HERCLET Auguste [HERCLET Émile, dit Auguste]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 4 janvier 1898 à Joinville (Haute-Marne), mort le 22 décembre 1942 à Paris (XIIe arr.) ; ouvrier dans l’industrie textile à Vienne (Isère) puis permanent syndical ; syndicaliste révolutionnaire puis communiste ; membre de la Commission exécutive de la CGTU de 1927 à 1933 ; délégué permanent de la CGTU auprès de l’Internationale syndicale rouge (ISR) en 1923-1925 ; membre du Bureau confédéral élargi en 1929 ; secrétaire du bureau international de la CGTU en 1928-1929.

Fils d’un ébarbeur, Auguste Herclet travailla dès l’âge de treize ans dans l’industrie textile et se syndiqua en 1914. Dans une réunion publique tenue le 27 mars 1923 à Raon l’Étape (Vosges), il aurait rappelé qu’il était originaire de cette ville où son père, « ivrogne et bavard », travaillait à l’usine Amos (Commissaire spécial, Saint-Dié, 28 mars 1923, Arch. Nat., F7/13823). Mais ce fut à Vienne (Isère) qu’Auguste commença à militer et qu’il prit part, en 1917, à la lutte contre la guerre. Le 4 avril 1918, une information pour « propagande anarchiste » fut ouverte par le ministre de la Guerre contre lui, Émile Miglioretti et Claudius Richetta. Elle intervenait au moment où le syndicat viennois du Textile animé par Auguste Herclet, avait pris, comme l’affirme Claudius Richetta dans une lettre à Ch. Benoît, la décision de « mener dans toute la région une active campagne de propagande contre la guerre ». Le 29 avril 1918, le sous-préfet de Vienne donna ordre à la gendarmerie de dresser procès-verbal contre Auguste Herclet et quelques autres syndicalistes qui vendaient des journaux sur la voie publique sans être munis d’un récépissé de colportage. Arrêté le 23 mai, il fut condamné le 2 août 1918 à cinq ans de prison et 3 000 francs d’amende par le 2e conseil de guerre de Lyon (Arch. Nat., F7/13821, Vienne, 5 août 1918).

Dès sa libération survenue en 1919, Auguste Herclet fut en contact avec Raymond Péricat dont il diffusait à Vienne le journal l’Internationale. Il était vraisemblablement, comme Claudius Richetta, membre du « soviet de Vienne » affilié au « Parti communiste » de Sigrand en 1920. Il écrivait également dans Le Libertaire et y affirmait : « C’est pour la Révolution russe que nous devons prendre parti » (n° 22, 15 juin 1919). Le 8 août 1919, une lettre adressée à Péricat annonça : « Nous venons de décider au syndicat du textile, d’adhérer à la IIIe Internationale. ». En 1920, il occupait la fonction de secrétaire de la Bourse du Travail de Vienne. Son intervention au XVIe congrès de la Fédération du Textile, tenu à Rouen du 6 au 8 septembre 1920 témoigne de ses conceptions anarcho-syndicalistes : « Le syndicalisme doit tendre à rendre inutile les fonctions gouvernementales, à remplacer l’étatisme, le centralisme bureaucratique avec ses incompétences et ses inutilités par le régime fédéral-syndical avec l’atelier et le syndicat comme cellules constructives (...) L’atelier sera la cellule constructive de la Société nouvelle. Nous reprenons là un thème cher à Proudhon, l’avenir prouvera qu’il avait raison » (compte rendu, p. 132). Tout en se déclarant « anarchiste militant syndicaliste », il souhaitait l’adhésion de la CGT à l’ISR (Le Libertaire, n° 88, 26 septembre 1920). Sa dernière participation active à une réunion libertaire semble dater du IIe congrès anarchiste de Lyon (26-27 novembre 1921).

