BARON Charles, Victorin, Apollon, Marie, Eugène

Par Justinien Raymond

Né le 16 mai 1876 à Valence (Drôme), mort le 5 mai 1960 à Cassis (Bouches-du-Rhône) ; ingénieur chimiste. Militant socialiste. Député des Basses-Alpes, aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence.

Fils d’Eugène Baron, né aussi à Valence en 1850 et qui était, vers 1905, commerçant, rue de la République à Marseille après avoir, dans sa jeunesse, encouru une lourde condamnation comme pamphlétaire dans La République, Charles Baron descendait aussi de Jourdan qui fut président de la Convention. Son épouse, née Royer-Deloche, descendait d’un des rédacteurs de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Il était donc issu d’un sang dont Victor Hugo a pu dire qu’il « teignit de rouge le drapeau républicain ».

Brillant étudiant de la Faculté des sciences de Paris, Charles Baron, à vingt-deux ans, découvrit la lanoline qui lui valut une distinction remise par le président de la République, Loubet. Ce n’était qu’un début. À trente-cinq ans il avait donné à l’industrie française seize inventions d’un grand intérêt dont une nouvelle méthode de trempe des aciers par les hydrocarbures qui révolutionna l’armement, et un nouveau type de lubrifiants pour les moteurs à explosion. Pendant la guerre de 1914 à 1918, Charles Baron « donna » aux Alliés un explosif aux effets foudroyants et qui porta son nom, la nitrobaronite, et la bombe au phosphore dont l’apparition sur les champs de bataille inquiéta fort le général Lüdendorff. À la récompense banale des plus hautes décorations, s’ajouta, le 6 juillet 1930, sur l’initiative de Raymond Poincaré, une citation votée par les deux assemblées parlementaires, unique dans l’histoire et ainsi, conçue : « A fait abandon à l’État du résultat de travaux personnels intéressant au plus haut point la défense nationale. »

Le rayonnement du savant Charles Baron dépassait les frontières de la France. En pleine guerre, en 1916, il avait dirigé l’installation à Anderfield de la plus grande usine d’acide sulfurique d’Angleterre. Il fut le conseiller technique d’industries chimiques aux États-Unis et ingénieur-conseil dans l’industrie lourde en URSS. Ces missions l’avaient mis en contact avec les grands de ce monde et, de leur générosité, il avait constitué un musée personnel d’objets précieux reçus des rois d’Angleterre et d’Italie, du président de la République tchécoslovaque, et du gouvernement polonais. De Staline, il reçut, en 1932, un gobelet d’or de Pierre-le-Grand, ciselé en 1709 à l’occasion de la victoire du tsar sur les Suédois, à Poltava, et, insigne honneur parce que très rarement accordé, la faucille et le marteau en brillants, emblème de l’État soviétique. En 1934, Ch. Baron publia Bakou-Grozny, le pétrole russe, préface d’Édouard Herriot.

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En 1902, avant l’unité, Charles Baron, avait adhéré au mouvement socialiste. Il participa, après 1905, à la vie de la SFIO dans le département des Basses-Alpes. En 1910, il y fut candidat aux élections législatives dans l’arrondissement de Digne contre Joseph Reinach : il recueillit 1 700 voix. En 1919, au scrutin de liste, il fut le seul élu de la liste socialiste.

Avec l’ensemble des militants bas-alpins, Charles Baron vota pour la motion Cachin-Frossard en décembre 1920 et adhéra au Parti communiste, plus par volonté de préserver l’unité du parti et de sa fédération que par accord avec les thèses de la IIIe Internationale. Il se situa à la droite du nouveau Parti. Peu soucieux de la discipline organisationnelle, il s’exprimait librement dans le Travailleur des Alpes, organe de la Fédération communiste bas-alpine, et dans la presse « bourgeoise ». Le congrès départemental de Forcalquier réuni le 1er octobre 1922, vota à la quasi-unanimité une motion affirmant que la Fédération « entend bien conserver son droit de libre examen, comme il convient à des hommes libres, militant dans un parti de libre pensée, et, dans cet esprit, s’élevant contre toute exclusion arbitraire, donne son mandat à son délégué au congrès national de voter et de défendre la motion Verfeuil » (Le Travailleur des Alpes, 7 octobre 1922). Quelques jours plus tard, le 20 octobre 1922, le Comité directeur prononça son exclusion du Parti communiste pour appartenance à la Ligue des droits de l’Homme et à la Franc-maçonnerie. Cette décision fut confirmée en mars 1923 (H. Droz, op. cit., p. 451). Le 14 janvier 1923, par vingt-deux mandats contre treize, la fédération des Basses-Alpes s’opposa aux décisions du IVe congrès mondial. La majorité des militants continuait à considérer Baron comme leur élu. La rupture fut consommée en février 1924 par l’exclusion de la moitié de la fédération (cinquante sections, trois cents adhérents dont sept conseillers généraux et sept conseillers d’arrondissement). Sous l’influence de Charles Baron ils décidèrent de donner leur adhésion au Parti socialiste SFIO.

Le 11 mai 1924, Ch. Baron prit la tête de la liste du Cartel des gauches, constituée avec Frédéric Aillaud (qui mourut dès son élection) et Michel, radical socialiste : la liste enleva les trois sièges. Au scrutin d’arrondissement, Charles Baron fut réélu dans la circonscription de Forcalquier, au second tour de scrutin en 1928 (4 419 voix sur 7 571 votants), au premier tour en 1932 (4 304 sur 7 943), au second tour en 1936 (4 412 sur 8 074). Il siégea à la commission des Mines et des Forces motrices, se consacra aux problèmes de l’énergie et à la défense des travailleurs intéressés. Mais il intervenait dans les débats dans d’autres domaines et même en politique extérieure.

Le 10 juillet 1940 à Vichy il vota l’octroi des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il fut, pour cela, exclut de la SFIO par son congrès national extraordinaire de Paris (novembre 1944). Il resta à l’écart de la vie politique, mourut à quatre-vingt-quatre ans et fut enterré à Pontcharra-sur-Bréda (Isère) — où il était propriétaire du château des Bougnettes — le dimanche 8 mai 1960.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article98127, notice BARON Charles, Victorin, Apollon, Marie, Eugène par Justinien Raymond, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2010.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Le Travailleur des Alpes, 1920-1931. — Le Dauphiné libéré, 7 mai 1960. — Le Monde, 8-9 mai 1960. — Renseignements fournis par Ant. Olivesi et Claude Pennetier. — CR du congrès national extraordinaire du PS, à Paris (novembre 1944). — Rachel Mazuy, Croire plutôt que voir ? Voyages en Russie soviétique (1919-1939), Odile Jacob, 2002.

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