GASTAL Ernest

Par Robert Estier

Né à Villeneuve-sur-Lot le 18 novembre 1898 ; mort à Roanne le 22 avril 1972 (obsèques civiles). Secrétaire de la Bourse du Travail confédérée de Roanne de 1928 à 1936, et militant socialiste défenseur de l’indépendance syndicale, il se rallia en raison de son idéologie pacifiste et très anti-communiste à la tendance « syndicats » de Belin, redevint secrétaire de la Bourse du Travail en octobre 1939, puis commissaire au pouvoir de Vichy en 1941.

Fils de militant syndicaliste, mouleur en métaux comme son père, Ernest Gastal fut secrétaire du syndicat des Métaux de Roanne des années 1925 à la guerre et du 15 octobre 1927 à avril 1936, secrétaire de la Bourse du Travail de Roanne, qui était restée aux mains des confédérés après le départ des unitaires et la constitution de l’ULU qui regroupait les plus gros syndicats. Il s’occupait également du syndicat des locataires et des mutilés du travail. Il participa à la journée d’études des questions juridiques qui précéda le congrès de la Fédération des Mutilés du Travail à Clermont-Ferrand le 23 mars 1928, et fit un stage de trois jours au siège de cette Fédération à Saint-Étienne (5-6-7 juin 1928) : il possédait une très solide compétence sur les questions sociales et économiques. Très attaqué par les unitaires, il entrenait des rapports étroits avec le maire socialiste de Roanne Albert Sérol*, qui lui accordait, en plus de son soutien moral, son appui financier par des subventions, et à qui il conseillait chaque année de refuser toute subvention à l’ULU. Sous son impulsion, la Bourse du Travail qui regroupait surtout en 1923 les syndicats de la fonction publique et de l’administration municipale, s’implantera dans certains secteurs comme la métallurgie et même le textile, où un gros effort de recrutement sera fait au moment de la grève du textile de novembre-décembre 1934. C’est lui qui présidera à la Bourse du Travail le meeting commun aux organisations syndicales et politiques, lors de la grève du 12 février 1934, et à la suite d’une décision de la CA de la section roannaise du Parti socialiste SFIO, le 14 mars 1934, il sera élu secrétaire du Comité roannais de défense contre le fascisme. À ce titre, il présida le grand meeting tenu à Roanne le 22 juin 1934, sur l’initiative de l’Union des syndicats confédérés pour la création d’un Front populaire antifasciste. Il y fit adopter, malgré Royer* (CGTU) — voir ce nom —, qui réclamait l’unité syndicale et s’élevait contre le plan économique de la CGT, un ordre du jour qui se prononçait « pour le plan de la CGT, contre le fascisme et contre la guerre ». Au moment du Front populaire, il ne put toutefois éviter l’unité syndicale à laquelle il n’était pas favorable, défendant avec vigueur, au congrès de fusion qui se tint à Saint-Étienne, le 19 janvier 1936, la thèse de l’indépendance syndicale, en proposant d’interdire le cumul de mandats politiques par les membres de la commission exécutive de l’UD. « Le cumul n’apparaît pas indispensable pour atteindre le but visé, alors que la vieille tradition du syndicalisme français le montre victime de la politique chaque fois qu’on a oublié de faire la démarcation avec la politique (Tribune, 20 janvier 1936). Son texte n’obtint que 47 voix contre 67 au texte unitaire défendu par Thibaud. Il fit néanmoins partie, comme secrétaire adjoint, de la nouvelle CE dirigée par Thibaud. Mais les rapports se dégradèrent très vite entre ex-confédérés et ex-unitaires, et à Roanne, lors de la constitution de la CE de la Bourse du Travail réunifiée, Gastal refusa de siéger, après avoir envoyé sa démission de secrétaire sortant, et s’en être expliqué dans un communiqué à la presse où il déclarait que, « ne voulant pas être rendu responsable de la prolongation de l’état de scission, il préfère purement et simplement (se) retirer ». (Union Républicaine de Roanne, 26 avril 1936). Resté cependant après la conquête de la Bourse par les ex-unitaires, secrétaire du syndicat des métaux, il refusera la collaboration, et sera le seul à voter contre Royer, lors du renouvellement de ce dernier au poste de secrétaire de la Bourse en 1937. Il adhéra alors à la tendance « syndicale » de Belin avec la majorité des ex-confédérés de Roanne, et les accrochages se multiplieront jusqu’à la guerre, l’affaire Garnier-David, par les violentes polémiques qu’elle suscita, achevant de dégrader les relations entre confédérés et socialistes. Pacifiste convaincu, Ernest Gastal justifiera à Noiré-table le 3 juillet 1938, au congrès de la Fédération des droits de l’Homme de la Loire, dont il était président, la politique de non-intervention de Léon Blum* en Espagne, se montrant hostile même à la fourniture d’armes à l’Espagne et seulement partisan de sanctions économiques : sur ses instances, le siège de la Fédération, à Roanne depuis vingt-neuf ans, et fief incontesté des socialistes de la Loire, sera transféré à Saint-Étienne.

