ABBADIE Jean, Albert

Par Jacques Girault

Né le 31 octobre 1916 à Boucau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), mort le 12 août 1996 à Boucau (Pyrénées-Atlantiques) ; instituteur ; militant communiste ; maire de Boucau (1971-1995), conseiller général.

Son père, François Abbadie, né le 22 juillet 1902, ouvrier aux forges de l’Adour à Tarnos, issu d’une famille d’agriculteurs des Landes, militant communiste selon la notice biographique remplie pour le Parti communiste français en 1953, déporté politique en octobre 1942 à Orianenburg, mourut au camp de Sachsenhausen, le 6 avril 1943. Sa mère était la fille d’un ouvrier belge qui avait participé à la construction des forges de l’Adour.

Jean Abbadie (souvent orthographié Abadie par erreur) reçut les premiers sacrements catholiques. Élève du cours complémentaire de Tarnos, il entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Dax. Instituteur à Tarnos en 1937 à l’école des Forges, il adhéra au Syndicat national des instituteurs, au Parti socialiste SFIO en 1938, puis aux Jeunesses communistes, tout en militant dans des mouvements de jeunesse laïque. Il effectua son service militaire dans l’armée de l’air dans les services météorologiques à Pau puis à Maubeuge à partir de 1938. Mobilisé en septembre 1939, démobilisé, il reprit un poste d’instituteur à Meilan (1941-1942). En relations avec des milieux résistants, incité à la prudence par ses supérieurs hiérarchiques, il partit comme instituteur en octobre 1942 à Niamey (Niger, Afrique Occidentale Française). Engagé dans les Forces françaises libres en février 1943, incorporé dans le service météorologique des armées, il participa aux combats des campagnes de Tunisie, d’Italie et de France jusqu’en août 1945 et fut démobilisé comme adjudant, le 14 août 1945.

Marié religieusement avec la fille d’un cheminot en décembre 1939 à Boucau, Abbadie fit donner une instruction religieuse à ses deux filles. Comme il avait été révoqué par le gouvernement de Vichy, il ne fut réintégré dans l’enseignement qu’au bout de six mois et enseigna successivement à Vert (1946-1947), et à Tarnos (1947-1959). Toujours membre du SNI, il animait aussi la FEN-CGT.

Abbadie remit son adhésion au Parti communiste à Alger en 1943 à son ami André Moine. Il la renouvela en août 1945. Secrétaire de sa cellule à Boucau, secrétaire de la section en 1946, membre du comité fédéral des Basses-Pyrénées en 1952, du bureau fédéral à partir de 1955, proposé par la fédération communiste pour qu’il suive l’école centrale d’instituteurs du PCF en avril 1953, il n’y participa pas et le secrétariat fédéral jugeait que sa « sous-estimation de l’importance du travail idéologique » pouvait expliquer ce refus. Aussi insista-t-il pour qu’il soit réinscrit à la prochaine session, ce qui se fit en juillet 1953.

Abbadie, élu conseiller municipal, puis adjoint au maire communiste de Boucau en 1947, réélu en 1953, devint, en 1955, le secrétaire du comité de défense des forges de l’Adour et des industries des côtes menacées par le plan Schuman. Dès lors, il apparaissait comme un des hommes forts du PCF dans la région et figurait sur la liste communiste aux élections législatives de janvier 1956 (sixième position). Il fut le suppléant d’Albert Mora, député sortant, dans la deuxième circonscription de Bayonne aux élections législatives de 1958. Il fut à nouveau suppléant en 1962, 1967, 1968, 1973 et 1978. De même, il fut le candidat du PCF pour les élections au Conseil général en 1951 et en 1958 dans le canton de Saint Palais et en 1955 dans celui de Bayonne. Il était candidat aux élections de 1961 (Bayonne Nord-Est), de 1967 (3 312 voix, deuxième position et désistement pour le candidat sortant socialiste arrivé en tête).

