Né le 23 novembre 1902 à Saint-Méard (Haute-Vienne), mort le 22 février 1989 à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne) ; instituteur ; secrétaire général du SNI (1946-1953).

Fils d’un artisan cordonnier (selon l’état civil), d’un menuisier-charpentier (selon son témoignage), Henri Aigueperse, élève de l’école primaire supérieure de Saint-Léonard-de-Noblat (1915-1918), entra à l’École normale d’instituteurs de Limoges (Haute-Vienne) en 1918. ll effectua son service militaire en 1922-1923 dans un régiment de dragons à Libourne (Gironde). Il exerça dans diverses communes rurales de Haute-Vienne, de 1921 à 1928, avant d’être nommé à Limoges (1929-1945). Il se maria avec Marie-Louise Madore, employée des PTT, en août 1925 à Saint-Bonnet Briance (Haute-Vienne). Le couple eut deux fils.
Henri Aigueperse adhéra au Syndicat national en 1921 avant de rejoindre la Fédération de l’Enseignement (CGTU) en 1922, tout en gardant la carte du du SN (CGT). Abonné à la revue syndicaliste révolutionnaire La Révolution prolétarienne, il soutenait la tendance « Ligue syndicaliste ». Il participa au congrès de Besançon (5-7 août 1929) qui vit la rupture entre la majorité fédérale et le Parti communiste et organisa le congrès fédéral de Limoges (4-6 août 1931). Avec ses camarades de la Ligue syndicaliste, il quitta la Fédération unitaire en 1932, abandonna la double appartenance et se consacra à la section SN de la Haute-Vienne où il milita dans la minorité. À la suite de la grève du 12 février 1934, les dirigeants de la section SN, marquant leurs désaccords, démissionnèrent et Aigueperse, qui avait été partisan de la grève, fut porté à la tête de la section. Il siégea constamment au conseil syndical de la section départementale du SNI jusqu’à la guerre, alternativement secrétaire adjoint et secrétaire général. Délégué aux congrès et conseils nationaux, il vota, après 1935, toutes les motions présentées par le bureau national. Parallèlement membre de la commission départementale de réunification des syndicats unitaires, confédérés et autonomes, délégué au congrès confédéral de réunification, à Toulouse (mars 1936), il participa, par la suite, aux instances dirigeantes de l’Union départementale CGT.
Henri Aigueperse adhéra à deux reprises (fin des années 1920, Front populaire) au Parti socialiste SFIO mais le quitta peu de temps après tout en continuant de voter pour ses candidats. Il collabora étroitement avec les responsables socialistes au cours de l’été 1938 lors de la campagne « pour la paix par la négociation » et signa un appel, dans Le Populaire du Centre, le 28 septembre 1938, « On ne sauve pas la paix par la guerre », avec des dirigeants socialistes et syndicalistes.
Mobilisé en septembre 1939 au contrôle postal à Périgueux, en mai 1940, Henri Aigueperse fut envoyé en affectation spéciale comme instituteur et démobilisé en juillet 1940. Il participa à la Résistance dans le groupe de l’Action ouvrière intégré aux Mouvements unis de Résistance (début 1943). Représentant de l’Union départementale CGT au comité départemental de Libération en 1944-1945, il fut désigné comme secrétaire général du comité. Son domicile à Limoges était une des plaques tournantes pour les dirigeants du SNI qui avaient choisi la Résistance. A Radio-Limoges, dans des émissions "Henri Aigueperse vous parle", il présentait les revendications du mouvement syndical et notamment réclamait le reclassement des instituteurs. Quand se reconstitua le SNI au printemps 1944, il entra au bureau national clandestin qui regroupait des militants communistes et des anciens dirigeants du SNI résistants.
Chargé à la Libération des questions sociales, Henri Aigueperse fut l’initiateur du rapport sur la création de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, présenté par Marcel Rivière au congrès de Grenoble du SNI. Il négocia le décret du 31 décembre 1946 créant les sections départementales de la MGEN. Il fut administrateur national de la MGEN (1948-1967), membre de son bureau national (1951-1967), vice-président (1951-1957), secrétaire adjoint (1958-1967). En outre, il était le responsable de la Commission « Défense de la Sécurité sociale » puis conseiller technique du président de la MGEN pour les questions de Sécurité Sociale.
