BARTHÉLÉMY Georges, Eugène, Germain

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond

Né le 5 juin 1897 à Béziers (Hérault), exécuté par des Résistants le 10 juillet 1944 à Puteaux ; employé ; militant et élu socialiste de Puteaux.

Georges Barthélémy
Georges Barthélémy
Encyclopédie socialiste

Fils d’un négociant, Georges Barthélémy put faire des études secondaires. Mais la Première Guerre mondiale vint les suspendre. Engagé le 15 juin 1915 à dix-huit ans, blessé en 1917, il fut ramené à l’arrière. La paix rétablie, il travailla comme employé de banque et se donna à l’action syndicale. Il militait aussi dans les rangs du Parti socialiste et bientôt, devint secrétaire du sénateur de ce parti Lucien Voilin qui fut maire de Puteaux. Il s’était installé dans cette ville vers 1927, avec sa femme Paulette née Mathieu en 1906 à Béziers. Ils eurent une fille, Jeanine, née en 1930 à Puteaux.

En 1928, Georges Barthélémy fut violemment attaqué dans la presse héraultaise par un militant communiste de Puteaux, mais originaire de Béziers comme lui. Il lui était reproché des affaires financières douteuses dans sa ville natale, mais Barthélémy gagna le procès qu’il intenta.

En mai 1929, G. Barthélémy, chef de contentieux, entra au conseil municipal de cette ville, fut choisi comme deuxième adjoint et, le 30 mai 1930, il ceignit l’écharpe à la mort du maire Marius Jacotot après un conflit avec le fils de celui-ci, André Jacotot. Les 15 et 22 juin 1930, il lui succéda aussi au conseil général, ayant obtenu 2 372 et 3 431 voix contre Lecouteux, PC (1 125 et 1 360) et Jacotot André (fils), socialiste dissident (741 et 579).

Une importante partie de la section socialiste SFIO de Puteaux s’était opposée, en vain, à la désignation de Barthélémy à des fonctions électives, en dénonçant son « immoralité politique » et en affirmant qu’il était un ancien Camelot du Roi devenu « socialiste pour entreprendre une carrière lucrative » (Arch. Jean Zyromski, dossier Fédération de la Seine).

Aux élections législatives de mai 1932, le député sortant de la 11e circ. de Saint-Denis (Puteaux) était Ménétrier, communiste. Il fut remplacé par André Marty, député sortant d’une autre circonscription.

Le PS lui opposa Georges Barthélémy, maire et conseiller général de Puteaux que ne gêna plus, comme elle le fit en 1928 aux dépens de Delépine, la candidature socialiste dissidente de Jacotot, fils du prédécesseur de Barthélémy. Sur 27 202 inscrits et 23 431 votants, ce dernier vint en tête avec 9 125 voix devant André Marty (7 433), Monchaty, républicain national (2 887), Blanchet, indépendant de gauche (2 110) et cinq autres candidats totalisant 1 162 voix. Barthélémy l’emporta au scrutin de ballottage par 10 888 suffrages contre A. Marty (7 738) et Monchaty (3 951). Élu député, Barthélémy s’intéressa surtout aux problèmes touchant l’administration locale. Il combattit aussi pour un fonds national de chômage.

Le 26 avril 1936, sur 19 185 inscrits, G. Barthélémy, recueillit 8 986 voix contre Fréjabue, PC (5 808), Systermans, indépendant (1 039) et deux autres candidats rassemblant 1 527 voix. Favorisé par la discipline du Front populaire, Barthélémy retrouva son siège avec 12 601 suffrages contre 1 917 à Systermans. Il n’en était cependant pas un partisan très chaud. Il menait une politique très personnelle, évitant de se compromettre dans les querelles doctrinales comme en 1933 lors de la scission néo-socialiste, et l’organe de son Parti, Le Populaire, ne l’avait soutenu que mollement en 1936. Son hostilité à Henri Sellier, maire de Suresnes et tête de file des élus socialistes de banlieue se renforça d’année en année. Barthélémy se spécialisa dans la question sportive, créa au lendemain des élections municipales de 1935 un Office des sports à Puteaux et fut, dans la chambre du Front populaire, le rapporteur du budget de l’éducation physique et des sports. Le Bulletin municipal de Puteaux publia un grand nombre de ses articles, rapports et discours sur ce thème.

Dans sa politique locale, en politique intérieure comme en politique extérieure, Barthélémy était guidé par un anticommunisme systématique. Aussi accepta-t-il, de rapporter le projet de loi gouvernemental de déchéance des députés communistes qui n’auraient pas renié le Pacte germano-soviétique. Sous son impulsion, la commission se montra plus exigeante que le gouvernement, en fixant au 1er septembre 1939 la date limite d’abord prévue au 9 janvier 1940. Le 15 juin 1940, le Préfet de la Seine lui retira ses fonctions de maire pour avoir quitté son poste du 15 juin à fin juillet ; elles lui furent rendues sur ordre du gouvernement de Vichy, le 28 juillet. Le Parti communiste avait fait distribuer un tract intitulé : « Barthélémy le fuyard n’a plus le droit de cité à Puteaux » (Arch. de Paris, Vst 10441/64/2 n° 31).

Nommé membre du Conseil national le 22 janvier 1941, il en fut écarté le 2 novembre suivant, en même temps que d’autres personnalités de gauche. Un arrêté de l’amiral Darlan, en date du 9 mai 1941, l’avait maintenu dans ses fonctions de maire de Puteaux.

Le 10 juillet 1944 au matin, sur la place de l’Hôtel-de-Ville de Puteaux, alors qu’il regagnait sa mairie, G. Barthélémy fut abattu au pistolet par deux hommes qui repartirent en voiture. L’attentat ne fut pas revendiqué et on pensa qu’il s’agissait d’une action de Résistants communistes. Le tireur était un ouvrier métallurgiste, militant trotskyste entré dans les rangs des FTP qui raconta l’opération en détail dans ses souvenirs. Barthélémy mourut peu après à l’hôpital Marmottan où il avait été transporté.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article98309, notice BARTHÉLÉMY Georges, Eugène, Germain par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 27 octobre 2015.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Justinien Raymond

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SOURCES : Arch. Dép. Seine, DM3, Versement 10451/76/1. — Arch. Jean Zyromski. — L’Atelier, 15 juillet 1944. — Aujourd’hui, 11 juillet 1944. — 52e congrès administratif de la Fédération SFIO de la Seine, Rapports. — Angelo Rossi, Les Communistes français pendant la drôle de guerre, Paris, 1951. — Jean Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, t. II. — Georges Lefranc, Le Mouvement socialiste sous la IIIe République, Paris, 1963, p. 378. — André Calvès, Sans bottes ni médailles. Un trotskyste breton dans la guerre, La Brèche, 1984, p. 98. — Sylvie Rab, « Les municipalités ouvrières et le sport dans les années trente. L’exemple de trois municipalités socialistes de banlieue (Boulogne, Puteaux et Suresnes) », in Les origines du sport ouvrier en Europe, sous la direction de Pierre Arnaud, L’Harmattan, 1994. — Notes d’A. Caudron. — Rens. de Jean Sagnes. 

ICONOGRAPHIE : A. Guérin, La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, Paris, 1972-1976, t. I, p. 315.

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