ZISLY Henri, Daniel

Né le 2 novembre 1872 à Paris (IVe arr.), mort accidentellement en mai 1945 ; cheminot, employé à la Compagnie du Nord, révoqué en 1915 ; anarchiste « naturien ».

Fils d’ouvriers vivant en union libre au dire de son biographe Albin (op. cit.), Henri Zisly fréquenta sans doute l’école primaire, mais, autodidacte, s’instruisit avant tout par lui-même. À l’âge de dix-sept ans il publia son premier article dans le quotidien socialiste L’Égalité de Jules Rocques (1er numéro : 8 février 1889). Pendant quelques années il rédigea un journal manuscrit, Le Paria, 1892-1895, reproduit à quelques exemplaires. Il fit alors paraître avec Beylie, de 1895 à 1898, la Nouvelle Humanité, autographiée, 20 numéros, avec Gravelle l’État naturel, 1894-1898, seul enfin La Vie naturelle dont le premier numéro parut en avril 1907, le huitième en octobre 1920, organe du naturisme libertaire. Il publia encore Le Sauvage, deux numéros fin 1898, La Vie nouvelle, 1927. En même temps il collaborait aux journaux anarchistes les plus variés : L’Insurgé (Limoges, 1910), Le Réveil artésien (Arras, 1910), Le Grand Soir (Arras, 1911), La Vie anarchiste (Reims 1911-1914), Les Réfractaires (1914), Le Réveil de l’Esclave (1922), Pendant la Mêlée et Par-delà la Mêlée (1915-1917), Terre libre (Marseille, 1923), Le Semeur (1927-1936), La Revue sociale (1927), L’Éveil social (1932), La Voix libertaire (1929-1939), La Raison (1932), Terre libre (organe de la Fédération anarchiste française, 1938).
Il participa à la Fédération anarchiste de langue française créée les 15 et 16 août 1936 au congrès de Toulouse. La FAF était administrée par un comité de relations où se trouvaient les représentants des groupes. Zisly participait régulièrement à ses travaux. Il tenait scrupuleusement le registre des procès verbaux.
En janvier 1945, il souscrivait encore 40 F pour le lancement de CQFD. En tout temps enfin, et dès avant la Première Guerre mondiale, Zisly collabora au Libertaire. L’idéal de vie qu’Henri Zisly défendit sa vie durant fut le « naturisme libertaire » qu’il définissait lui-même (cf. La Vie naturelle n° 3) « la conception de cette idée qu’il faut que l’individu, pour être réellement libre et indépendant, suffise lui-même à ses besoins. Et l’expérience démontre incontestablement que l’on peut soi-même se suffire en se limitant aux seuls besoins naturels. » Il disait encore en 1901 dans Rapport sur le mouvement naturien (cf. p. 5) : « Les Naturiens veulent l’abandon de la civilisation et le retour à une vie plus naturelle. Retourner à l’état naturel n’est pas aller en arrière, au contraire, c’est aller en avant, puisque c’est la marche vers le Bonheur. »
Trente ans plus tard, il manifestait quelque scepticisme « Si nous ne sommes pas capables de réaliser un semblable idéal, écrivait-il, eh bien ! conservons donc la République bourgeoise et nos maigres libertés » (La Voix libertaire, 7 mai 1932).
Zisly soutint cette thèse sans approfondissement ni variantes sa vie durant en de multiples articles qu’il collectionnait avec soin, de même que tout ce qu’on pouvait écrire à son sujet. « Notre Naturien collectionne et conserve avec un soin jaloux tout ce qui touche à son individualité ou à son oeuvre. Il fait même plus fort : il publie en fascicules les opinions des critiques à son égard — hommage et coups de trique — avec une tranquillité déconcertante » (Albin, Croquis brefs, op. cit.).
En 1897, le 27 août, Zisly s’était embauché à la Compagnie du Nord. Il fut révoqué le 19 mars 1915 pour avoir publié un article antipatriotique dans la Bataille syndicaliste du 4 janvier : « Je demeure, écrivait-il ce que j’ai toujours été depuis vingt-cinq années, c’est-à-dire un internationaliste, un antipatriote, et je le précise, afin qu’à cet égard il n’y ait aucune équivoque. » Il fut condamné à huit jours de prison qu’il fit à la caserne de Reuilly. Il réussit ensuite à travailler comme lampiste à la Compagnie des chemins de fer de Ceinture mais, ayant été refusé à la visite médicale, il ne put se faire réintégrer en 1919 à la Compagnie du Nord comme il le demandait.
Il avait épousé en août 1908 Lucie Dusolon après avoir vécu en union libre avec elle pendant dix ans. Sa compagne exerçait le métier de modiste et, de mars 1917 à octobre 1919, elle fut secrétaire d’état-major. Elle mourut à 61 ans, le 1er octobre 1926.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9610, notice ZISLY Henri, Daniel, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 26 octobre 2013.

ŒUVRE (liste sans doute non exhaustive) : En Conquête de l’état naturel, Paris, 1899, 12 p. — Voyage au beau pays de Naturie, Paris, 1900, 32 p. — Rapport sur le mouvement naturien..., chez l’auteur, 1901, 8 p. — Réflexions sur le naturel et l’artificiel, chez l’auteur, 1901, 8 p. — Libres critiques sur la science et la nature, 1902, 8 p., 2e fascicule, 1910, 16 p. — Contes et croquis, Paris, 1904, 32 p. — Écrits antimortuaires, 1911, 4 p. — Le Progrès, 1912, 4 p. — La Conception du naturisme libertaire, chez l’auteur, 1920, 24 p. — Naturisme pratique dans la civilisation, Paris, 1928, 12 p. — Panoramas célestes, Paris, 1929, 12 p.
Douze volumes reliés comprenant articles et brochures publiés de 1892 à 1920, se trouvent à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam ; deux volumes de même nature se trouvent à l’Institut français d’Histoire sociale. Deux autres au Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Université Paris I).
En collaboration avec H. Beylie, La conception libertaire naturienne, chez l’auteur, 1901, 16 p.
Zisly édita à ses frais quelques plaquettes et par exemple La Vérité sur les anarchistes d’A. Loriot, 1913, 16 p. Zisly a collaboré également à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — Croquis brefs, par Albin, publiciste, 4, rue Chaumais, à Lyon, 8 p., 2e édition, juillet 1923 (la première est de juillet 1922), avec portrait (au CHS). — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, voir 1re édition, Maspero, . — Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France, 1871-1921. Essai bibliographique, Gif-sur-Yvette, Éd. du Signe, 1982 (rééd.), 218 p. — Notes de Roger Bossière. — Tony Legendre, Expériences de vie communautaire anarchiste en France. Le milieu libre de Vaux (Ains) 1902-1907 et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon (Aisne) 1911-1951, Les Éditions libertaires, 2006.