GEEROMS Camille, Corneille

Par Hélène Rannou

Né le 9 novembre 1871 à Fâches (Nord) ; ouvrier mouleur ; secrétaire du syndicat des mouleurs du Havre en 1906 ; fondateur du journal Vérités, organe de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région ; membre du groupe libertaire en 1908 ; responsable de la Fédération Régionale des syndicats de Normandie de mai 1907 à 1909 ; secrétaire de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région de novembre 1910 à janvier 1912 ; inscrit au carnet B ; collaborateur de La Bataille Syndicaliste et de la Vie ouvrière de Monatte ; représentant de nombreux syndicats havrais lors des congrès confédéraux de la C.G.T. en 1908 et 1910 ; à l’origine du dispensaire syndical havrais ; rompit tout contact avec le syndicalisme en 1914.

Avant de venir s’installer au Havre en 1905, Camille Geeroms, militait au sein du syndicat des métallurgistes de Lille et était connu par les agents de police pour son « exaltation » lors des réunions syndicales. En mai 1900, il fut candidat sur la liste du Parti Ouvrier aux élections municipales de La Madeleine (Nord), dont le tête de liste était Henri Hochedez. En 1902, il publia à Lille une brochure intitulée Bibliothèque syndicale. L’œuvre syndicale, dialogue. Henri et Jean. Brochure de propagande, éditée par la Fédération locale des syndicats de Lille.

Ce militant était marié et avait trois enfants. Son aîné, âgé de quinze ans en 1905, fut embauché avec lui comme ouvrier mouleur à l’usine Westinghouse du Havre.
Inscrit au Carnet B, Geeroms faisait l’objet d’une étroite surveillance dès son arrivée au Havre.

En 1906, il fut, avec son syndicat des mouleurs, dont il était le secrétaire, à l’origine du journal Vérités. Il y signait ses articles « G. Rome » et y tenait régulièrement des propos antiparlementaires, antimilitaristes et néo-malthusianistes. C’était l’un des principaux rédacteurs du journal, de 1906 à 1912. Correspondant de la Vie Ouvrière de Monatte, il écrivait de même des articles pour La Bataille Syndicaliste.
Tout comme Adrien Briollet, Camille Geeroms appartenait au groupe libertaire du Havre en 1908.

Aussi, Camille Geeroms était responsable de la Fédération Régionale des Syndicats de Normandie de 1907 à 1909 et fut élu secrétaire de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région à la fin de l’année 1910 jusqu’en janvier 1912. Par conséquent, c’est lui qui prit en charge, au titre de secrétaire de l’U.S.H., l’affaire Durand.

En outre, Camille Geeroms était à la tête de la grande grève des mouleurs qui dura de novembre 1909 à février 1910 au sein de l’entreprise Westinghouse, au Havre. Il représenta, par ailleurs, de nombreux syndicats havrais lors des congrès confédéraux de la C.G.T. de 1908 à 1912. Geeroms était permanent appointé par l’U.S.H. à la fin de l’année 1910 et en 1911, période où l’Union Locale dépassait les 10 000 adhérents.

Le 14 janvier 1912, se tint le Congrès régional, sous les auspices de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région, et la gestion financière de l’Union y est une nouvelle fois décriée. Effectivement, de l’argent manquait dans la caisse. Seuls 27 délégués, représentant les diverses organisations syndicales de l’Union, assistaient à ce congrès auquel nul étranger n’était admis. C’est lors de ce congrès qu’un blâme fut infligé à Geeroms pour la gestion financière de l’Union par 14 voix contre 13. Il était indiqué au procès verbal que ce blâme ne « saurait en aucune façon porter atteinte à l’honneur de Camille Geeroms dont la probité n’(était) nullement suspectée ». En réalité, ce blâme affecta moralement Camille Geeroms. Suite à ce vote émis, Geeroms ne se représenta pas au poste de secrétaire de l’Union des Syndicats du Havre et de la Région, et fut remplacé par Henri Vallin. Geeroms préféra alors s’occuper à temps complet, en qualité de secrétaire, et ce, dès février 1912, du dispensaire de l’Union dont il était à l’origine, avec le Docteur Houdeville.

Nous savons que Camille Geeroms participa néanmoins au Congrès confédéral de la CGT au Havre du 16 au 23 septembre 1912 en tant que représentant des mouleurs. Il fit visiter aux congressistes le dispensaire syndical rue Rollon.

Or, très vite, certains responsables syndicaux proférèrent à nouveau de vives critiques à son égard et contestèrent la façon dont il gérait le dispensaire. Une nouvelle fois attaqué, Geeroms démissionna et rompit tout lien avec le syndicalisme havrais. Quelque temps après, Geeroms abandonna sa fonction de mouleur pour devenir représentant en produits pharmaceutiques et faire la publicité de divers produits. Il finit même par renier ouvertement ses anciennes théories révolutionnaires, ce qui amena les autorités, d’une part, à se féliciter de ce revirement de situation et, d’autre part, à le radier du Carnet B en 1914 : « Sa radiation paraît donc s’imposer en raison de son retour à la sagesse ». Geeroms fut, en vérité, victime de ce que Monatte nommait « l’usure militante » et ne fit plus parler de lui après la Première Guerre mondiale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article92695, notice GEEROMS Camille, Corneille par Hélène Rannou, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 28 mars 2017.

Par Hélène Rannou

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime, 1 M531 ; ADSM 2Z 48 ; ADSM1M531 ; ANF713619. — Patrice Rannou, Les 110 ans de l’Union Locale CGT du Havre, Le Havre, Éditions du Libertaire, 2007, 130 p. — L’Égalité de Roubaix-Tourcoing, quotidien socialiste,du 7 mai 1900 — notes de Gilles Pichavant.

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