Le premier congrès du SNI, tenu à Montreuil (Seine) en décembre 1945, avait élu un bureau national comprenant Aigueperse. Selon le compte rendu de L’Ecole libératrice, du 10 février 1946, Marie-Louise Cavalier, pressentie pour devenir secrétaire générale, exigea d’avoir la confiance de tous les membres du bureau. Mais elle ne recueillit que 14 voix, dont celles de tous les anciens « unitaires », sur 21. Elle refusa et proposa Aigueperse qui obtint toutes les voix sauf celle de René Vivès qui s’abstint. Il fut affecté pour ordre à l’école primaire, 8 rue des Feuillantines dans le Cinquième arrondissement de Paris où il habita.
Il fallait réorganiser le SNI, la Fédération générale de l’enseignement (rebaptisée FEN en 1946), la Fédération générale des fonctionnaires (devenue Union générale des Fédérations de fonctionnaires). Henri Aigueperse s’y employa dans un esprit unitaire et siégea dans les instances dirigeantes de ces organisations. Il fut l’un des artisans, avec Adrien Lavergne, du reclassement des enseignants et de la grille des salaires de la Fonction publique élaborée en 1947. Pour les élections au bureau national du SNI, pour la première fois faites à la proportionnelle, il conduisait la liste « Pour une action constructive dans l’indépendance du syndicalisme ». Le 28 décembre 1947, il fut personnellement élu avec 979 voix. Le 5 novembre 1948, lors des élections de la commission administrative paritaire nationale, la liste présentée par le SNI et conduite par lui, l’emporta nettement. Pour le renouvellement du bureau national lors de la réunion du conseil national, le 27 décembre 1951, il conduisait la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif » et devançait nettement ses colistiers, avec 1 342 voix.
Aigueperse défendit l’école laïque en créant, avec la Ligue de l’Enseignement, les conseils de parents d’élèves. Pour répondre au décret Poinso-Chapuis qui ouvrait une première brèche dans la laïcité de l’enseignement, le SNI et la Ligue de l’Enseignement prirent l’initiative d’organiser les États généraux de la France laïque (juillet 1948 et Pâques 1949). Prolongeant cette deuxième session, fut créé le comité exécutif permanent qui comprenait le SNI, la Ligue, la FEN, les Parents d’élèves, puis plus tard les délégués cantonaux, et qui se transforma en 1953-1954, en Comité national d’action laïque.
En 1946, Henri Aigueperse participa au courant organisé autour du journal Force ouvrière, et lutta dans cette tendance contre les partisans d’une scission. Il intervint, au nom de la FEN, lors de la réunion du comité confédéral national de la CGT, les 12 et 13 novembre 1947, après avoir signé la déclaration des minoritaires. Il souhaitait « ne pas diviser le mouvement syndical » et s’opposait au projet de grève générale, « décision qui [...] risque de briser l’unité ouvrière. » Malgré l’opposition d’Adrien Lavergne et d’Aigueperse, la conférence nationale des « Amis de Force ouvrière » (18-19 décembre 1947 à Paris) décida de quitter la CGT. La FEN se prononça pour l’autonomie en mars 1948, comme mesure provisoire avant la réunification ou l’adhésion à une confédération ouvrière. Il écrivait plus tard, « Le passage à l’autonomie a provoqué chez le militant ouvrier que j’étais un drame de conscience, mais « obsédé » de l’unité que j’étais depuis 1930 (signature de l’appel des 22 qui était devenu l’appel des 500), voyant la CGT absolument disloquée et l’impossibilité manifeste pour Force ouvrière de la reconquérir, je n’ai pu me résoudre à provoquer la scission de nos organisations, bien vivantes et convenablement orientées. » Il précisait aussi : « Nous ne pouvions remplir notre mission d’éducateurs syndicalistes qu’en restant ensemble. » Lors du congrès du SNI à Nancy (1949), il présenta un rapport sur les conditions du retour à l’unité syndicale.
Aigueperse siégeait à la Commission administrative paritaire nationale et au Conseil supérieur de la Fonction publique au titre de la FEN. Il était en juillet 1953 le directeur de la publication de L’esprit laïque, revue trimestrielle d’idées et de documentation éditée chez SUDEL qui parut jusqu’en mai 1955. En 1946, il était membre suppléant du Conseil de l’éducation populaire et de la jeunesse et vice-président de la Fédération nationale des œuvres laïques de vacances d’enfants.
