BEAUREPAIRE Claude, Joseph, Eugène

Par Justinien Raymond, Claude Pennetier, Eric Mesemer

Né le 19 juin 1897 à Caluire (Rhône), mort le 20 décembre 1982 à Paris (XVIIe arr.) ; ingénieur ; militant du Parti socialiste et du PSOP.

Claude Beaurepaire est né le 18 juin 1897, à Caluire-et-Cuire, petit village du Beaujolais. Il est le fils de Jean Beaurepaire (1867-1941), imprimeur sur étoffes à Caluire et de Madeleine de Laage de Saint-Germain (1871-1939), sans profession. Il est le cadet et le seul garçon d’une fratrie de 5 enfants. Cette position, souvent difficile à tenir, a vraisemblablement contribué à forger sa personnalité.
En 1915, à seulement 17 ans, il s’engagea volontairement pour la première guerre mondiale. Intelligent et combatif, il monta rapidement en grade, jusqu’à être promu sous-lieutenant au cours de l’année 1917. Tout au long du conflit, il se distingua par son courage et son sens du devoir. Sa hiérarchie ne tarit pas d’éloges sur sa bravoure :

« Officier remarquable d’allant, de courage, et de sang-froid. N’a pas hésité à se porter en première ligne pour observer le tir de sa batterie, malgré la difficulté des communications (toutes liaisons téléphoniques coupées). A permis à son commandant de batterie, grâce aux mesures qu’il a prises et à la précision des renseignements qu’il a envoyés, d’exécuter un tir de précision des plus efficaces. Toujours volontaire pour les missions périlleuses.
Jeune officier ayant toujours fait preuve des plus belles qualités de courage, de dévouement, et de sang-froid. Le 31 mai 1918, la batterie étant prise sous le feu de l’ennemi pendant un changement de position, tous les conducteurs de deux voitures ayant été tués ou blessés, est retourné lui-même avec de nouveau attelages, rechercher les voitures, donnant ainsi à ses hommes le plus bel exemple de courage et de fidélité au devoir. »
Claude Beaurepaire est donc un héros de la première guerre mondiale. Il fut décoré de la Croix de Guerre 2 étoiles.
A la fin de l’année 1919, c’est avec ce titre et ces honneurs qu’il intégra l’école Polytechnique (reçu 36ème sur 553 participants).
Au lendemain de la scission de Tours (décembre 1920), il eut des sympathies pour le Parti communiste. Membre du « Centre polytechnicien d’Études économiques », il y défendit des idées trotskystes. En 1921, il sortit de Polytechnique (classement 24/211) en tant que lieutenant de réserve, pour intégrer les services Manufactures de l’Etat, et devint ingénieur à la Direction générale des Tabacs du ministère des Finances. En 1929, à l’âge de 31 ans, il fut promu ingénieur en chef.
En 1931, alors qu’il n’avait que 34 ans, l’Etat lui décerna le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur, pour services rendus au Ministère des Finances. La même année, sous l’influence de l’homme politique Louis Vallon (1901-1981), il adhéra au Parti socialiste et y prit de suite une position minoritaire de gauche. Animateur de la 17e section socialiste de Paris, il en devint le secrétaire.
C’est également cette année-là qu’il intégra le groupe X-Crise (nommé par la suite Centre Polytechnicien d’études économiques), cercle de réflexion venant d’être fondé par des polytechniciens antilibéraux adeptes de la planification. Il y rencontra le romancier et métaphysicien Georges Soulès, dit Raymond Abellio (1907-1986), également polytechnicien, avec lequel il se lia d’amitié (La Jaune et la Rouge, mars 1988).
Au printemps 1932, il participa, avec Raymond Abellio, à la création du Centre Polytechnicien d’études collectivistes (C.P.E.C).
Il adhéra en 1934 au mouvement planiste dit de « Révolution constructive ». Après l’exclusion par le congrès du P.S. de Royan (1938), de la Gauche révolutionnaire, Claude Beaurepaire fut, aux côtés de Marceau Pivert (1895 -1958), un des fondateurs du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) et membre de sa CAP (commission administrative permanente). Au sein du PSOP où convergèrent maints courants, il était un des rares à représenter « Révolution constructive ». Modeste et réservé, d’une rigueur exigeante, il pouvait, malgré son corps fluet, affronter les pires batailles de rue.
Au cours de la 2ème guerre mondiale, c’est avec le grade de capitaine qu’il fut mis à la disposition du Ministre de l’Armement. Mais il exerça très secrètement une activité de résistant dans une des principales organisations militantes : Ceux De La Résistance.
A l’issue du conflit, il fut nommé successivement Directeur de Cabinet de Robert Lacoste (1898-1989), Ministre de la Production Industrielle sous le gouvernement de Charles de Gaulle, puis Directeur de la Coordination Industrielle du même Ministère.
En 1946, il fut promu Inspecteur général de l’Economie Nationale, en même temps que 2 autres hauts fonctionnaires. Mais cette nomination, obtenue contre leur gré, fut mal vécue.
Aussi, en juin 1954, dans un dossier du CAGI (Comité d’action des gauches indépendants) figure ce mot : "A cause d’embêtements sérieux que j’ai eus sur le plan professionnel, je souhaiterais vivement que Le Libérateur ne parle jamais de moi sous mon nom véritable de Claude Beaurepaire, mais uniquement, s’il y a lieu, sous mon pseudonyme de Caluire."

