ABRAHAM Pierre [BLOCH Pierre, Abraham, dit]

Par Nicole Racine

Né le 1er mars 1892 à Paris, mort le 20 mai 1974 à Paris ; écrivain, journaliste, critique ; directeur de la revue Europe (1949-1974) ; membre du Parti communiste.

Pierre Abraham était le fils de Richard Bloch, ingénieur en chef des chemins de fer, et de Louise Lévy. Il fit ses études secondaires au lycée Carnot et les termina au lycée Louis le Grand. Il fut reçu en 1913 à l’École polytechnique après avoir été reçu en 1912 à l’École centrale et à l’École des ponts et chaussées.

Il fit toute la guerre de 1914 comme officier-pilote aviateur (promu lieutenant en juin 1915, nommé chef d’escadrille en décembre 1916, promu capitaine en juin 1917 ; nommé au GQG américain le 1er août 1918, il commanda des formations américaines jusqu’à l’armistice). Il termina la guerre chevalier de la Légion d’honneur, avec trois citations.

Après la guerre, Pierre Bloch retourna à l’École polytechnique comme capitaine-élève en 1919. À sa sortie, il dirigea un service au ministère des Régions libérées. En 1920, il quitta l’armée et fonda la Société des consommateurs de pétrole (Serco).

En 1926, il quitta l’industrie pour se consacrer aux « Recherches sur la création intellectuelle ». Il s’intéressait ainsi aux rapports entre la création intellectuelle et la morphologie humaine. Il fit trois ans de stage en clinique médicale aux côtés des docteurs Mac-Auliffe (morphologie) et Léopold-Lévy (endocrinologie). Il fut appelé par le docteur Henri Wallon* comme chargé de conférences de morphologie humaine à l’Institut national d’orientation professionnelle ; il participa aux différents congrès de l’Institut international d’anthropologie (1927, 1930, 1933) au Portugal, en Hollande et à Paris. Il s’intéressa également au théâtre et effectua un stage à la compagnie Gaston Baty, au théâtre Montparnasse en 1931-1933 afin de vérifier ses conclusions sur la création intellectuelle et l’interprétation.

Frère de l’écrivain Jean-Richard Bloch*, il choisit pour son entrée en littérature un pseudonyme formé par son deuxième prénom, qui ne pouvait laisser de doute sur ses origines juives. En 1927-1928, Pierre Abraham commença à donner des chroniques dramatiques à la revue Europe. Il publia en 1929 aux éditions Rieder un essai sur Balzac, en 1930 un essai sur Proust, toujours sous la rubrique « Recherches sur la création intellectuelle ».

Au moment du Front populaire, il collabora à l’hebdomadaire Vendredi de novembre 1935 à décembre 1936 ; il y donna, dans la rubrique « Le Chantier des Lettres », trente feuilletons hebdomadaires dont un grand nombre était consacré à des écrivains contemporains.

Appelé par Lucien Febvre* à L’Encyclopédie française, il y dirigea les tomes XVI et XVII « Arts et Littérature » et y assuma la rédaction en chef de la revue L’Encyclopédie française (1937-1939).

Compagnon de route proche du Parti communiste, Pierre Abraham tint de mars 1937 à août 1939 la chronique dramatique de Ce soir, quotidien dirigé par Jean-Richard Bloch. Il traduisit Brecht en français.

Il fut mobilisé le 27 août 1939 comme capitaine de l’armée de l’air. Il entra dans la Résistance ; d’abord chef de réseau, il termina la période de clandestinité comme inspecteur national des réseaux du Mouvement de libération nationale (MLN). Il fonda à Nice en 1941 une librairie qui diffusait les œuvres des poètes de la Résistance. Il devint chef d’un service de renseignements communiquant avec Londres et Alger. Il fut promu par le général de Gaulle commandant en septembre 1943 et lieutenant-colonel de l’armée de l’air en mars 1945 ; il fut nommé, à la Libération, officier de liaison avec l’aviation américaine ; appelé ensuite au Conseil du Contrôle allié en Allemagne, il devint secrétaire à Berlin du Directoire interallié de l’air.

Pierre Abraham adhéra au PC à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; il évoqua les « Batailles du Livre » et grandes campagnes du PC contre l’Alliance atlantique dans son roman Tiens bon la rampe ! (1951) et fut un des fondateurs du Mouvement de la paix. De 1947 à 1959, il fut conseiller municipal à Nice. Le secrétariat national du PCF, le 13 janvier 195 le nomma à la commission des intellectuels avec Laurent Casanova, Victor Michaut (permanent), Guy Besse, Pierre Daix, Jean Kanapa, Victor Leduc, Roger Mayer, Ellen (Ellenstein), Louis Daquin, Régis Bergeron, Pierre Abraham

Pierre Abraham et Gabrielle Gras se marièrent le 10 mai 1957.