Gastal et le syndicat des Métaux de Roanne seront les premiers à condamner sévèrement le pacte germano-soviétique et à approuver unanimement les diverses résolutions adoptées par la CA, et le bureau de la CGT, condamnant l’attitude de l’URSS « Exprimant la situation locale sur le plan local et départemental, le conseil syndical des Métaux considère qu’en exécution des décisions de la CGT les communistes n’ont plus leur place à la direction tant de la Bourse du Travail que de l’UD. En conséquence, il demande à tous les syndicats confédérés roannais qui veulent maintenir le mouvement syndical dans l’indépendance la plus absolue à l’égard des partis politiques et des gouvernements, de prendre toutes dispositions utiles pour répondre à tout appel qui leur sera adressé ultérieurement » (Tribune du 5 octobre 1939). Il considérait d’ailleurs comme irrégulière la nomination du nouveau secrétaire et trésorier, Aimé Perrier, communiste, parce qu’elle n’émanait pas de la CA mais de la CE. Après avoir fait partie le 29 octobre 1939 de la CE provisoire de la Bourse du Travail, il sera alors à nouveau désigné pour assumer les fonctions de secrétaire de la Bourse du Travail, abandonnées en 1936. À la suite de ce vote, les ex-communistes seront exclus de la Bourse du Travail, et il sera signifié aux dirigeants communistes d’avoir immédiatement à quitter le secrétariat, Gastal demandant même au maire Sérol de supprimer la subvention de la Bourse jusqu’à ce qu’un nouveau trésorier soit désigné. Gastal, suivant Belin, se ralliera alors à la politique sociale de Vichy. Il sera nommé par le préfet de la Loire, conseiller municipal de Roanne, le 24 avril 1941 puis, à la suite du message du Maréchal Pétain du 12 avril 1941, il devint commissaire au pouvoir, à la suite de quoi il donnera par lettre du 31 décembre 1941 sa démission de conseiller municipal et sera remplacé par A. Ponchon à la tête de la Bourse du Travail. Inquiété à la Libération, il sera condamné à l’indignité nationale à vie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article92336, notice GASTAL Ernest par Robert Estier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 février 2018.

Par Robert Estier

ŒUVRE : Lettre de démission du poste de secrétaire de la Bourse du Travail Union Républicaine de Roanne du 26 avril 1936.

SOURCES : Arch. Mun. Roanne, 7 F 3-159, 189, 190. — Bull. Mun. Roanne, 33 M 6 B Cote III. — Le Cri du Peuple 24 décembre 1937 (« Les réformistes se démènent »). — La Tribune, 20 janvier 1936, 5 octobre et 30 octobre 1939. — Le Journal de Roanne, 3 octobre 1941.

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