VILLEMAUX Roger, Arthur

Par Didier Bigorgne

Né le 1er juillet 1921 à Bouligny (Meuse), mort le 11 octobre 1996 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; ouvrier métallurgiste, puis cheminot ; résistant et combattant volontaire ; syndicaliste CGT et militant communiste ; secrétaire fédéral du Parti communiste des Ardennes (1949-1965) ; maire de Nouvion-sur-Meuse (1959 à 1979) ; conseiller général des Ardennes (1951-1958, puis 1970-1994).

Roger Villemaux
Roger Villemaux

Fils d’Albert Martin Villemaux, peintre en bâtiment, et de Rosalie Marie Docq, sans profession, Roger Villemaux était l’aîné de trois garçons. Il passa son enfance et sa jeunesse à Nouvion-sur-Meuse, cité cheminote où la famille s’était installée à la fin de l’année 1921. Le père Albert Villemaux, avait été embauché en qualité d’ouvrier peintre, aux ateliers de réparation de wagons du dépôt de Lumes-triage de la Compagnie des chemins de fer de l’Est.

Avec un père membre de la CGTU, militant communiste et maire de Nouvion-sur-Meuse, Roger Villemaux reçut très tôt une éducation politique. Il apprit les horreurs de la guerre d’après les récits de son père qui avait été prisonnier civil de 1915 à 1918. Il assista aux Noël rouges organisés par le Parti communiste, aux fêtes conférences données par le Secours rouge international et aux projections cinématographiques proposées par les Amis de l’URSS. Aussi, il se livra à une lecture assidue des deux journaux qui entraient à la maison, L’Humanité et L’Exploité. Séduit par la révolution d’Octobre, il s’enthousiasma pour l’URSS. Avec la découverte du syndicalisme, du Parti communiste, et des luttes ouvrières, il disait avoir déjà une vision claire du danger fasciste après le 6 février 1934.

Après avoir fréquenté l’école communale de Nouvion-sur-Meuse où il obtint le certificat d’études primaires, Roger Villemaux entra dans la vie active. Il débuta à la fonderie Rollinger à Nouvion-sur-Meuse, puis il travailla aux Ateliers de l’Estampage de la Vence à Mohon. En mai 1935, il rejoignit le syndicat unitaire des Métaux, puis il adhéra aux Jeunesses communistes. Il se révéla vite un militant fort actif : il fonda le premier rayon des JC à Nouvion-sur-Meuse, il entra au comité fédéral de la région des Ardennes et participa au Xe congrès national des Jeunesses communistes en avril 1939 à Issy-les-Moulineaux.

Roger Villemaux, qui avait participé aux grèves de l’été 1936 et avait vu son salaire de gamin passer de 1,45 à 2,25 francs de l’heure, entra à la SNCF en octobre 1937. Il devint apprenti ajusteur au dépôt des machines de Lumes-Triage. Au contact du monde cheminot, Roger Villemaux donna son adhésion au Parti communiste. D’emblée, il se jeta dans les luttes menées par son parti, en particulier celle pour soutenir la Republique espagnole. Après la signature du pacte germano-soviétique, il souffrit de l’isolement des communistes. Il vécut la dissolution du Parti communiste du 26 septembre 1939 comme une épreuve difficile et traumatisante. Il fut aussi très affecté par la sanction qui frappa son père, la destitution de son mandat de maire par le gouvernement de Vichy en janvier 1940.

Employé au service intendance de la SNCF dès le début de l’Occupation, Roger Villemaux participa à son premier acte de résistance en diffusant dix -huit exemplaires ronéotypés de l’appel du « 10 juillet 1940 » du Parti communiste dans la localité de Nouvion-sur-Meuse. En octobre 1940, il organisa la première grève au centre de céréales de Boulzicourt, ce qui lui coûta d’être renvoyé de la SNCF quelques semaines plus tard. Il fut alors contraint de travailler à l’organisation Todt chargée de relever et de réparer les ponts de Meuse. Le 11 novembre 1941, avec une vingtaine de jeunes nouvionais, il manifesta pour commémorer l’anniversaire de l’armistice. Arrêté par les Allemands, il fut interné pendant trois mois à la prison de Charleville.

Libéré le 13 mars 1942, Roger Villemaux quitta les Ardennes pour échapper à la surveillance de la police allemande. Il trouva refuge chez Marcel Ribour, un paysan vigneron du Loir-et-Cher, engagé dans la Résistance qui fut plus tard déporté au camp de concentration de Buchenwald. Après avoir tenté de faire échouer à Montoire-sur-le Loir le départ de la classe 1942 pour le STO, Roger Villemaux dut s’enfuir et gagna l’Espagne. Il franchit la frontière le 27 juin 1943, mais il fut aussitôt arrêté, avec ses camarades d’évasion, par la police franquiste. D’abord jeté dans les prisons de Barbastro et de Saragosse, il fut ensuite interné au camp de concentration de Miranda-del-Ebro. Gravement malade, il fut transféré au camp sanitaire de Uberuaga-de-Ubilla avant d’être embarqué pour Casablanca, le 29 novembre 1943, dans le cadre d’un échange contre du blé marocain.