Auguste Herclet consacrait l’essentiel de son militarisme au syndicalisme. Le 12 avril 1921, il tenta vainement de faire occuper, selon l’exemple italien, les usines de draps de la région viennoise. Arrêté pour « provocation à l’émeute », il fut condamné à trois mois de prison. Rendu inquiet par les exclusions de syndicats et de fédérations décidées par la majorité confédérale de tendance réformiste, il écrivit, dans la Vie ouvrière du 16 décembre 1921, un article intitulé « Dehors ou dedans ? ». Il considérait que la majorité confédérale avait entamé le processus de scission, mais il se refusait à envisager la création d’une deuxième Confédération générale du travail : « La CGT n’a pas besoin d’une lettre de plus pour être révolutionnaire, il suffit que nous agissions dans son sein pour qu’elle le redevienne. » Aussi, pour éviter la scission, proposait-il aux syndicats de ne plus appuyer le Comité central des Comités syndicalistes révolutionnaires. Auguste Herclet se rallia cependant à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) après la rupture de décembre 1921. En juillet 1922, il était secrétaire du syndicat unitaire du Textile de Vienne (Isère) et formait, avec Richetta et Miglioretti, une équipe homogène à la Bourse du Travail de Vienne. Son syndicat le délégua au 1er congrès de la CGTU tenu à Saint-Étienne du 25 juin au 1er juillet 1922. Il semble qu’il effectua vers cette période un séjour en prison qui devait faire suite aux événements d’avril 1921, car il était présenté comme sortant de prison à la suite d’un non-lieu au meeting de protestation contre les incidents du Havre, tenu le 30 août 1922. L’année suivante, la police l’arrêta une nouvelle fois lors de la grève des ouvriers du Textile d’Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Il sortit quelques mois plus tard.

Appelé à des fonctions nationales, Auguste Herclet laissa, le 13 septembre 1922, le secrétariat de son syndicat viennois à Fontanieu, mais demeura secrétaire adjoint. Secrétaire par intérim de la Fédération unitaire du Textile, il ne se désintéressa pas pour autant de la situation du mouvement ouvrier à Vienne : le 22 février 1923, il assista à une réunion publique intercorporative, où il essaya en vain d’empêcher la formation d’un syndicat CGT du Textile. Le sous-préfet de Vienne note dans un rapport de mars 1923 la baisse d’influence du Parti communiste dans sa ville où « les mesures de police prises à diverses reprises contre les représentants les plus turbulents des partis extrêmistes, en particulier contre Herclet et Richetta, ont amené les autres à plus de prudence ».

En janvier 1923, Richetta et Auguste Herclet avaient été désignés comme délégués à la conférence internationale d’Essen (Allemagne). Peut-être alla-t-il directement d’Allemagne en URSS pour représenter la CGTU à la direction de l’Internationale syndicale rouge. Son arrivée en Russie se situe vers avril 1923. De Moscou, il écrivit le 9 avril 1924 à Pierre Monatte, pour approuver ses prises de position dans le Parti communiste français et lui communiquer un article de l’Opposition ouvrière de Chliapnikov. Trois jours plus tard, une lettre à Boris Souvarine soutenait les analyses de celui-ci sur la « question russe » et affirmait ses sympathies pour Trotsky : « Ce qui précède t’indique que quoique non membre du Parti, mes sympathies vont à l’opposition, ne serait-ce que parce que Trotsky est partisan de comprimer un peu le fonctionnarisme. » En juin 1924, Alfred Rosmer, en séjour à Moscou, fit part, dans une lettre à Pierre Monatte, de ses impressions favorables sur Auguste Herclet : « Il a su voir, comprendre et garder un solide équilibre. Il travaille sérieusement, il étudie, s’informe, rien à faire pour lui conter des histoires. Il n’est ni aigre, ni amer. Il dit tranquillement ce qu’il pense, ce qu’il a constaté, et comme il ne parle pas au hasard, il faut tenir compte de ce qu’il dit. Physiquement, il semble que tout n’aille pas bien du côté des poumons. Il ne s’est guère soigné jusqu’à présent, mais, sitôt le congrès fini (Ve congrès de l’IC), il filera en Crimée et y passera un bon mois. Après il rentre en France et est décidé à entrer au Parti » (citations extraites de Syndicalisme révolutionnaire et communisme : les archives de Pierre Monatte).

Auguste Herclet demanda en effet son adhésion au Parti communiste sept mois après, en novembre 1924, au moment où ses amis politiques Alfred Rosmer, Pierre Monatte et Victor Delagarde en étaient exclus. Il ne reçut pas une réponse positive immédiate. Ses anciens camarades du Libertaire le qualifiaient alors de « renégat anarchiste et domestique de Moscou » (29 juillet 1924). Le 3 janvier 1925, dans une lettre à Alfred Rosmer envoyée de Moscou, il critiqua vivement la « lettre aux membres du Parti » signée par les trois exclus et n’approuva pas Trotsky d’avoir ranimé la bataille de tendances avec son étude historique sur les Leçons d’octobre. Il affirmait cependant : « membre ou non du Parti, je ne pousserai pas le respect de la discipline au point d’accepter sans murmurer comme mots d’ordre toutes les fantaisies qui passent dans la tête de Treint ». Il pressait Alfred Rosmer, Pierre Monatte et Victor Delagarde de faire appel de leur exclusion auprès de l’Internationale communiste. Auguste Herclet quitta vraisemblablement l’URSS vers février 1925, et aurait fait un voyage de propagande au Proche-Orient au cours de l’année 1925.