Mais Abbadie entra en conflit en 1958 avec Jean-Baptiste Lanusse, maire de Boucau depuis 1935, sur des questions d’administration et de direction de la section communiste. Celle-ci refusait à Lanusse qu’il puisse reconduire la liste en 1959, mais l’envoyé de la direction du Parti l’imposa avec Abbadie comme adjoint. Celui-ci accepta, mais se considérant désavoué et un peu isolé, pour prendre du recul vis-à-vis de ses activités politiques, il demanda un poste au Maroc, sans en avertir ses camarades, et obtint la direction d’un cours complémentaire au Niger. Le comité fédéral lui demanda en vain d’abandonner sa responsabilité d’adjoint. En 1960, il revint en France comme enseignant au cours complémentaire puis professeur d’enseignement général des collèges (français-histoire-géographie) à Tarnos (1960-1971). La question de sa réintégration dans ses responsabilités divisa les militants. Après avoir reconnu qu’il aurait dû saisir la direction fédérale avant de quitter la France, il fut réintégré au sein du comité fédéral où il devait être régulièrement réélu à partir de 1961, membre de la commission cantonale et municipale à partir de 1974. En 1979, il demanda à ne pas être reconduit dans ces responsabilités en raison de sa situation professionnelle, de questions familiales et de son état de santé.

Au début des années 1960, la situation municipale à Boucau inquiétait la direction du PCF qui hésitait sur la façon d’écarter Lanusse au profit d’Abbadie, comme le proposaient les communistes locaux, opération qui n’avait pas l’aval de la direction fédérale qui n’entendait pas lui confier « pour des raisons politiques » le poste de maire. Finalement la fédération accepta et il put conduire la liste et devenir maire en 1965. Renouvelé en 1971, 1977, 1983, 1989, il eut à gérer les conséquences de la fermeture et de la reconversion de la zone industrielle. Il se montra le défenseur des arts, de la culture, le créateur de la plupart des associations sportives et culturelles de Boucau et Tarnos, parmi lesquelles les centres municipaux ruraux, le Cercle des amis de l’art, la chorale Chantadour, la batterie fanfare « La Boucalaise ». Il organisa aussi dans sa commune une commission extra-municipale des immigrés dès 1977 qui devint la « commission de l’amitié ». Il mit en place le jumelage avec une commune d’Andalousie, Montilla.

Abbadie devint conseiller général du canton de Bayonne-Nord depuis 1973, arrivant en tête avec 2 804 voix et élu au deuxième tour avec 3 922 voix. Seul communiste dans l’assemblée départementale, il fut réélu en 1979 (4 457 voix, puis 6 030 voix) et en 1985 (4 124 voix puis 5 614 voix). Il connut la défaite en 1991.

Lors des élections municipales du 18 juin 1995, Abbadie conduisait une liste composée de communistes, de socialistes et de républicains. Elle affronta la droite et une autre liste ayant l’aval du Parti communiste. La liste Abbadie arriva en tête. L’union des forces de gauche se reconstitua pour le deuxième tour et apparut peu crédible. Aussi la droite l’emporta-t-elle avec 76 voix d’avance.

Politiquement, Abbadie participa, avec ses camarades André Cazétien et André Moine, au début des années 1990 au lancement du mouvement « Refondations » qui regroupait des communistes, des socialistes et d’autres militants progressistes puis adhéra à la Convention pour une alternative progressiste. Il fut un des 73 communistes signataires, en novembre 1991, du manifeste signé notamment par Charles Fiterman et Guy Hermier, « Urgence du futur ». Membre de la Ligue des droits de l’Homme et du Mouvement de la paix, il demeura membre du PCF et fut enterré civilement.

Lors du cinquième anniversaire de son décès, de nombreux hommages lui furent rendus. Son nom avait été donné à une école de la commune. Un livre lui avait été consacré par le centre culturel et social sous le titre Jean Abbadie, une vie au service des autres.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9624, notice ABBADIE Jean, Albert par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 30 juin 2018.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Dossiers du Secrétariat d’État aux anciens combattants et victimes de la guerre (Jean-Pierre Besse). — Renseignements fournis par la mairie de Boucau et par la veuve de l’intéressé. — Presse locale.

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