En janvier 1944, Roger Villemaux s’engagea volontaire pour le 1er Bataillon de choc parachutiste. Avec son unité, il participa à la libération de la Corse en juin 1944 et au débarquement de Provence le 18 août 1944, notamment à la prise de Toulon où il fut blessé aux deux jambes et au bras droit lors de l’attaque du fort de la Croix-Farron. Pendant la campagne d’Alsace, il était de nouveau au combat pour la prise du col d’Hunsrück et de la ville de Bischwiller. Il termina la guerre avec la Première Armée en Allemagne.

Démobilisé à la fin du conflit mondial, Roger Villemaux rentra à Nouvion-sur-Meuse. En novembre 1945, il fut réintégré à la SNCF et travailla à l’entretien du matériel roulant au dépôt de Lumes-Triage jusqu’à son départ à la retraite le 5 juillet 1976. Pendant ces années, il fonda une famille. Le 2 août 1947, il épousa Anne, Marie, Louise Loiseaux, sans profession, à Nouvion-sur-Meuse ; de cette union naquirent six enfants (quatre garçons et deux filles). Il reprit aussi son activité syndicale en devenant délégué CGT du personnel.

Roger Villemaux s’imposa surtout comme une grande figure du Parti communiste des Ardennes et marqua de son empreinte la vie politique départementale. Au sein de son parti, il gravit rapidement tous les échelons de la hiérarchie militante. Il fut d’abord secrétaire de la section de Nouvion-sur-Meuse à partir de 1947. Il entra ensuite au comité fédéral lors de la 10e conférence départementale des 5 et 6 juin 1948. Enfin, à la suite de problèmes de personnes à la direction fédérale réorganisée dans l’urgence au mois de décembre 1949, il devint secrétaire fédéral fonction, qu’il occupa jusqu’au 20 juin 1965. Démissionnaire pour raisons de santé, il fut remplacé par René Visse*, mais il resta membre du secrétariat fédéral jusqu’au 19 mai 1968.

Pendant toutes ces années Roger Villemaux imposa son style, celui d’un homme du peuple qui tenait à le rester (il se déplaçait à moto et habitait une maison en location, refusant d’accéder à la propriété). Grand et vigoureux, le tempérament puissant, un talent de tribun plébéien, une allure de baroudeur, il impressionnait par ses qualités d’entraîneur d’hommes et d’organisateur, par sa fermeté à traiter les problèmes qui faisaient débat. Il participa évidemment aux grandes luttes politiques menées par le Parti communiste. Roger Villemaux s’investit d’abord dans le combat pour la paix et contre le réarmement allemand, Ce fut sur ces questions politiques qu’il livra le plus d’articles, dans le journal Liberté jusqu’en juillet 1952, puis dans la page ardennaise de L’Humanité-Dimanche. Il travailla aussi à la réussite de la manifestation nationale pour la paix, présidée par Frédéric Joliot-Curie, qui rassembla sept mille personnes le 11 mai 1952 à Sedan. Il prit des initiatives locales (réunion publique, affrètement d’un autocar) pour le rassemblement départemental contre le militarisme allemand, toujours à Sedan, le 12 novembre 1961.

Roger Villemaux s’engagea contre la guerre d’Algérie. Il fut condamné à dix mille francs d’amende par le tribunal de première instance de Charleville, le 1er mars 1958, pour avoir dénoncé la guerre devant les ouvriers métallurgistes de Flize qui avaient débrayé, le 17 octobre 1957. Il fut l’un des signataires de la journée nationale du 28 juin 1960 pour la paix en Algérie ; au préalable, il avait fait adopter par le conseil municipal de Nouvion-sur-Meuse une résolution qui exprimait la même exigence. Il fut condamné à mort part l’OAS en février 1962.

Roger Villemaux obtint son premier mandat électif le 14 octobre 1951. Candidat aux élections pour le Conseil général dans le canton de Flize, il arriva en tête au premier tour avec 1216 voix sur 5298 inscrits et 3106 votants, devant le conseiller sortant socialiste SFIO Henri Clin* (915 voix). Il rassembla 1496 voix au scrutin de ballottage et fut élu conseiller général. Il ne retrouva pas son siège aux élections cantonales des 20-27 avril 1958. Avec 1670 voix sur 5440 inscrit et 3981 votants, il arriva nettement en tête au premier tour devant le candidat socialiste SFIO Marcel Jacquemin qui obtint 1014 voix ; mais il fut battu de 43 voix au scrutin de ballottage par son concurrent qui bénéficiait du désistement du candidat MRP. Il échoua dans des conditions identiques au scrutin des 8-15 mars 1964.

