ALLANIC Alfred, François

Par Yves Le Floch

Né le 25 février 1877 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), mort le 19 août 1948 à Cherbourg (Manche) ; professeur ; conseiller municipal de Cherbourg, secrétaire de la Fédération SFIO de la Manche, exclu en 1920 à la suite de querelles internes à la minorité locale.

Fils d’un instituteur dont la famille restait toute entière paysanne, Alfred Allanic fut élève de l’École normale de Saint-Brieuc et travailla ensuite durant cinq années en Bretagne comme instituteur adjoint. Dreyfusard, il collabora au Démocrate et au Réveil socialiste des Côtes-du-Nord, puis partit travailler comme surveillant-répétiteur aux Arts et Métiers d’Angers et de Lille avant de venir se fixer à Cherbourg (Manche) comme professeur à l’École pratique d’industrie, vraisemblablement au début des années 1910.

Ayant adhéré à la SFIO dans le Nord, Alfred Allanic fut le représentant de la Fédération socialiste de la Manche au congrès national de Brest en 1913. L’année 1914 le vit se dépenser activement pour son parti et tenter notamment de constituer une section à Tourlaville. Également vice-président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme et président de celle de la Libre Pensée, il se démarqua, dans le cadre de ces dernières fonctions, des pères fondateurs du socialisme dans la Manche — Hippolyte Mars, Alexandre Burnouf et Léon Laurens — en prenant au printemps la défense de la liberté de l’enseignement. Il se heurta à un désaveu de l’organe fédéral, l’Avenir de la Manche, et cet incident préfigure les violents affrontements que devait connaître l’après-guerre.

S’étant déclaré opposé à l’insurrection et à la grève générale, lors des meetings pacifistes de la fin juillet 1914, au profit d’un recours au tribunal de La Haye, Alfred Allanic fut mobilisé durant toute la durée des hostilités, qu’il termina comme officier d’administration de première classe (capitaine).

Revenu à Cherbourg, il avait retrouvé en 1919 ses responsabilités à la Ligue des droits de l’Homme et à la Libre Pensée et les cumulait avec celle, nouvelle, de président de la Ligue populaire antialcoolique. Secrétaire de la section SFIO de Cherbourg, il succéda à Victor Pinchon au secrétariat général de la Fédération socialiste de la Manche à l’occasion du congrès du 24 août 1919. Cette ascension inattendue au sein des instances socialistes locales recouvrait — et attisait — une rivalité profonde et toute personnelle entre Alfred Allanic et Alexandre Burnouf, rivalité qui allait s’exercer lors des diverses élections de la fin de l’année. Allanic ravit à Burnouf la place de candidat socialiste aux législatives (où il recueillit, en compagnie de Léon Agneray 14,5 % des suffrages exprimés) mais, élu au second tour conseiller municipal de Cherbourg, il fut supplanté par Alexandre Burnouf lors de la désignation du troisième adjoint au maire, seules quatre voix s’étant portées sur son nom au conseil.

Les sources sont extrêmement pauvres sur la première moitié de 1920 mais il apparaît que les heurts se multiplièrent et qu’Alexandre Burnouf parvint à ranger derrière lui, un instant, la majorité de la Fédération. Le congrès extraordinaire du 14 février semble avoir destitué Alfred Allanic de ses fonctions de secrétaire fédéral et de section au profit, respectivement, d’Émile Baratte et Charles Tonetti. La ville de Cherbourg, avec son Arsenal, dominait la vie politique de la Fédération tandis que la cité elle-même, était dominée par la personnalité de Mahieu, maire républicain-socialiste très progressiste, aux côtés duquel avaient été élus au second tour les conseillers municipaux socialistes. L’alliance avec Mahieu constituait la trame essentielle de l’histoire de la Fédération socialiste et de l’Union des syndicats de la Manche et était un article de foi pour tous ceux qui, tels Alexandre Burnouf et Hippolyte Mars, étaient les fondateurs de ces organisations. Or, Alfred Allanic, tard venu, remettait en cause cette alliance et se heurtait à Mahieu, soutenu par Alexandre Burnouf, au conseil. Le 7 mai 1920, estimant que le maire ne se soumettait pas au contrôle des commissions, il remit sa démission de rapporteur de la commission des finances et la section de Cherbourg s’autorisa de cet acte de rupture pour l’exclure cinq jours plus tard, en exigeant qu’il remette à disposition son mandat. En novembre, une commission arbitrale fut réunie par la Fédération où, à l’image de la réalité départementale et nationale, les partisans de l’Internationale communiste étaient majoritaires et qui déclara nulle cette exclusion. Cependant la scission qui suivit un mois plus tard empêcha que cette décision ait une quelconque valeur, et ce d’autant plus qu’il était hors de question pour Alfred Allanic d’adhérer à la SFIC.

En marge au conseil municipal, étranger à l’ensemble des nouvelles organisations ouvrières, Alfred Allanic continua de batailler pendant plusieurs années contre ses ennemis, notamment en tentant vainement de constituer en 1924 une section SFIO cherbourgeoise reconnue par les instances nationales du parti. Il alla jusqu’à échanger des coups avec Alexandre Burnouf en conseil municipal (janvier 1925) et devait être battu aux élections municipales de 1925 sur une liste d’adversaires de Mahieu.

Ayant abandonné toute responsabilité au sein de la Ligue des droits de l’Homme — milieu hostile — Alfred Allanic s’était de longue date constitué une base de repli en conservant la présidence de la Ligue populaire antialcoolique (d’où le sobriquet d’« Alambic » fréquent dans l’Avenir de la Manche), et, surtout, en entrant dès sa fondation (mai 1920) au bureau de la Fédération départementale des fonctionnaires. La mort de Mahieu, en 1926, allait lui permettre de faire jouer ces atouts. Élu aux élections municipales partielles qui suivirent comme « socialiste indépendant », il s’intégra à la nouvelle majorité du conseil qui comprenait les radicaux mais excluait, pour la première fois, la SFIO. À partir de là, insensiblement, il regagna son influence dans les milieux ouvriers. Traité d’« excellent camarade » et de « militant au cœur généreux » par l’Avenir de la Manche à l’occasion de la mort de son fils en 1930, Alfred Allanic prit sur lui, en tant qu’adjoint au maire, de faire éclairer la place de la République au soir du 12 février 1934 pour y faciliter le déroulement de la grande manifestation antifasciste.

Représentant la ville au comité des Auberges de Jeunesse et au congrès de l’Union départementale CGT, favorable au syndicat des locataires, Alfred Allanic était pour le Rassemblement populaire naissant un appoint fort appréciable — celui du centre-gauche républicain — ce qui lui valut jusqu’à la guerre la présidence du comité de Front populaire. L’ironie voulut qu’en 1938 il fut choisi comme arbitre ouvrier — il appartenait alors à la Fédération générale des retraités — par les ouvriers bouchers de Cherbourg et qu’il rencontra, dans la commission de conciliation réunie à Saint-Lô, Alexandre Burnouf arbitre patronal dans un autre conflit.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article90442, notice ALLANIC Alfred, François par Yves Le Floch, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 4 novembre 2010.

Par Yves Le Floch

SOURCES : Arch. Nat. F7/13001 et F7/13036. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossiers 39 et 67. — Jean Quellien, Les Élections dans la Manche, étude de sociologie électorale (1919-1969). — L’Avenir de la Manche puis La Manche syndicaliste. — Cherbourg-Éclair. — Le Communiste du Nord-Ouest, 17 janvier 1925.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, Manche, op. cit., p. 372.

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