Il poursuivit son activité de journaliste et d’écrivain. Il donna jusqu’en 1960 une chronique aux Lettres françaises de Louis Aragon*, adapta le théâtre complet de Bertold Brecht en français. Ce fut comme directeur de la revue Europe, de 1949 jusqu’à sa mort en 1974, que Pierre Abraham se fit une place spéciale dans le monde intellectuel. Sous sa direction, communistes et non-communistes collaborèrent à Europe qui resta cependant dans la mouvance du PC ; de nombreux numéros spéciaux donnèrent son originalité à cette revue. Louis de Villefosse qui rompra avec le comité directeur d’Europe lors des événements de Hongrie d’octobre 1956, a brossé un portrait plein d’affectueuse estime pour la personnalité de Pierre Abraham (L’OEuf de Wyasma, p. 91-92).

Pierre Abraham assuma la direction avec Roland Desné de l’Histoire littéraire de la France, paraissant depuis 1967 aux Éditions sociales.

Il publia avant sa mort un livre de souvenirs, Les Trois Frères, dans lequel il évoquait l’histoire de sa famille, de ses frères Marcel et Jean-Richard Bloch. Il cita dans cet ouvrage des lettres que lui adressait Jean-Richard Bloch de 1907 à 1916. Il y publia également en annexe un texte (paru en septembre-octobre 1967, dans Europe, pour le cinquantenaire de la Révolution d’Octobre) dans lequel il s’expliquait sur la façon dont la révolution russe avait atteint un combattant français de 1917. Pierre Abraham fit figurer aussi dans ce livre un échange de correspondance avec le Comité de coordination des organisations juives de France (juin 1967) qui éclairait sur ses rapports avec le judaïsme et l’État d’Israël. Il y exprimait le droit de critiquer le gouvernement israélien sans renier pour autant ses origines juives :

« Voici plus de quarante ans, j’ai choisi un pseudonyme d’écrivain qui ne puisse égarer personne sur le sang dont je sors. Ceci pour ne pas esquiver l’appartenance à une minorité qui, en France, fut il y a soixante-dix ans et qui allait être il y a vingt-sept ans, en butte aux persécutions que tout le monde sait. »

Cette même année, une lettre de Pierre Abraham, publiée dans le petit livre de Vladimir Jankelevitch Pardonner ?, précisait sa position sur le problème allemand (tout en maintenant son refus du sionisme et de la solidarité avec Israël). Pierre Abraham s’accordait avec Vladimir Jankelevitch pour refuser la prescription des crimes nazis, mais il rejetait la notion de condamnation éternelle du peuple allemand en se prévalant de l’exemple de la République démocratique allemande.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9644, notice ABRAHAM Pierre [BLOCH Pierre, Abraham, dit] par Nicole Racine, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 1er décembre 2008.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Balzac, Recherches sur la création intellectuelle, Rieder, 1929, 87 p. ; Gallimard, 1931, 343 p. — Proust, Recherches sur la création intellectuelle, Rieder, 1930, 91 p. — Direction des tomes XVI et XVII de L’Encyclopédie française sous la direction de Lucien Febvre : « Arts et littérature dans la société contemporaine », 1935-1936. — Tiens bon la rampe !, Les Éditeurs Français Réunis, 1951, 277 p. — Adaptation B. Brecht. — Théâtre complet, L’Arche, 1955-1956. — Les Trois Frères [Marcel Bloch, Jean-Richard Bloch, Pierre Abraham]. Préface de Jacques Duclos. Paris, Les Éditeurs Français Réunis, 1971, 381 p. — Lettre publiée dans Vladimir Jankelevitch, Pardonner ?, Le Pavillon, Roger Maria, 1971, 103 p. — Direction avec Roland Desné du Manuel d’histoire littéraire de la France, aux Éditions sociales.

SOURCES : Bio-bibliographie établie par Pierre Abraham dans Pour une chaire des recherches sur la création intellectuelle. — L’Humanité, 21 mai 1974. — Le Monde, 22 mai 1974. — Europe, juin 1974 et septembre-octobre 1973 (« La naissance d’une revue »). — Who’s who in France, J. Laffite, 1973-1974.

ICONOGRAPHIE : Les Trois Frères, op. cit. — Europe, juin 1974.