Le ton d’Auguste Herclet changea avec l’acceptation de son adhésion au Parti communiste. Le 1er novembre 1925, l’Humanité publia en bonne place un article contre Pierre Monatte qui se terminait par : « Voilà pourquoi les hommes de la Révolution Prolétarienne qui animent de l’extérieur la droite du Parti sont des saboteurs du mouvement révolutionnaire et qu’il faut les combattre de toutes nos forces ». Délégué à la propagande du 7e rayon communiste de la région parisienne, il entra au Comité exécutif de la CGTU au congrès de Bordeaux (19-24 septembre 1927) et y siégea jusqu’en 1933. Il était, en 1928, membre du bureau des Amis de l’URSS et successeur d’Henriette Carlier à la tête du Comité du 10e anniversaire de la Révolution russe. La CGTU le délégua la même année à Moscou, pour assister au congrès de l’ISR comme « secrétaire du bureau international de la CGTU ». À ce titre, il fut invité, en 1929 par les organisations ouvrières grecques, mais les autorités l’expulsèrent peu après son arrivée. Il partit le 19 juillet 1929 pour Vladivostock (URSS), sans que l’on connaisse le but de son voyage. La police affirmait qu’à son retour de Russie, il avait été chargé « d’organiser des réunions clandestines pour les militants exerçant leur action de manière illégale » (Arch. Jean Maitron).

Marié le 11 juillet 1931 à Paris (XIIe arr.), membre de la cellule 150 du sous-rayon du Xe arr. (1er rayon), il était signalé dans le Nord lors des grèves du Textile de 1931. L’année suivante, la CGTU l’envoya à Moscou assister à la réunion du Comité exécutif de l’ISR avec, selon la police, « mission d’établir une liaison plus étroite entre cette organisation et la CGTU, notamment en ce qui concerne l’attribution des subventions » (Arch. Jean Maitron).

Son absence au VIIe congrès de la CGTU (Paris, 23-29 septembre 1933) et sa non-réélection à la CE, ne reçurent pas — à notre connaissance — d’explication. Son nom disparut des comptes rendus des congrès nationaux et la police cessa de s’intéresser à ses activités politiques ou syndicales. On sait seulement qu’en 1938, il avait quitté son logement du 5, rue Valentin à Levallois-Perret où il habitait depuis 1928, pour s’installer 14, rue de la Félicité à Paris (XVIIe arr.). L’année suivante il déménagea 123, rue de Picpus dans le XIIe arr. Il mourut dans cet arrondissement le 22 décembre 1942, à quarante-quatre ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article94955, notice HERCLET Auguste [HERCLET Émile, dit Auguste] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 24 février 2015.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Hommage à Lénine, Librairie du Travail, « Les Bonnes feuilles » XXVI, 1925, 16 p. (tiré à 35 000 exemplaires selon Marie-Christine Bardouillet, La Librairie du Travail, Maspéro, 1977, p. 241. — L’Internationale Syndicale Rouge et l’Unité syndicale, Petite Bibliothèque de l’Internationale syndicale rouge-VIII, s.d. (vers 1924-1925), 32 p.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 686. — Arch. Nat., F7/13579 ; F7/13821, Vienne, 5 août 1918 ; F7/13823, Saint-Dié, 28 mars 1923. — Arch. Dép. Isère, 77 M 1 ; 52 M 88. — Arch. Dép. Haute-Savoie, 268 (perquisition chez Guibbert). — Arch. Jean Maitron, fiche Auguste Herclet. — La Révolution Prolétarienne, n° 10, octobre 1925 ; n° 43, 1er octobre 1927. — Les Cahiers du Bolchevisme, n° 67, 28 février 1927. — La Vie ouvrière, 16 décembre 1921. — Comptes rendus des congrès de la Fédération unitaire du Textile. — A. Kriegel, Aux origines du communisme français (1914-1920), t. 1, p. 283. — P. Barral, Le Département de l’Isère sous la IIIe République, A. Colin, 1962, p. 222. — Syndicalisme révolutionnaire et communisme, les archives de P. Monatte, présentées par Jean Maitron et C. Chambelland, Maspero, 1968. — Renseignements fournis par M. Bujard.

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