TOFFIN Émile

Par François Caron

Né le 31 décembre 1870 ; enterré à Paris le 13 juin 1919 ; cheminot mécanicien ; dirigeant de la section du Nord de la Fédération des mécaniciens et chauffeurs.

Entré à la Compagnie du Nord en 1896, Émile Toffin participa, en juin 1907, à la création de la section Nord de la Fédération des mécaniciens et chauffeurs. Toffin était mécanicien attaché au dépôt de La Chapelle. Vingt-deux sections furent créées en dix-sept mois. Toffin fut élu président du conseil d’administration de la section Nord de la Fédération le 4 mars 1908. Une lettre d’avril 1908 aux sections, lettre qu’il inspira, affirme que « la grève des mécaniciens et chauffeurs dans toute la France sera le prélude d’une révolution générale » (Bulletin officiel, op. cit.). Rares étaient les mécaniciens qui partageaient alors de telles vues. En janvier 1909 Toffin affirma pourtant une nouvelle fois que la grève « est le seul moyen qui puisse nous faire obtenir satisfaction » (ibid.). Toffin joua un grand rôle dans la grève de 1910. L’ardeur des mécaniciens du réseau du Nord à cette époque s’explique en partie par le fait que leur régime de retraite était moins favorable que celui prévu par la loi de 1909. Or, malgré le vœu émis par la Chambre en mars 1910, le gouvernement et les Compagnies refusaient de lui donner un caractère rétroactif. Toffin fut pour les mécaniciens le principal instrument du rapprochement entre le Syndicat national et la Fédération des mécaniciens. Au congrès de la Fédération en août 1910, seuls les délégués du Nord se déclarèrent prêts à la grève. Pourtant Toffin continua de rester en contact avec le comité du réseau du Nord, alors que la Fédération générale des mécaniciens s’apprêtait, lors de sa réunion prévue pour le 15 octobre 1910, à se désolidariser totalement de la grève. Toffin accepta de donner l’ordre de grève sur le réseau du Nord le 10 octobre, avec le groupe des révolutionnaires d’Amiens qui tenaient le comité du réseau du Syndicat national et le comité de grève créé en avril 1910. Révoqué, il se prononça dans la nuit du 10 au 11 octobre pour la grève générale, « peut-être parce qu’il n’a plus rien à perdre, mais plutôt parce qu’il se laisse griser », indique un rapport de police des Arch. Nat. Il fut arrêté le 13 octobre avec ses camarades. Relâché, il devint marchand de vins, mais continua de jouer un grand rôle pendant la guerre, en particulier lors de la fusion. On peut donc affirmer que la forte participation des mécaniciens et chauffeurs du Nord à la grève de 1910 est due en partie à l’ascendant personnel de Toffin. Au sein du mouvement syndical « professionnel » des mécaniciens, il a représenté et défendu l’idée de la solidarité ouvrière.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9067, notice TOFFIN Émile par François Caron, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 30 juin 2008.

Par François Caron

SOURCES : Arch. Nat. F7/ 13 923. — Bulletin officiel de la Fédération des groupements des Mécaniciens et Chauffeurs, avril 1908 et janvier 1909. — François Caron, « Essai d’analyse historique d’une psychologie du travail. Les mécaniciens et chauffeurs de locomotives du réseau du Nord de 1850 à 1910 », Le Mouvement social, n° 50, janvier-mars 1965.

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