ALEZARD Gérard, Fred, Étienne

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

Né le 7 janvier 1936 à Dreux (Eure-et-Loir) ; ingénieur de recherche au Laboratoire central des Ponts et Chaussées à Paris ; syndicaliste CGT ; membre du bureau confédéral (1982-1995) ; membre du comité central du PCF (1979-1996) ; premier vice-président du Conseil économique et social de 1999 à 2004 et président du groupe CGT de 1984 à 2003.

Gérard Alezard
Gérard Alezard

Le père de Gérard Alezard, tenancier d’un café-tabac à Dreux, résistant, arrêté par la Gestapo en juillet 1944, fut déporté par le dernier train parti le 17 août 1944 de Compiègne à Buchenwald où il mourut. Gérard Alezard vécut à Dreux jusqu’en 1946 pour rejoindre Sèvres puis Paris où sa mère put trouver une loge de concierge. Il fréquenta le lycée Hoche à Versailles jusqu’à la fin de la seconde puis suivit les cours d’agent technique électronique. Il pratiqua le hockey sur glace au niveau international et fut membre de l’équipe nationale. Après avoir fait son service militaire dans la Marine, il entra à vingt-et-un ans, au laboratoire central des Ponts-et-Chaussées (LCPC), 58 bd Lefebvre à Paris XVe arr., en qualité de technicien supérieur en électronique. Il poursuivit des études, notamment au CNAM, et après un stage au CEA, il devint, toujours au LCPC, et dépendant du ministère de l’Équipement, assistant de recherche, faisant fonction d’ingénieur de recherche ; à ce titre, il fut alors chargé d’un groupe d’application des radio-éléments au contrôle non destructif des matériaux routiers. Il fut en 1967 un des signataires d’un brevet relatif à cette activité. Gérard Alezard se maria en novembre 1961 à Paris (XIe arr.), avec Rosette Zilbertin, agent administratif au même laboratoire.

Gérard Alezard adhéra à la CGT en novembre 1957. Il était, en juillet 1959, secrétaire de la section syndicale du LCPC, puis il devint secrétaire général du syndicat national des laboratoires des Ponts-et-Chaussées, dès sa création en 1963.

Après avoir été un des secrétaires de l’union locale du XVe arrondissement, à partir de 1961, Gérard Alezard fut élu secrétaire permanent de la nouvelle Union départementale CGT de Paris en novembre 1966, chargé notamment des ingénieurs, cadres et techniciens. Membre de la commission exécutive de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT (UGICT) de 1967 à 1971 et de son bureau de 1971 à 1976, il fut élu, en tant que secrétaire général de l’UD de Paris, à la commission exécutive confédérale, de 1975 à 1982. Il accomplit sept mandats consécutifs au sein de cette instance, dont quatre en tant que membre du bureau confédéral ; il fut élu en effet secrétaire confédéral en janvier 1982, chargé des questions économiques, responsabilité qu’il assuma jusqu’en 1995. Durant cette période, il eut la charge du Centre confédéral d’études économiques et sociales (CCEES). C’est sous sa responsabilité que la CGT engagea alors un important travail d’élaboration de propositions économiques, industrielles et financières, nourrissant les luttes des années quatre-vingt et les discussions avec les pouvoirs publics. À ce titre, en 1982, cofondateur de la revue du secteur économique, Analyses et documents économiques, il en assura la direction jusqu’à 1996. Il fut également le fondateur et le premier président de l’Institut syndical d’études et de recherches économiques et sociales de la CGT (ISERES) de 1982 à 1996. Il présida l’INDECOSA CGT (Institut de défense des consommateurs salariés) de 1988 à 1999.

À la demande de Louis Viannet, il dut quitter le bureau confédéral lors du 45e congrès. À l’issue de ce congrès en décembre 1995, il fut réélu à la commission exécutive confédérale avec 257 152 voix sur 428 739, soit le plus faible score enregistré lors de ce congrès. En réponse à une intervention de Gérard Alezard faite lors de la commission exécutive du 30 novembre 1995, Louis Viannet avait évoqué alors ce départ du bureau confédéral : « Cette décision n’a rien à voir avec un jugement négatif sur (le) travail, qu’il s’agisse de la quantité de travail et encore moins de la qualité de (ce) travail, mais elle répondait à la nécessité d’un besoin de transformation profonde de la composition et de la conception de Bureau confédéral... ». Plus clairement, G. Alezard, lors de la commission exécutive du 30 novembre 1995, indiquait que Louis Viannet avait regretté plusieurs fois au sein du bureau confédéral qu’il y ait des « camarades qui ne permettaient pas la nécessaire direction collective  » ; la constitution d’un « collectif soudé » étant impossible, quand on risque d’être « soumis à des doutes permanents » : il fallait éviter « la culture du désaccord ».

