JACQUEMOTTE Fernand dit Fernand Jack

Par Robert Brécy

Né le 15 mai 1902 à Saint-Gilles (lez-Bruxelles), mort le 25 juin 1960 à Moscou ; chansonnier révolutionnaire, puis dirigeant communiste.

Son père, Charles, ouvrier tailleur, et sa mère, née Rosbrouck Emma, ouvrière piqueuse de bottines, vinrent se fixer en 1910 dans la banlieue parisienne (Drancy), où Fernand fit ses études primaires. À douze ans, il effectua son apprentissage dans la confection ; dès l’âge de treize ans il adhéra aux Jeunesses syndicales dont il devint secrétaire national deux ans plus tard. Son père était déjà militant syndical (ce pourrait être le Jacquemotte « de l’Habillement » qui fut un des signataires du premier appel du Comité de défense syndicaliste en 1916). Les conférences de Zimmerwald et de Kienthal puis la révolution russe d’Octobre 1917 eurent une grande influence sur la famille Jacquemotte : l’oncle de Fernand, Joseph, deviendra un dirigeant du Parti communiste de Belgique, et son père, Charles, un militant actif.

Dès 1918, Fernand participa, sous le pseudonyme de Fernand Jack, à la renaissance du groupe « La Muse Rouge », où il allia des qualités de chansonnier et d’organisateur. En avril 1919, il créa la Grippe rouge, chanson où il souhaitait l’extension de l’« épidémie » bolchevique, et en octobre : Distractions parisiennes, pamphlet antiparlementaire où il se prononçait pour la dictature du prolétariat. Pourtant, il semble n’avoir adhéré au PC qu’en 1925, et jusque-là ses camarades libertaires de la Muse Rouge le considérèrent comme un des leurs. Il était lié avec Maud Geor, une des chanteuses de la Muse avec qui il vécut à Paris pendant plusieurs années. (On ne sait ce qu’elle devint par la suite.)

« Fernand Jack » publia plusieurs œuvres dans les deux périodiques du groupe (Nos Chansons et La Muse Rouge) et y tint entre 1923 et 1928 une rubrique : « La chanson révolutionnaire. »

Il semble qu’il n’ait plus eu d’activité chansonnière après son retour en Belgique (juin 1928). Il devint alors un militant actif du PC belge, collaborant à son quotidien, le Drapeau rouge, puis un « révolutionnaire professionnel » au service de la IIIe Internationale.

Fin 1929, il épousa dans le Nord de la France une militante communiste, Beznos Fajga, dite Fanny (voir Fanny Jacquemotte*) ; ce mariage blanc, destiné à donner à celle-ci une assise légale, devint un mariage d’amour.

Fernand Jacquemotte fut l’un des créateurs de la section belge des « Amis de l’Union soviétique » (1929) et en devint le secrétaire, il écrivit maints articles dans des revues prosoviétiques, comme Russie nouvelle et Monde nouveau. En 1930, il accompagna la première délégation ouvrière en URSS et y fit par la suite de nombreux voyages. Nommé délégué international des AUS, il contrôla l’activité de leurs branches européennes, d’où des séjours en France, en Espagne, en Suisse, en Hollande, en Grande-Bretagne, en Suède, en Tchécoslovaquie, en Autriche...

Lorsque la guerre éclata en 1939, il fut arrêté par le gouvernement belge et envoyé en France au camp de concentration du Vernet. Il s’en évada et revint en Belgique où il entra dans l’« Armée belge des partisans », groupe de résistance créé le 1er décembre 1940. Il fut arrêté par la Gestapo lors d’une réunion clandestine, le 22 juin 1941 (jour où la Wehrmacht envahit l’Union soviétique). Déporté le 24 septembre à Neuengamme, où il resta près de trois ans ; le 13 juillet 1944, il fut transféré au camp de Mauthausen, en même temps que le dirigeant du PC belge Julien Lahaut. Fernand fut libéré en avril 1945 ; il apprit alors la mort de son père à Dachau et celle de sa femme Fanny au camp d’Auschwitz.

En 1947, Fernand Jacquemotte était élu président des Amitiés belgo-soviétiques et aussi membre du Comité central du PC. Parallèlement, il fut député de ce parti du 17 février 1946 au 4 juin 1950 (arrondissement de Thuin), questeur de la Chambre et membre des commissions des Affaires étrangères, de la Justice et des Finances.

Sa santé s’altéra dans les années 1950 ; il semble que sa dernière apparition en public date du 12 avril 1959, lors du 30e anniversaire des Amitiés belgo-soviétiques. Le 13 avril 1960, il était victime d’un infarctus du myocarde et partait deux mois plus tard en URSS pour y suivre un traitement médical ; il y décéda presque aussitôt, le 25 juin. Après son incinération, ses cendres furent rapatriées à Bruxelles le 1er juillet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article96410, notice JACQUEMOTTE Fernand dit Fernand Jack par Robert Brécy, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 24 août 2017.

Par Robert Brécy

ŒUVRE : Publiée par la Muse rouge, à Paris : La Grippe rouge, Au Vatican. L’ère de paix, in Nos Chansons, n° 1, 2 et 4 ; Carnaval et l’Emprunt, in La Muse Rouge, n° 7 et nouv. série, n° 4.SOURCE : Renseignements fournis par Robert Brécy (France), Maurice Singer et Jean Neuville (Belgique). — Notices par José Gotovitch dans Le Komintern, l’histoire et les hommes, Les Editions de l’Atelier, 2001.

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