GUÉROULT Pierre : Pseudonyme journalistique : PANGLOSS

Par Yves Le Floch

Né le 11 juin 1890 à Picauville (Manche), mort le 31 mars 1962 à Cherbourg (Manche) ; instituteur ; secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT de la Manche de 1926 à 1940 et conseiller d’arrondissement socialiste de Cherbourg de 1931 à 1940.

Fils d’un menuisier, Pierre Guéroult entra à l’École primaire supérieure de Carentan en 1903, puis à l’École normale de Saint-Lô en 1907 et débuta comme instituteur à Picauville en 1910. Ayant fait son service militaire à Autun entre 1911 et 1913, il fut nommé à Valognes à son retour puis, mobilisé en 1914, devait être blessé à deux reprises et décoré de la Croix de guerre. En 1918, il fut nommé instituteur à Tourlaville, puis vint enseigner à Cherbourg, rue de Tourville. Il devint maître de cours complémentaire en 1923, à l’école de la rue Dom-Pedro, et professeur en 1927.

Pierre Guéroult, archiviste en 1920 du bureau provisoire du syndicat (voir Gallien*), fut un des fondateurs du syndicat des instituteurs et institutrices de la Manche, qui adhéra à la CGT en 1923, lui-même entrant alors à la commission exécutive de l’Union départementale. Il représenta cette nouvelle section du syndicat national au congrès confédéral de Paris en 1925 ainsi qu’au congrès fédéral d’août 1926 à Strasbourg. Regroupant beaucoup d’éléments modérés, la section fut gravement ébranlée lorsqu’elle eut à faire respecter par ses membres le mot d’ordre national de boycott de la fête nationale du 19 septembre 1927, chômée en l’honneur de la réception en France d’une délégation de l’American Legion. Nombre d’instituteurs syndiqués firent classe, ce qui amena la démission du secrétaire de la section, Delahaye, et l’élection d’un nouveau conseil, puis d’un nouveau bureau. Ce fut Guéroult (par ailleurs démissionnaire de son association d’anciens combattants qui avait participé aux cérémonies d’accueil des légionnaires) qui fut le plus actif opposant à la nouvelle direction, en appelant à la solidarité financière des autres organisations confédérées et menaçant de constituer, avec les minoritaires, une nouvelle section, soutenue par le syndicat national. Ayant obtenu, après une ardente campagne, un arbitrage favorable de ce dernier, il entra dans le conseil syndical issu des élections du 28 juin 1928 qui en résultèrent. Secrétaire de la Commission de défense et d’action laïque en 1935, il participait aussi à la commission d’éducation sociale. Il signa la déclaration en juin 1938 de la majorité du conseil syndical et devint secrétaire adjoint de la section départementale.

Mises à part ses interventions dans les moments de crise (notamment en 1939 lorsqu’il organisa, en compagnie de Leclerc, la rupture avec le bureau d’alors, dominé par les communistes), l’activité syndicale de Guéroult eut pour cadre bien plus l’Union départementale de la Manche que la section des instituteurs. Devenu secrétaire adjoint de l’Union à son congrès du 31 janvier 1926, il fut réélu constamment à ce poste jusqu’en 1940 et fut en maintes occasions le représentant de cette organisation : à l’office communal d’Habitations à Bon Marché, au Cartel des services publics, au comité de défense laïque, au comité local des Auberges de jeunesse, aux États généraux du Travail de 1934 à Paris. Il enseigna également l’histoire du mouvement ouvrier au collège du travail fondé par l’Union en 1933.

Pierre Guéroult avait adhéré en 1923 à la section SFIO de Cherbourg ; élu secrétaire adjoint de la Fédération de la Manche, lors de sa première tentative de reconstitution en 1926, il entra au comité provisoire constitué le 5 juin 1928, puis fut élu archiviste du bureau définitif (et réélu en 1929 et 1930) formé le 7 octobre suivant. Secrétaire de la section de Cherbourg en 1929 et 1930, candidat aux élections municipales de 1929, il fut désigné par le congrès fédéral du 4 mai 1931 comme candidat aux élections cantonales d’octobre 1931 (conseil d’arrondissement). Élu avec 2 573 voix, après avoir fait cause commune au second tour avec un modéré, l’avocat Tenier, sur une liste de concentration républicaine, Guéroult devint un des rares notables de la jeune Fédération socialiste de la Manche et conserva son siège aux élections cantonales de 1937. Pris par son mandat, il joua dès lors un rôle moins actif dans la marche propre de la Fédération mais devint membre des commissions de contrôle et des conflits (et fut, à ce dernier titre, rapporteur du « cas Burnouf » en septembre 1932). Participationniste lors des débats de 1930, Pierre Guéroult défendait des positions très modérées et fut notamment (avec Dupont, Grandguillotte, Leseigle et Postel, tous comme lui de la section de Cherbourg) signataire de la « simple mise au point » publiée par l’Avenir de la Manche du 2 septembre 1933 où était dénoncée la mainmise de la majorité blumiste sur le Populaire ainsi que son esprit d’opposition et où s’affirmait une grande sympathie pour « l’impatience » de Adrien Marquet, Pierre Renaudel et Marcel Déat.

Président de la société normande littéraire et artistique, critique théâtral et chroniqueur, sous le pseudonyme de « Pangloss* », de l’Avenir de la Manche, organe de l’Union départementale et de la Fédération socialiste, Guéroult était un auteur patoisant dont les pièces étaient fréquemment jouées dans les soirées récréatives ouvrières organisées par les syndicats.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article93954, notice GUÉROULT Pierre : Pseudonyme journalistique : PANGLOSS par Yves Le Floch, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 novembre 2010.

Par Yves Le Floch

ŒUVRE : Un recueil de nouvelles : « En tisounnaint » et plusieurs pièces de théâtre patoisantes dont « Pierrot de Houmet ».

SOURCES : Arch. Nat. F7/13036 et 13744. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossier 75. — CGT : Congrès confédéral de Paris, 1925. — L’Avenir de la Manche. — Cherbourg-Éclair, 14 octobre 1934. — La Manche syndicaliste.

ICONOGRAPHIE : L’Avenir de la Manche, 10 octobre 1931 et 23 octobre 1937.

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