A partir de 1972, Claude Beaurepaire s’est battu, aux côtés de Donat CLERGET (1902-1979), un Polytechnicien de renom (X 1924), et de Louis Vallon, pour que l’école Polytechnique reste sur le site historique de la Montagne Sainte Geneviève. Dans un courrier adressé au Ministre, il écrit : « … Dans son implantation parisienne, l’Ecole Polytechnique bénéficie en effet, non pas seulement de la proximité des autres Ecoles d’ingénieurs, mais aussi du voisinage des grandes institutions culturelles de toute nature installées dans la capitale … ». Pour lui, le transfert de l’école sur le site de Palaiseau constitue « un changement fondamental du caractère particulier de cette Ecole, et une dégradation progressive du rôle qu’elle a pu jouer dans le passé, au service du pays. »
Ils n’ont pu éviter le transfert de l’école en 1976 sur le site de Palaiseau, mais ont sans doute contribué à maintenir sur la Montagne une présence polytechnicienne (le pavillon Boncourt est toujours le pavillon de commandement et les pavillons Foch et Joffre sont restés des résidences pour les élèves).
Malgré des origines bourgeoises et nobles, Claude Beaurepaire a tout au long de sa vie vécu modestement, et s’est évertué à défendre la classe ouvrière. Lorsqu’il a cessé son activité professionnelle, il consacra une partie de son temps à aider les enfants issus de famille modeste.
Il est décédé le 20 décembre 1982, à l’âge de 85 ans, dans son domicile parisien (qui fut celui de ses parents) de la rue de la Jonquière. C’est à cette adresse qu’il vécut 46 ans, en compagnie de ses 3 sœurs, tous restés célibataires.
Sources : E Maitron ; J.-P. Joubert ; Le Pivertisme (Thèse de la Faculté de Grenoble) ; Raymond Abellio, Les Militants. ; Papiers Jean Risacher ; dossiers CAGI ;

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article94861, notice BEAUREPAIRE Claude, Joseph, Eugène par Justinien Raymond, Claude Pennetier, Eric Mesemer, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 6 novembre 2018.

Par Justinien Raymond, Claude Pennetier, Eric Mesemer

SOURCES : cole Polytechnique ; Centre des Archives économiques et financières de Savigny-le-Temple ; Centre d’archive du Ministère des Armées de Vincennes ; Archives Nationales de Paris (fiche matricule). — J.-P. Joubert, Le Pivertisme (Thèse de la Faculté de Grenoble). — Raymond Abellio, Les Militants.. — Papiers Jean Risacher, dossiers CAGI. — Informations généalogiques d’Eric Mesemer (avril 2018). — Encyclopédie alternative ; La Jaune et La Rouge. — État civil.

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