HIVERNAUD Albert

Par Albert Ayache

Né le 4 août 1907 dans la Haute-Vienne à La Fabrique près d’Oradour-sur-Glane ; instituteur ; socialiste du Maroc ; secrétaire général de l’Union des syndicats CGT du Maroc.

Albert Hivernaud était l’aîné d’une famille de quatre enfants ; orphelin de guerre — son père, Boulanger rural, fut tué à Verdun en 1916, il eut une rude enfance de petit paysan pauvre dans la campagne limousine. Après l’école primaire de village, l’école primaire supérieure de Saint-Junien, il passa par l’École normale d’instituteurs de Limoges (1923-1926) et vint exercer au Maroc le 1er octobre 1928. Il fut instituteur à Bouskoura (1928-1931), puis à Casablanca. Le spectacle de la misère des Marocains à la campagne et à la ville l’indigna. Déjà socialiste, il s’inscrivit à la Fédération SFIO du Maroc, mais son activité fut essentiellement syndicale.

Désigné comme secrétaire adjoint de la section marocaine du syndicat des instituteurs, le 1er novembre 1931 — et il devait le demeurer presque sans interruption jusqu’en 1939 — il fut secrétaire général adjoint de l’Union des syndicats du Maroc (CGT) de 1932 à 1934, puis secrétaire général de 1935 à 1939, succédant à François Mattei dont il était l’ami.

À la suite des grèves de 1936, et grâce à une tolérance sous l’effet du Front populaire, la syndicalisation progressa soudainement au Maroc entraînant de nombreux salariés marocains. Mais le droit syndical, reconnu aux Européens, ne fut pas accordé aux Marocains. Des grèves affirmant la combativité des travailleurs marocains éclatèrent à Casablanca et dans les centres phosphatiers de Louis Gentil et de Khouribga en juin 1938 ; elles servirent de prétexte à la parution d’un texte législatif punissant d’emprisonnement ou d’amende la syndicalisation des Marocains pour lesquels la Résidence nourrissait un projet de corporation.

Albert Hivernaud eut à subir de rudes critiques — elles venaient surtout de militants pivertistes ou trotskistes — à la suite de ce coup d’arrêt. On lui reprochait des concessions et des reculs qui auraient favorisé la manœuvre de la Résidence. Il s’en défendit avec vigueur, et le congrès de Fès (mars 1939) approuva le rapport moral qu’il présentait. L’activité d’ Albert Hivernaud à la direction de l’Union des syndicats du Maroc fut grande et efficace, tant pour l’organisation syndicale que pour ses interventions dans les conflits revendicatifs : grèves de juin 1936, de janvier, février, août 1937 et juin 1938, ou en matière de législation sociale.

Depuis 1935, il représentait le Maroc dans la plupart des comités confédéraux ou des congrès de la CGT française où il attirait l’attention sur la condition des travailleurs marocains et la nécessité d’une législation sociale, conventions collectives et droit syndical, qui leur permettrait de s’organiser. Ses articles dans le journal Travail, organe de l’Union des syndicats, et la netteté de ses souvenirs ont constitué une source précieuse pour la connaissance du mouvement syndical en cette période (1935-1940).

Officier de réserve, il fut mobilisé en août 1939, démobilisé, puis révoqué en décembre 1940 comme syndicaliste et franc-maçon. Malgré cela, il estima que Belin, l’ancien secrétaire général adjoint de la CGT, devenu ministre du Travail du maréchal Pétain, pourrait sauvegarder le syndicalisme ouvrier et il encouragea des militants dont Carreau à maintenir quelque vie syndicale à Casablanca.
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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article95131, notice HIVERNAUD Albert par Albert Ayache, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2013.

Par Albert Ayache

SOURCES : René Gallissot, Le patronat européen au Maroc. Action politique, action sociale (1919-1942), éditions techniques nord-africaines, Rabat, 1964. — Albert Ayache, Histoire du mouvement syndical au Maroc, tome I, 1919-1942. — Hivernaud, « Un demi-siècle de souvenirs, 1907-1963 », note biographique à Alb. Ayache, reçue le 8 septembre 1974.

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