ALBARET Georges, Albert

Par Pierre Mazataud, Claude Pennetier

Né le 3 décembre 1911 à Murat (Cantal), mort le 21 juillet 2008 à Aubière (Puy-de-Dôme) ; tapissier et métallurgiste dans le Puy-de-Dôme ; militant syndicaliste et communiste ; secrétaire de la fédération communiste du Puy-de-Dôme (1951-1956).

Un des grands-pères de George Albaret, originaire de l’Aveyron, était garde-forestier à Albepierre (Cantal) ; l’autre était un Ardéchois venu travailler comme maçon à la construction de la ligne de Neussargues-Béziers. Son père, employé de commerce, était né à Mauriac (Cantal). Après la guerre, en 1919, il se fit embaucher comme manœuvre dans l’usine SEA (caoutchouc) à Clermont -Ferrand ; anticlérical, il votait socialiste. Son fils aîné, le frère de Georges Albaret, entra comme apprenti tôlier chez Michelin ; il fut remercié lorsque survint la crise de 1929-1930 ; il travailla un temps au chemin de fer puis revint chez Michelin en 1933.

Georges Albaret se présentait parfois comme fils d’ouvriers, parfois comme fils de cultivateurs. Il fréquenta l’école primaire de Beaumont (Puy-de-Dôme), banlieue alors ouvrière de Clermont, d’où il sortit titulaire du CEP à onze ans, et une école professionnelle à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) jusqu’à treize ans, faisant en tout six années de scolarité. Il commença à travailler en 1924 comme tapissier 11 rue des Chaussetiers, à Clermont.

Il devança l’appel en 1929 pour rester sur place. À cette époque, le service d’un an était suivi de trois périodes de réserve dont la dernière était prévue en 1939. Il eut le grade de lieutenant. En 1930, il fut embauché chez Camus, une grande fabrique clermontoise de mobilier, puis à La Bourboule. Il entra enfin aux Ateliers de construction du Centre (ACC) en 1933. Cette entreprise aménageait des voitures de voyageurs pour les chemins de fer. À sa tête se trouvaient les frères Chartoire, héros de l’aviation pendant la guerre de 1914. Leur usine de la Condamine, rue du Pré-La-Reine, à Clermont, employait 450 personnes dont une douzaine de tapissiers pour les sièges des compartiments. En décembre 1931, Georges Albaret se maria à Clermont avec une clermontoise, Yvonne Boissier, dont le père cultivait quelques vignes à Pérignat-les-Sarliève (banlieue sud de Clermont). Ils eurent des enfants après la Seconde Guerre mondiale.

En 1933 et 1934, Georges Albaret fut surtout préoccupé par la question de la paix et adhéra au comité Amsterdam-Pleyel. Le 12 février 1934, il participa à une grève de 24 heures que menèrent les douze tapissiers des ACC ; ceux-ci ne réussirent pas à entraîner les autres ateliers dans cette entreprise dépourvue de syndicat. En juin 1936, les grévistes de Michelin essayèrent de débaucher les ouvriers des ACC, mais faute de syndicat leur tentative n’aboutit pas. Le patron demanda dans une assemblée générale s’il y avait des remarques à formuler ; seul Georges Albaret se leva et en exprima certaines avec courage. Cette prise de parole lui valut un certain crédit auprès de ses camarades : il devint secrétaire du syndicat qui se forma alors et recruta la plupart des salariés des ACC. À la Maison du peuple, où se trouvait le siège de l’Union locale, il se retrouva secrétaire général du syndicat de la métallurgie. Position singulière pour un tapissier, mais assez facile à expliquer vu la place relativement secondaire des usines régionales de mécanique et de métallurgie où l’émergence d’un leader métallurgiste semblait problématique. Il organisa la grève de juillet 1936 qui dura un mois aux ACC ; elle permit d’obtenir des augmentations de salaires et la semaine de 40 heures.

Georges Albaret avait adhéré à la CGT en mai 1936 et au Parti communiste en août 1936 à la suite des mouvements de grève et après la prise de la préfecture de Clermont par les membres du Syndicat professionnel français ; ceux-ci voulaient obliger le gouvernement à faire évacuer les usines Michelin occupées par les grévistes. Affecté à la nouvelle cellule de Beaumont qui en fit son trésorier, il assura ensuite le secrétariat de cellules d’entreprise dans le rayon sud de Clermont-Ferrand. En 1937, il était responsable aux entreprises du comité de la section sud de Clermont. L’école régionale communiste le compta parmi ses élèves. La même année, il dirigeait le comité de Beaumont de paix et Liberté fort de deux cents adhérents

Après les décrets-lois du 12 novembre 1938 qui dénaturaient les avantages sociaux obtenus en 1936, la grève générale du 30 novembre 1938 prit des allures insurrectionnelles à Clermont. La grève fut totale aux ACC. Lorsque le travail reprit après un lock-out, Georges Albaret fut l’un des dix-sept salariés non réembauchés. Devenu chômeur, il entra au bureau fédéral en 1939. Il fut très surveillé et quelques jours avant la déclaration de guerre son domicile dans le vieux centre de Beaumont fut perquisitionné ainsi que le siège de la cellule.

Mobilisé en 1939, il fut perquisitionné avant et après son incorporation. Il déclara avoir approuvé le Pacte germano-soviétique, reprit contact avec le Parti communiste dès octobre 1939 avec Henri Malterre*, et constitua des organisations du parti d’octobre 1939 à mars 1940. Sa division étant montée en ligne, il perdit alors le contact avec les communistes. Fait prisonnier de guerre à Lunéville le 20 juin 1940, il lutta dans son camp contre les partisans de la collaboration ce qui lui valut d’être plusieurs fois déplacé et même menacé d’être affecté à un camp de représailles ; il y échappa en raison de son grade de sous-officier. Il s’évada le 5 mai 1945, passa les lignes américaines et rentra en France.

