VINCENT Pierre. [cheminot]

Par Marie-Louise Goergen

Né le 28 février 1940 à Melun (Seine-et-Marne) ; homme d’équipe puis facteur aux écritures puis cadre supérieur ; permanent syndical (1968-1990) ; membre du secrétariat (1970-1976), secrétaire général adjoint (1976-1983) puis membre du bureau (1983-1986) de la Fédération CGT des cheminots ; membre de la commission exécutive confédérale (1978-1983) ; administrateur de la SNCF (1979-1990).

Fils d’un ouvrier professionnel (ajusteur) et d’une mère sans profession, Pierre Vincent fut élevé, dès six mois, par une sœur de sa mère, qui tenait une petite épicerie à Digoin (Saône-et-Loire). Son oncle, ouvrier sans qualification après avoir été maître d’hôtel dans une famille bourgeoise à Paris, travaillait alors aux Faïenceries de Digoin et avait des idées communisantes. Pierre Vincent considère ces proches comme ses véritables parents. Néanmoins, ils estimèrent, lorsqu’il eut treize ans et au bout d’une scolarité primaire moyenne, que son avenir serait mieux assuré dans le foyer de ses parents biologiques, qui habitaient à Vaux-le-Penil, près de Melun, ville qui offrait plus de possibilités de débouchés. Ce changement fut mal ressenti par Pierre Vincent qui, pour « tromper » son ennui, se mit à lire beaucoup. Encouragé par un instituteur attentif, il obtint facilement son certificat d’études primaires.
Son père désirant qu’il apprît le même métier que lui, le mit en apprentissage d’ajusteur, ce qui fut un désastre. Malhabile de ses mains, il fut licencié au bout de trois mois, ce qui contribua à alourdir l’ambiance familiale. Repris par le directeur de l’école en attendant l’occasion de lui faire suivre une formation, il commença un apprentissage d’imprimeur en 1955. Trois ans plus tard, il retourna vivre chez ses parents adoptifs, et entra comme manœuvre aux Faïenceries de Digoin, où il resta jusqu’à son départ à l’armée, au lendemain de son vingtième anniversaire, le 1er mars 1960.
Sur vingt-sept mois de service militaire, il en fit treize en Algérie. Arrivé le jour même du putsch des généraux, il fut basé à Sidi-bel-Abbès et participa à divers accrochages menés par la Légion étrangère comme spécialiste de l’organigramme de la structure FLN-ALN. Libéré en avril 1962, il fit part au Comité Maurice Audin de l’assassinat pur et simple de résistants algériens ayant répondu aux directives du gouvernement français de sortie de clandestinité. En juin 1962, il reçut la notification d’une citation à l’ordre de la brigade avec attribution de la Croix de la valeur militaire avec étoile de bronze.
Il posa sa candidature à la SNCF, estimant que cette entreprise pouvait lui offrir des perspectives de carrière malgré une scolarité réduite. Entré au réseau Sud-Est le 11 octobre 1962 comme auxiliaire homme d’équipe à Lyon-Brotteaux, il accéda au grade de facteur aux écritures en avril 1963, grimpant ensuite très rapidement les échelons de sa carrière professionnelle et multipliant les responsabilités syndicales en même temps.
Adhérent à la CGT à partir du 1er janvier 1963, il devint secrétaire général du syndicat des cheminots de Belleville-sur-Saône, où il avait été nommé facteur mixte en mars 1964. Ayant suivi plusieurs formations syndicales, notamment auprès de Joseph Jacquet à Lyon, nommé facteur enregistrant de 2e classe à Lyon-Perrache, il devint secrétaire adjoint du secteur en 1966, auprès de Georges Duchassin. Nommé facteur enregistrant de 1re classe en juillet 1967, il fut mis en disponibilité à la demande de la Fédération le 16 janvier 1968 pour devenir secrétaire de l’Union Sud-Est. Après Mai 68, il participa à la création du Centre confédéral de la jeunesse et mit en place le centre fédéral chez les cheminots.
Coopté au bureau fédéral entre deux congrès, Pierre Vincent fut confirmé dans ses responsabilités par le congrès de novembre 1970 et fut élu parallèlement au secrétariat fédéral, chargé de la commission Propagande et presse. S’il était réticent jusque-là vis-à-vis du Parti communiste, la signature du Programme commun le convainquit de la volonté de l’organisation de participer à la gestion du pays. Il y adhéra en novembre 1972 et fit ensuite l’école de quatre mois, mais il n’occupa jamais de responsabilités au parti et ne fut candidat du PCF à aucune élection.
Réélu membre du bureau fédéral et du secrétariat au congrès fédéral de 1973, il devint membre de la commission confédérale de contrôle financier au congrès confédéral de la CGT en juin 1975, puis accéda au congrès suivant (Grenoble, 1978) à la commission exécutive confédérale, où il resta jusqu’à son remplacement, à sa demande, par Bernard Thibault en 1983.
Au congrès de novembre 1976, il fut élu secrétaire général adjoint de la Fédération CGT des cheminots, aux côtés d’André Argalon avec Georges Lanoue comme secrétaire général. S’occupant plus particulièrement des questions relatives à l’entreprise, il fut désigné par la Fédération en juin 1979 pour remplacer Guy Thibaut au conseil d’administration de la SNCF. Élu à deux reprises, en 1983 et 1988, il fut amené, par le nouveau fonctionnement du conseil, à assumer la présidence de la commission des marchés.
En application de la loi de la démocratisation du secteur public, il quitta ses fonctions de secrétaire général adjoint de la Fédération au congrès de 1983, remplacé par Marcel Andouard, mais resta membre de la commission exécutive fédérale jusqu’au congrès de 1990, lors duquel il quitta les instances de la Fédération. Permanent depuis janvier 1968, Pierre Vincent avait prévenu le bureau fédéral qu’il souhaitait réintégrer la SNCF, ce qu’il fit le 1er juin 1990, après avoir démissionné du conseil d’administration de l’entreprise.
N’ayant pas passé l’examen de barrage pour accéder à un grade de cadre, il avait été maintenu au même niveau hiérarchique depuis octobre 1979. Compte tenu des responsabilités qu’il avait occupées au conseil d’administration et notamment celle de président de la commission des marchés, cette dernière fonction fut considérée comme équivalente à la passation de l’examen de barrage. Après reconstitution de sa carrière, il reprit ses activités au sein de la SNCF comme cadre administratif de direction. Il participa alors à la mise en place de la direction des Audits, puis de l’Institut du management. Lorsqu’il quitta ses fonctions à la fin de 1995, il était cadre supérieur au grade d’ingénieur principal, sans rompre avec l’engagement syndical notamment au sein du Groupement des cadres supérieurs CGT.
Depuis sa jeunesse, son intérêt pour l’histoire ne s’était pas démenti. Depuis sa mise en place en 1986, Pierre Vincent est membre du conseil d’administration de l’Association d’histoire des chemins de fer (AHICF). Il fait partie de l’Institut d’histoire de la confédération et de celui de la Fédération des cheminots, et rédigea plusieurs études historiques. Il fut décoré chevalier de l’Ordre national du Mérite.
Il s’était marié en juillet 1976 avec Jeannine Giraux, secrétaire ; ils n’eurent pas d’enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9454, notice VINCENT Pierre. [cheminot] par Marie-Louise Goergen, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 juin 2012.

Par Marie-Louise Goergen

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — La Tribune des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Notes de Jean-Pierre Bonnet. — Renseignements communiqués par Pierre Vincent.

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