En vérité, Gérard Alezard payait le fait qu’il soit un des principaux animateurs du camp des « modernisateurs » de la Confédération, qui prônaient depuis plusieurs années, non sans difficultés, des évolutions dans la stratégie et dans la pratique de la CGT et réclamaient en particulier un syndicalisme de propositions, conjuguant héritage et mutation. Ainsi, Gérard Alezard posait-il des questions au CCN d’avril 1994 : « En quoi y aurait-il pour la CGT, un risque à cogérer la crise parce que nous énonçons des propositions liées au budget ou au financement ? Des camarades contestent les douze propositions énoncées au CCN... (sur la question du financement des revendications)... Elles ne sont pas tournées vers le gouvernement pour le convaincre, mais vers les travailleurs pour en débattre, pour les préciser ensemble, pour en faire des éléments de la lutte revendicative...  ». Cette démarche syndicale était fondée sur une analyse plus objective du « réel », social et économique, ainsi que des causes internes de la crise du syndicalisme CGT. C’est ainsi que Gérard Alezard soulignait lors du comité confédéral national tenu les 3 et 4 novembre 1994 : « Nous disons que nous n’avons pas réponse à tout. C’est un progrès. Encore faut-il rompre avec le discours de l’avant-garde éclairée qui nous marque encore. Nous n’avons pas toutes les réponses, mais n’hésitons pas à poser toutes les questions. Nous affirmons que l’unanimisme relève du passé. Mais ne drapons pas nos actes dans une fausse unanimité...  ». De même, Gérard Alezard fut de ceux, peu nombreux alors, qui invitaient la Confédération à quitter la Fédération syndicale mondiale (FSM) et à rechercher plus activement l’adhésion à la Confédération européenne des syndicats (CES) ; ils proposaient également une autre démarche unitaire et revendiquaient une indépendance effective à l’égard du Parti communiste. Ces conceptions adoptées plus tard se heurtaient alors à des refus confédéraux officiels, leurs promoteurs étant accusés explicitement de « réformisme ».

Dans un article, « La CGT en mutation : un congrès ouvert ? » publié dans Les Échos en janvier 1999, à la veille du 46e congrès de la CGT, où Bernard Thibault devait être élu secrétaire général, Gérard Alezard réaffirma ses conceptions : « Poussé par les mutations de la société, le syndicalisme doit bouger, profondément. Il ne s’agit pas de faire table rase du passé. Ce serait dramatique et aussi beaucoup trop facile. Cela invite à un réexamen lucide de sa vocation et de sa finalité, non pour réviser ou pour renier dans les pleurs, le passé, mais pour changer ce qui doit l’être. C’est en ce sens que la CGT est à la croisée des chemins... »

Gérard Alezard siégea, en 1969, au premier conseil de l’Université de Vincennes (Val-de-Marne). Dans les années 1980, il représenta la CGT à la Commission nationale de planification et à la commission des comptes de la Nation. Membre du conseil économique et social de 1982 à 2004, il fut président du groupe CGT de 1984 à février 2003 ; il siégea à la section de la conjoncture et des problèmes économiques et à la commission spéciale du Plan. G. Alezard fut membre du bureau du CES à partir de 1996 et premier vice-président du CES de 1999 à 2004. Il mena ensuite un travail d’investigation et d’étude sur la vocation et les mutations des conseils économiques et sociaux, national, régionaux et européen. Au titre de son action sociale, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur en avril 1998, distinction qui lui fut remise par Geneviève Anthonioz de Gaulle, alors présidente d’ATD Quart-monde. En 2002, Gérard Alezard entra au conseil d’administration de l’Institut CGT d’histoire sociale.

Très motivé sur les questions de démocratie sociale, il reste un des animateurs de l’association Réalités du dialogue social (RDS) et contribue activement au rapprochement syndicalisme-mouvement associatif, en accord avec la ligne confédérale et en concertation avec Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT.

Après un bref passage par l’Union de la gauche socialiste (juillet-décembre 1958), Gérard Alezard avait rejoint le Parti communiste en juillet 1960 et siégé au bureau de la section Vaugirard. Il anima également un comité du Mouvement pour la paix en Algérie. La fréquentation de l’école centrale d’un mois, en novembre 1965, marqua son entrée dans l’encadrement communiste. Membre du comité fédéral de Paris de décembre 1968 à décembre 1996, il siégea au bureau de 1975 à 1982. Le XXIIIe congrès du Parti (mai 1979) marqua son entrée au comité central. Il fut régulièrement réélu jusqu’à son départ, revendiqué, au XXIXe congrès (décembre 1996). Son intervention à ce congrès, porta notamment sur les rapports syndicat-Parti : « Je suis syndicaliste. Je suis communiste. Depuis longtemps déjà je pense, même si la notion d’indépendance ne peut se réduire à cet aspect, qu’il n’est pas bon qu’au niveau national notamment, se cumulent responsabilité syndicale et responsabilité politique. Je n’ai pas toujours pensé ainsi mais aujourd’hui ma conviction est faite. L’ambiguïté que cela nourrit n’est bonne ni pour le syndicalisme ni pour le parti. »
« Cela dit je reste communiste, tel que je suis, avec ma sensibilité et mes opinions. » concluait-il.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9846, notice ALEZARD Gérard, Fred, Étienne par Michel Dreyfus, Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 21 février 2010.

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

Gérard Alezard
Gérard Alezard

ŒUVRE : Gérard Alezard est le co-auteur avec Lydia Brovelli, Gérard Delahaye et Jean-Michel Letterrier de Faut-il réinventer le syndicalisme ? Paris, L’Archipel, 1995, 174 p. Publié en septembre 1995, à la veille du 45e congrès, cet ouvrage fut alors vivement critiqué par la direction confédérale.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Comptes rendus des congrès de la CGT. — Analyses et documents économiques, 1990 à 1995. — Georges Séguy, « Le chaleureux hommage du Congrès », Le Peuple, n° 1050-1051, 1-31 décembre 1978, p. 66-68, cité par Dominique Andolfatto, Le personnel dirigeant de la CGT, op. cit. — Dominique Andolfatto, Dominique Labbé, La CGT. Organisation et audience depuis 1945, Paris, La Découverte, 1997. — Jeanne Siwek-Pouydesseau, Les syndicats des fonctions publiques au XXe siècle, Paris, Berger-Levrault, 2001. — État civil de Dreux. — Fiche revue par Gérard Alezard.

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