Un soldat anglais dut sa survie à Georges Albaret qui l’avait caché dans des conditions difficiles près de Chemnitz en Saxe. En 1951, la « médaille royale du courage » devait lui être remise par le consul britannique pour cet acte de bravoure et de dévouement, mais, en pleine guerre froide, cette distinction d’un gouvernement « antisoviétique » ne put être acceptée par Georges Albaret alors secrétaire fédéral du Parti communiste du Puy-de-Dôme. Il avait été nommé lors d’une conférence régionale du Parti, par le Comité central, pour régler les problèmes internes à la fédération.

À son retour d’Allemagne, Georges Albaret devint permanent syndical de juillet 1945 à la fin de 1950. Il fut membre du syndicat des métaux, puis secrétaire de ce syndicat et enfin secrétaire de l’UD de la métallurgie. Il fut aussi membre de l’UD des syndicats. À ce titre, il intervint au premier rang des conflits violents qui scandaient l’histoire de Clermon-Ferrandt en décembre 1947, juin 1948 et mars avril 1950. En décembre 1947 il fut arrêté pour intrusion dans l’usine Olier (machines-outils). Il se révéla aussi bon administrateur : il assuma la responsabilité du Centre de formation professionnelle accélérée des adultes (FPA) lié alors à l’UD et dont l’existence dans ce cadre était menacée.

L’échec de la longue grève Michelin de 1950 qui affecta l’ensemble de la vie clermontoise pendant 63 jours aurait montré les limites de certains leaders comme Robert Marchadier*, héros ouvrier, mais jugé peu organisateur et, semble-t-il, trop jusqu’au boutiste. Il fallut au secrétariat fédéral du PC un homme nouveau. C’est ainsi que Georges Albaret devint premier secrétaire de la Fédération communiste du Puy-de-Dôme le 1er janvier 1951.

Dans ses nouvelles fonctions, après l’élection législative de 1951, il se heurta au préfet Rix qui saisit le parquet pour une infraction à la législation de 1 836 sur les loteries. Le PC avait prévu un tirage de lots à partir des billets d’entrée numérotés de ses fêtes de 1951. La saisie des lots (et notamment d’une « 4 CV ») après perquisition donna lieu à des articles de Georges Albaret qui entraînèrent des poursuites pour outrage à magistrat. La Voix du Peuple célébra « le militant ouvrier le plus aimé du département », mobilisa ses lecteurs et lança des pétitions en rappelant toutes les qualités morales de ce père de famille exemplaire. L’affaire se termina en avril 1952 par une lourde amende.

Au milieu des années cinquante, le comité central s’appuya sur lui pour écarter Robert Marchadier, figure de proue du mouvement ouvrier et de la résistance clermontoise (Albaret affirma en 2000 que la demande de mise à l’écart de ce grand nom de la résistance auvergnate venait de Paris) puis fit venir de Toulouse Pierre Bot* comme Instructeur qui occupa peu après la place d’Albaret au secrétariat en 1959. Dès 1955, ce « bon camarade », sérieux n’était accepté « que du bout des lèvres » par la direction nationale et peut-être par les cadres régionaux. Il continua à siéger au bureau fédéral jusqu’en 1962, puis, en raison de sa profession qui ne lui permet pas d’avoir l’activité exigée pour un secrétaire fédéral, il n’est plus proposé à partir de la Conférence de mars 1961 au Bureau fédéral. Il reste néanmoins élu au Comité fédéral jusqu’en 1964 et à la commission fédérale de contrôle financier jusqu’en 1966.

En 1971, Georges Albaret forma une liste municipale à Beaumont ; la fédération vint faire des remontrances sur sa composition par la voix de Georges Azam*. Il n’en eut cure. En désaccord avec la politique de Georges Marchais* en 1979, il quitta le Parti communiste sans bruit en 1985.

En 2003, Georges Albaret, père de trois enfants (l’un d’eux est devenu professeur de physique, le deuxième a pris sa suite comme tapissier à Beaumont et le dernier s’est établi également comme tapissier à Vic-le-Comte, Puy-de-Dôme), vivait dans son pavillon à Beaumont (Puy-de-Dôme). Cet homme attachant avait conservé une réputation d’artisan méticuleux, à la conscience professionnelle renforcée par l’image qu’il voulait donner du travailleur communiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9784, notice ALBARET Georges, Albert par Pierre Mazataud, Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 14 juillet 2019.

Par Pierre Mazataud, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 3998, autobiographie du 7 août 1937 et note de la SMC du 21 janvier 1950. — Arch. comité national du PCF, questionnaire du 1er juin 1945. — La Voix du peuple, hebdomadaire du PC du Puy-de-Dôme, 1945-1952 passim. — Le Patriote, notamment du 3 septembre 1951 et 17 mars 1952. — Brice Marshall, Le Lapin blanc, Gallimard, 1953, p. 348. — Entretien de Pierre Mazataud et Claude Pennetier avec Georges Albaret, à son domicile, Clermont-Beaumont, 27 octobre 2000. — Archives du PCF 63. Propositions de candidatures au Comité fédéral. Conférence des 29 et 30 avril 1961 .— Entretien avec Jean-Philippe Mangeon, 1997 .— Notes d’Éric Belouet et de René Lemarquis.

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