BALLICCIONI Augustin

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

Né le 14 juin 1902 à Castineta (Corse), mort le 8 janvier 1963 à Paris ; professeur agrégé de mathématiques, chef de travaux à la Faculté des Sciences de Paris ; militant communiste, Résistant du FNU.

Augustin Balliccioni était l’aîné d’une fratrie de trois enfants. Sa mère, née Rose, Catherine Peretti, était institutrice et son père Dominique Toussaint, instituteur. Soldat au 173e Régiment d’infanterie, ce dernier disparut en mer, le 16 août 1918, sur le vapeur Balkan parti de Marseille et torpillé par un sous-marin allemand au large de Calvi. Le drame plongea la Corse dans le deuil : sur les 519 passagers dont 300 permissionnaires, 102 seulement purent être repêchés. La famille avait payé un lourd tribut à la guerre puisque son oncle, frère ainé de son père, Don, Marc, Antoine, avait été « tué à l’ennemi » le 16 décembre 1914 dans la Somme.

Augustin Balliccioni fut donc très marqué par le souvenir de la guerre. Devenu pupille de la Nation, il obtint le baccalauréat (option mathématiques) en 1919. Après avoir été élève en taupe à Marseille, il fut reçu au concours d’entrée à l’École normale supérieure en 1921, dans la même promotion que Georges Cogniot et Alfred Kastler. Licencié ès sciences en 1923, il fut reçu à l’agrégation de mathématiques en 1924 (15e/19). Il effectua le service militaire en 1925-1927 dans l’intendance, qu’il termina comme officier d’administration, versé en octobre 1927, cadre auxiliaire aux subsistances militaires dans la 15e région.

Dans Parti pris, Georges Cogniot raconte s’être lié tout suite à lui rue d’Ulm, d’autant qu’ils « partageaient les mêmes idées politiques ». Alors que lui-même se trouvait « embarrassé, même rustaud », il le présentait comme « vif et sarcastique […] libre, spontané, plein d’aisance, d’une hardiesse entraînante ». Ils partageaient aussi le jambon de Vescovato que lui envoyait sa mère, devenue institutrice à Bastia. « Nous portâmes ensemble notre adhésion à ce qu’on appelait en ce temps, la Ve section du Parti communiste » ; leur carte leur fut remise par un militant ouvrier, Lucien Coudy ; ils avaient pour camarades communistes à l’ENS, les mathématiciens Marcel Thorez et Marcel Finas, et les littéraires Maurice Barthélémy et Marius Charles. Selon le préfet, en mars 1928, après son passage à l’armée, il venait de réadhérer au Parti communiste.

Il fut affecté comme professeur au lycée de garçons de Nîmes (Gard) de 1928 à 1931, puis entra dans le cadre parisien et enseigna successivement aux lycées Charlemagne (1931-1937) puis Buffon (1937-1945).

Augustin Balliccioni s’était marié en avril 1930. Le couple eut un garçon.
Adhérent du Syndicat national autonome des professeurs de lycée au début de sa carrière, il choisit en 1937 de passer au Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire affilié à la FGE-CGT. Il participa en octobre 1938 au comité de patronage de la Semaine des intellectuels en compagnie notamment de Romain Rolland, Paul Langevin, Jean-Richard Bloch, Henri Wallon.

Après sa mobilisation d’août 1939 à août 1940, Augustin Balliccioni participa à la vie résistante à partir de juin 1941 avec les animateurs de L’Université libre, puis fit partie du Front national universitaire. Il participa, en 1942, à la création au lycée Buffon d’un comité de Résistance qui se confondait, plus tard, avec la section locale du FNU comptant 111 membres en août 1944. Il présida le comité de Libération de l’établissement et dirigea avec Georges Talouarn la lutte dans ce lycée, en liaison avec les combats pour la libération de Paris, du 18 au 25 août 1944.
Après avoir été membre du comité directeur provisoire de l’Association des anciens combattants de la Résistance de l’Éducation nationale qui publiait Notre Droit, il en devint le vice-président.

À la Libération, il milita dans le nouveau Syndicat national de l’enseignement secondaire. Il fut nommé professeur de mathématiques au lycée Saint-Louis, dans la classe préparatoire au concours d’entrée à l’école militaire de Saint-Cyr à partir d’octobre 1945, mais le poste fut supprimé. En février 1946, il fut détaché comme membre de la commission d’enquête de l’Education nationale, en remplacement de Maurice Janets, secrétaire général du SNES (décret du 14/02/1946). Cette nomination correspondait aussi à son entrée dans le cabinet du ministre de l’Education nationale Marcel-Edmond Naegelen, dont Marcel Cornu était le chef-adjoint. En septembre 1947, comme pour les autres militants communistes du cabinet, le ministre mit fin à ses fonctions. Il ne reprit pas son service dans l’enseignement secondaire, mais fut nommé assistant à la Faculté des Sciences de Paris, et soutint sa thèse en janvier 1948 sur la géométrie du tétraèdre, sujet sur lequel il avait beaucoup travaillé avant-guerre. En 1935, il avait en effet publié avec Paul Couderc un manuel scolaire chez Gauthier-Villars, Premier Livre du tétraèdre à l’usage des élèves de première, de mathématiques, des candidats aux grandes écoles et à l’agrégation. Après la guerre, il participa à la rédaction de plusieurs autres manuels de l’enseignement secondaire et supérieur.

Resté assistant jusqu’en 1958, il obtint ensuite un poste de chef des travaux à la Sorbonne qu’il occupa jusqu’à son décès. Il habitait le XVe arrondissement de Paris après la Seconde Guerre mondiale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article97796, notice BALLICCIONI Augustin par Alain Dalançon, Jacques Girault, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 8 juillet 2018.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comprenait en 2018 13 références dont une préface.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13748, F17/ 27599, 28077, 29196 (Dossier Paul Labérenne). — Geneanet, arbre de Dominique Balliccioni (Michelle Sanguinetti). —www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr, « morts pour la France » 1914-1918. — JO, lois et décrets, des 26/12/1925, 17/12/1927, 17/02/1946. — L’Humanité d’octobre 1938. — Brochure de l’ACREN de 1948. — Georges Cogniot, Parti pris, Editions sociales, t.1, p. 65. — DBMOF, notice non signée.

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