ALLO Louis. Pseudonymes : LILI, à Moscou CADET Jean

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 14 mars 1912 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure), mort au combat en Espagne dans les Brigades internationales en 1937 ; ouvrier métallurgiste à Bordeaux (Gironde) ; secrétaire régional et membre du bureau national des JC ; élève à l’École léniniste internationale à Moscou, dont il fut exclu en février 1932 ; toujours communiste, volontaire en Espagne républicaine.

Louis Allo
Louis Allo
Cliché fourni par Mireille Poirier, descendante de la famille Allo

Louis Allo était le fils d’un gardien de bateau syndiqué et d’une ménagère, sympathisante communiste. Il avait une sœur, Régine, et un frère Roger qui furent tous les deux des militants communistes. Après sa scolarité à l’école primaire, il commença à travailler à treize ans comme manœuvre métallurgiste dans la construction navale. Suivant l’exemple de son père et de son frère Roger, il adhéra très tôt au mouvement communiste puisqu’il était pionnier dès la fin de 1923 avant de devenir membre de la JC en 1927 (« d’abord par camaraderie » puis par conviction). Secrétaire de la cellule des entreprises Bacalan à Bordeaux qu’il animait avec son frère Roger Allo, il devint secrétaire de rayon puis secrétaire de la 19e Entente régionale des JC dont le conseil comprenait son frère Roger Allo, André Vrigneaud et Charles Lahousse. Il accéda au comité central de la Fédération nationale lors du congrès d’octobre 1929 puis fut membre du bureau national de mai 1930 à septembre 1931. Il fut, dit-il, « enlevé » [de cette dernière responsabilité] pour « faiblesse politique et incompétence ». Notons qu’en février 1931 son frère Roger Allo avait été exclu avec une dizaine de militants de Bordeaux. Louis Allo fut envoyé à l’ELI dans la section du KIM en septembre 1931.

Pendant ces années, Louis Allo fut très actif sur le plan syndical. Adhérent au syndicat des métaux CGTU en juin 1927, il était membre du conseil syndical, responsable des jeunes et du Sou du soldat. Il représentait le 21 juillet 1929 la section des jeunes syndiqués au congrès de l’UL unitaire tenu à Bordeaux. Membre de la CE de la 13e URU jusqu’en août 1931, il présenta avec son frère Roger Allo en août 1929 un rapport sur les assurances sociales et un autre sur le sport. Il militait essentiellement aux Chantiers maritimes du Sud-Ouest de Bordeaux. En juillet-août 1930, il avait été délégué par le bureau fédéral des JC pour animer la grève du textile dans la région roannaise. Un rapport du 13 août 1931 le signalait comme un des métallurgistes unitaires les plus actifs.

Il arriva à Moscou le 17 septembre 1931 avec des faux papiers au noim de Georgi Lakkarie. Le séjour de Louis Allo à l’École léniniste fut assez tumultueux. Il remplit le questionnaire d’entrée sous le pseudonyme de Jean Cadet. IL fut envoyé en stage dans une usine de l’Oural. Or, le 3 janvier 1932, André Marty lui demandait des renseignements « sur les faits de constitution du groupe et des liaisons avec la bourgeoisie » et, le 15 février, il était exclu de l’École pendant que ses instructeurs Henri Barbé, Auguste Havez et « Olga » établissaient leurs rapports. Il était accusé de liaisons avec des trotskistes et des communistes chrétiens ! (texte en russe). Le jugement de mars 1932 de Barbé est fort intéressant. Il dit que Louis Allo est « politiquement faible, pas très intelligent et d’orientation sectaire » et il l’accuse d’avoir été « groupiste dans sa région », d’avoir constitué dans sa région « un groupe pour mener la lutte contre la direction du parti ». De plus, à l’École, il accusait « l’IC d’être au courant de l’existence du groupe » et défendait sa position avec acharnement ! Par la suite, « il mena la lutte en jouant et manœuvrant contre les organes du parti et des JC ». Exemple de ces manœuvres : Cadet déclara « n’avoir été convaincu de ses erreurs que par... Barbé (!) avec qui il avait discuté » manifestant ainsi « un mépris pour les organes réguliers qui avaient lutté contre ses erreurs ». Louis Allo se serait également opposé à une lettre envoyée par le KIM à la JCF. Bref, après décision du KIM il avait été exclu de l’École le 15 février 1932 mais Henri Barbé admettait qu’il pourrait travailler dans les JC en province à condition qu’il soit contrôlé très attentivement. Plus circonspect, Auguste Havez lui trouvait une intelligence moyenne, de bonnes possibilités, du travail à l’école mais un peu bavard, curieux et têtu. Il lui reprochait « une conception mécanique des rapports dans le parti et des conceptions fausses sur diverses questions » et même s’il s’efforce de se corriger, « il part toujours de l’idée de justifier sa position ». « C’est le type du militant JC formé avec les méthodes du groupe Barbé-Celor ». Quant à « Olga », méfiante, elle est frappée par l’impression très confuse que donne Louis Allo mais pense que « sous le prétexte de confusion il sait exactement ce qu’il veut ».

Auguste Havez avait indiqué que le KIM proposait d’envoyer Louis Allo travailler en usine en URSS. Ce dernier quitta donc Moscou le 11 mars 1932 et arriva à Solikam dans une usine de l’Oural. Il fut rappelé télégraphiquement pour être renvoyé en France où il devait faire son service militaire début avril. Arrivé à Moscou le 13 janvier 1933 il y était encore le 14 mars et André Marty qui s’inquiétait à cette date du retard à régler son départ, Louis Allo risquant d’entrer à l’armée juste à son retour d’URSS, insistait pour que le retour se fasse dans les cinq jours. Une note de l’IC précisait le 15 février : "Vérifier avant le départ de Cadet en France, il était lié aux trotskistes et aux communistes chrétiens. À l’ELI il a organisé un groupuscule antikomsomol, il est exclu de l’ICJ. Il a travaillé dans l’Oural, à l’usine ; il ne possède pas de notions justes sur la construction socialiste." Mais "puisque le représentant du parti [c’est alors André Marty] est au courant et néanmoins insiste, il faut le laisser partir."

Ses ennuis avec l’IC ne semblent pas avec affecté ses opinions communistes si l’on en croit sa correspondance avec sa sœur Régine en 1934. Celle-ci était emprisonnée pour faits de grèves : "Je te salue en communiste et en frangin enthousiaste".

Louis Allo fut en 1936 membre du comité central des JC et du bureau fédéral. Il vivait 77 Rue des Pelouses à Bordeaux (Gironde), était agent de lycée. Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il combattit dans la XIVe Brigade, 13e bataillon, 2e compagnie. Il fut blessé dès janvier 1937 et mourut à l’hôpital. Son tombeau à Ciudad Real demeure introuvable.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article90532, notice ALLO Louis. Pseudonymes : LILI, à Moscou CADET Jean par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 29 avril 2018.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Louis Allo
Louis Allo
Cliché fourni par Mireille Poirier, descendante de la famille Allo

SOURCES : Arch. Nat. F7/12989, F713034, F7/13125. — Arch. AVER. — Arch. RGASPI, Moscou, 545/6, documents en français et en russe (traduits par Macha Tournié), 495 270 879, Moscou, 1932 ; — Correspondance avec Mireille Poirier, petite fille de Régine Allo.RGASPI 545.6.1038 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine, fiches individuelles 31 décembre 1937 ; RAGSPI 545.6.1041, BDIC mfm 880/1.

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