Entre temps, Roger Villemaux avait été élu conseiller municipal de Nouvion-sur-Meuse, avec trois de ses colistiers communistes, le 26 avril 1953. Réélu aux élections municipales des 8 et 15 mars 1959 en conduisant la liste de son parti à la victoire, il devint maire de Nouvion-sur-Meuse. Victime d’un infarctus du myocarde en 1968, puis ayant subi un double pontage des artères coronaires en 1978, il démissionna de son poste de maire en mars 1979, mais il resta conseiller municipal jusqu’au 6 mars 1983.

Roger Villemaux fut le candidat du Parti communiste, à trois reprises, aux élections législatives dans la première circonscription des Ardennes de Mézières-Rethel. Le 23 novembre 1958, il arriva en tête au premier tour, avec 8 458 voix sur 54453 inscrits et 42212 votants, devant le député sortant MRP, René Penoy ; avec le maintien du candidat socialiste SFIO Camille Lassaux*, il échoua au scrutin de ballottage en recueillant 10491 suffrages sur 43535 votants. Aux élections des 18-25 novembre 1962, il se plaça en deuxième position au premier tour (8969 voix sur 54299 inscrits et 37133 votants) ; il rassembla 13453 suffrages sur 40823 votants au deuxième tour, mais il fut devancé candidat UNR, Lucien Meunier. En 1967, il arriva de nouveau à la deuxième place au premier tour (10935 voix sur 54085 inscrits et 42654 votants) ; il recueillit 18385 suffrages sur 43301 votants au deuxième tour et fut encore battu par le député gaulliste sortant.

Roger Villemaux représenta aussi, sans succès, son parti aux élections sénatoriales. Le 26 avril 1959, il obtint 61 voix au premier tour, puis 70 voix au scrutin de ballottage sur 964 inscrits et 964 votants. Le 26 septembre 1971, il réunit 86 voix sur 970 inscrits et 968 votants au premier tour.

Le 15 mars 1970, Roger Villemaux redevint conseiller général du canton de Flize : avec 1529 voix sur 5377 inscrits et 3495 votants au premier tour, il fut élu en recueillant 1873 voix sur 3828 votants au scrutin de ballottage. Réélu sans difficulté le 14 mars 1976, le 21 mars 1982, puis le 2 octobre 1988, il ne se représenta pas aux élections cantonales de 1994 ; le Parti communiste perdit le siège de conseiller général. Au sein de l’assemblée départementale des Ardennes, il présida du groupe communiste. Il devint secrétaire du bureau du Conseil général le 14 décembre 1971, il fut président de la commission des Transports et des Routes à partir de 1979 et membre de la commission des Equipements publics et de l’Agriculture après 1985.

Le 13 juillet 1982, Roger Villemaux fut élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur à triple titre, militaire, électif et professionnel, sur décision du ministère de l’Intérieur. Son parrain Georges Séguy*, alors membre du bureau politique du Parti communiste et ancien secrétaire général de la CGT, lui remit la décoration lors d’une cérémonie officielle, le 9 octobre suivant, à la préfecture des Ardennes. L’engagement dans la lutte contre l’occupant allemand, tant dans la Résistance que dans les Forces Françaises Libres avait déjà valu à Roger Villemaux de nombreuses distinctions : outre une lettre de félicitations du général Giraud, datée du 28 mars 1944, il avait reçu la médaille des internés résistants, la croix et le titre de combattant volontaire de la Résistance, la médaille des évadés, la médaille des engagés volontaires, la croix du combattant, la médaille des blessés de guerre, la médaille militaire, la croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et étoile de vermeil, et il avait été l’objet de quatre citations pour actions de guerre particulières. Pour ses fonctions électives, il était titulaire de la médaille d’argent et de vermeil des collectivités territoriales. Dans son activité professionnelle, il reçut la médaille d’or du Travail.

Roger Villemaux milita au Parti communiste jusqu’à sa mort. Incinéré selon ses dernières volontés, ses cendres furent déposées le 14 octobre 1996 au cimetière de Nouvion-sur-Meuse où un hommage solennel lui fut rendu.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9431, notice VILLEMAUX Roger, Arthur par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 18 mars 2016, dernière modification le 18 mars 2016.

Par Didier Bigorgne

Roger Villemaux
Roger Villemaux
Roger Villemaux avec Georges Séguy
Roger Villemaux avec Georges Séguy

Sources : Arch. Dép. Ardennes 1 M 15 ; 3 M 4, 5, 7, 8 et 9.— Arch. comité national du PCF.—Liberté, 1944 à 1958.— L’Humanité-Dimanche. Une semaine dans les Ardennes, 1958 à 1965.— Nouvelles des Ardennes, 14 octobre 1982. — L’Union, 24 avril 1975. — Loco Revue, mai 1993.— L’Ardennais, 11 octobre 1982, 12-13 octobre 1996.— Presse locale.— Didier Bigorgne, Roger Villemaux. Une vie de militant communiste, Charleville-Mézières, 2003.— Notes de Roger Villemaux.— Renseignements communiqués par la famille de l’intéressé.

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