ Marius, Eugène, Melchior

Par Jacques Girault, Jean Masse

Né à Toulon (Var), le 27 août 1884 ; mort à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), le 8 juin 1961 ; employé ; secrétaire de la Bourse du Travail de Toulon (1918-1926).

Fils d’un capitaine d’armes de la Marine, Marius Baugé, comptable dans une imprimerie selon certaines sources, d’après le registre de naissances, se maria en décembre 1908 à Toulon (ce qui n’était pas confirmé par l’état civil). Le couple eut un garçon en 1911. Son père assurait le secrétariat du syndicat CGT des employés du Livre et comptables de magasin avant 1914. Grand blessé de guerre, marchant appuyé sur deux béquilles, atteint de lésions pulmonaires, il était pensionné à soixante pour cent. Son fils fut reconnu pupille de la Nation en 1923.

Délégué au congrès de l’Union départementale des syndicats du Var, le 28 avril 1918, Baugé fut élu membre de la commission exécutive. Dans son intervention, il indiquait selon le rapport de police : « Les syndiqués doivent tendre à la reprise des relations internationales et imposer la CGT aux négociations de paix. » Il devint le secrétaire rétribué de la Bourse du Travail de Toulon, le mois suivant (date variable selon les sources, 30 mai, 31 mai ou 3 juin) par cinq voix contre deux au secrétaire sortant, Marius Doria. A ce titre, orateur au Premier mai, il faisait partie de la commission paritaire de l’Office départemental et communal de placement. Au congrès national de la CGT en juillet 1918, il était mandaté par les syndicats des ouvriers boulangers, des coiffeurs, des typographes et des sous-agents des PTT. A celui de septembre 1919, il était le représentant des syndicats du bâtiment, des employés de commerce et des typographes.

De caractère énergique, Marius Baugé fut l’artisan de la renaissance de la Bourse (il y donnait personnellement des cours de dactylographie), affaiblie par le comportement hésitant et suspect du précédent secrétaire, Doria et par les conséquences de la guerre. Il impulsa toutes les luttes revendicatives de l’après-guerre, insistant sur la nécessité de former, par une éducation appropriée, c’est-à-dire syndicale et économique, de nombreux jeunes militants. Antimilitariste et pacifiste, membre de l’ARAC, il joua un rôle important dans toutes les manifestations politiques (luttes pour l’amnistie des mutins de la mer Noire, luttes contre l’intervention en Russie) à Toulon et dans le Var (tournées dans le Haut-Var avec Toussaint Flandrin en 1921). Membre de la Ligue des droits de l’Homme, solidaire d’Edmond Barbarroux, après la dissolution de la section de Toulon, il conseilla la résistance en mai 1923.

Après la scission syndicale, dans des réunions de l’UD de la CGT en 1922 et en 1923, son attitude, jugée trop favorable à la CGTU, fut critiquée. Il avait notamment proposé l’alternance pour le conseil d’administration de la Bourse entre la CGT et la CGTU. Elle ne fut jamais pratiquée et la CA resta aux mains de la CGT jusqu’au 27 mars 1924. Baugé fut alors réélu secrétaire de la Bourse du Travail à la tête d’un CA composé de trois représentants de la CGT, trois représentants de la CGTU et de trois représentants de syndicats autonomes.

Une décision de CA, le 4 mars 1926, indiquait qu’il serait payé au taux le plus élevé de la région que pouvait percevoir un ouvrier de sa profession. Auparavant, il ne touchait, selon le rapport de police, que six cents francs par mois et une indemnité versée par la mairie pour les cours professionnels qu’il dispensait.

Le 6 octobre 1926, il démissionna pour raisons de santé et prit un commerce en gérance dans le centre de la France. L’administration préfectorale indiquait alors son appartenance à la CGTU — ce qui n’est pas prouvé — et au Parti communiste — ce qui correspondait pas aux appréciations du Commissaire spécial, le 12 novembre 1921. Depuis les nombreux témoignages recueillis sont unanimes : Baugé ne militait pas dans l’organisation communiste.

La présence de Marius Baugé inspirait le respect et évita une cessation des activités de la Bourse du Travail de Toulon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article98546, notice BAUGÉ Marius, Eugène, Melchior par Jacques Girault, Jean Masse, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 30 septembre 2019.

Par Jacques Girault, Jean Masse

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021, 13071, 13165. — Arch. Dép. Var, 4 M, 53, 59 4 1 ; 3 Z 4.21. — Arch. com. Toulon. — Presse locale. — Témoignages oraux. — Note de son épouse.

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