Lors de la réunion du bureau national du SNI, le 9 janvier 1952, Henri Aigueperse proposa Denis Forestier pour lui succéder. Dans un premier temps, des attributions du secrétariat, il conservait de grands secteurs : responsabilité de la partie générale de L’Ecole libératrice, les questions sociales et internationales, les œuvres syndicales tout en devenant le responsable de la commission d’éducation sociale. Il assura la fonction de rédacteur en chef et de directeur de la publication nationale du SNI de janvier 1952 jusqu’au 22 janvier 1954. Il y écrivait régulièrement souvent en page 3, avec des rubriques séparées, questions sociales, questions internationales, parfois présentées sur deux à trois colonnes avec des rubriques aux titres récurrents, ainsi pour les questions sociales, par exemple « Un fait par semaine ». Le 16 mai 1952, L’Ecole libératrice annonçait la création de « La Fenêtre ouverte », « Votre coopérative d’éditions » ; il figurait parmi les douze personnalités qui lançaient un appel pour la souscription.
Henri Aigueperse quitta en décembre 1953 le Bureau national du SNI et de janvier 1954 à 1970, fut le directeur pédagogique de SUDEL, maison d’édition coopérative créée par le SNI dont il possédait 1500 parts, "ce qui en fait le plus important propriétaire", selon la police. Il y dirigeait la publication des "Fiches pédagogiques Sudel". Sans être membre du bureau national, le 15 janvier 1954, il était chargé par celui-ci « de coordonner les activités pédagogiques » du SNI et continuait à participer à ses réunions. Dans les années 1960, membre de la commission « œuvres et réalisations sociales », lors de nombreuses réunions du bureau national, il exposait le situation de SUDEL. Par la suite, il présida plusieurs séances des congrès et des conseils nationaux du SNI et y présentait les rapports sur SUDEL. Lors de la réunion du conseil national du SNI, le 10 juillet 1967, il rapporta sur la Sécurité sociale et la MGEN. Depuis le début de 1960, il habitait dans les locaux de SUDEL, 20 rue Corvisart (Paris XIIIe arr.).
Retraité, habitant Bois-le-Roi en Seine-et-Marne, Aigueperse se consacra à la formation des jeunes militants en écrivant Cent ans de syndicalisme, en poursuivant des études économiques au Centre de recherches et d’études sociales et en participant aux stages organisés par le SNI et la FEN. Au début des années 1980, il anima, avec Guy Delage, les orientations du centre fédéral de la FEN vers la recherche sur l’histoire du syndicalisme enseignant, fit plusieurs communications historiques devant le groupe de recherches sur cette question (FEN-CRHMSS) portant notamment sur la naissance de la MGEN et le rôle du syndicalisme enseignant, sur le SNI et la FEN de la Libération au début des années 1950 et sur SUDEL.
Aigueperse succéda à Denis Forestier comme membre du Comité d’histoire de la Sécurité sociale, le 5 janvier 1979 pour occuper le siège attribué à la MGEN. Souhaitant être remplacé en 1978, il suggéra le nom d’André Lainé qui fut accepté.
Lors de l’assemblée générale du centre fédéral de la FEN, le 19 juin 1997, le nom d’Aigueperse fut donné au centre fédéral. Depuis décembre 2000 (congrès de Pau), le centre Henri Aigueperse était devenu le centre de recherches de l’UNSA-Education.

ŒUVRE : Cent ans de syndicalisme, Martinsart, 1977. — Henri Aigueperse, Robert Chéramy, Un syndicat pas comme les autres, le SNI, Martinsart/SUDEL, 1990, 376 p.

SOURCES : Arch. Nat., F7/17795. — Arch. PPO, RG GA, A11, 395631 (dossier Aigueperse), RG 639205 (Baude). — Arch. MGEN (dépouillées par R. Crozet). — Presse syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé et par Guy Putfin. — Notice DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier. — Laurent Frajerman, L’Interaction entre la Fédération de l’éducation nationale et sa principale minorité, le courant « unitaire », 1944-1959, thèse, Paris I, 2003.- Note d’André Lainé.

Jacques Girault

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