THOMAS Jules, Joseph

Par Roger Pierre

Né le 13 octobre 1898 à Saint-Martin-d’Août (Drôme), mort le 21 septembre 1972 à Riez (Alpes-de-Haute-Provence) ; cheminot puis petit commerçant ; secrétaire de la Fédération communiste de l’Ardèche puis secrétaire de la Région Drôme-Ardèche du PC.

Jules Thomas appartenait à une famille de pauvres paysans du Bas-Dauphiné et dut travailler comme domestique agricole dès l’âge de neuf ans. Son père fut tué sur le front en septembre 1914. Lui-même, engagé en 1915 pour la durée des hostilités, fut gazé et deux fois blessé. Il était caporal.

À sa démobilisation, il fut d’abord manœuvre dans diverses usines de Saint-Vallier avant d’être embauché par la Compagnie PLM et affecté au Teil (Ardèche). Très influencé par la guerre Jules Thomas adhéra à l’ARAC et suivit avec sympathie le noyau de La Vie Ouvrière. Il adhéra en 1919 au Syndicat des cheminots de Saint Rambert d’Ablon (Drôme) et participa aux grèves de 1920 à la suite desquelles il prit la direction du Syndicat du Teil. Il était en 1923 membre du CA de l’Union des syndicats du PLM (il cite toujours Lucien Midol et Pierre Semard comme garants politiques). Il fut délégué en 1924 à la CA de l’Union départementale CGTU des syndicats Drôme-Ardéche.
Jules Thomas avait adhéré en octobre 1919 au Parti socialiste et il était en 1920 secrétaire adjoint de la Fédération ardéchoise où il défendit l’adhésion à la IIIe Internationale qui fut votée à l’unanimité. Il devint alors secrétaire adjoint du jeune Parti communiste, où il lutta contre « la Franc-maçonnerie très forte en Ardèche ». En 1922 il désavoua avec sa fédération Raoul Vedel* qui avait voté pour la motion Ker*. Après l’exclusion de Vedel, il fut élu secrétaire fédéral du parti. Il était en même temps trésorier puis secrétaire adjoint de la Fédération ardéchoise de l’ARAC.

En 1926, à la suite d’une grande manifestation dans les rues du Teil, contre un inspecteur du PLM considéré « comme un provocateur », Jules Thomas fut traduit devant le conseil d’enquête de la compagnie, et muté d’office, par décision disciplinaire, à Cercy-la-Tour (Nièvre) où il participa à l’activité de la cellule. Il contribua à la propagande communiste dans les localités voisines, mais après quelques mois, démissionna des chemins de fer.

Il participa alors en novembre 1927 à la délégation française envoyée en Russie à l’occasion du Xe anniversaire de la Révolution d’octobre et fut désigné pour suivre à Moscou les cours de l’École léniniste internationale. Surmené, il ne termina pas son stage et revint au Teil au bout de neuf mois. Il eut alors, disait-il, « de mauvaises relations avec Marion et Garay » mais il les rompit toutes. Il participa en 1928 au 6e Congrès de l’IC (à titre consultatif).

Jules Thomas fut embauché à la maison Martin (voir Maurice Martin [1896-1961]*) comme chef de cave, ce qui lui donna la possibilité de consacrer une bonne part de son temps à la direction du rayon du PC de l’Ardèche où il remplaça Vincent Mortier*. Pendant un an, Thomas s’efforça de redresser les faiblesses idéologiques et politiques du parti, de l’orienter vers les entreprises et le travail de masse et de l’inviter à l’autocritique ; il dénonça « la passivité » et « le danger de droite ». Il participa en 1929 au Congrès de Saint-Denis. Le 1er août 1929, il fut arrêté à la porte d’une filature devant laquelle il appelait les ouvrières à s’organiser et à manifester, mais cette arrestation provoqua une telle agitation au Teil que le procureur de la République le fit relâcher. Il était en 1932 secrétaire du rayon Ardèche et du bureau de la nouvelle région Drôme-Ardèche.

De 1930 à 1933, toujours en raison de son état de santé, Jules Thomas réduisit son activité, ce qui provoqua une campagne dirigée contre lui par le secrétaire des Jeunesses communistes, Jean Dumas*. À ce sujet, il écrivait en 1937 « J’avais quelque peu perdu confiance dans le parti et dans la classe ouvrière et fait preuve d’une activité coupable », précisant que son état de santé avait « contribué à cette dépression moral ». Mais l’assemblée générale des cellules estima qu’il n’avait « jamais démérité du parti », et le congrès de Valence, le 18 mars 1934, le désigna comme secrétaire de la région Drôme-Ardèche. Après la liquidation de la maison Martin, il vint s’établir à Bourg-de-Péage où il s’associa à Fernand Girbon* pour exploiter un petit commerce de vins, huiles et savons.

De 1934 à 1936, les effectifs et l’influence du parti s’accrurent rapidement dans les deux départements, et, au cours de la campagne des élections législatives, le besoin se fit sentir d’un hebdomadaire propre à la Drôme et à l’Ardèche. Jules Thomas fut alors déchargé de ses tâches au secrétariat et il se consacra à la publication de ce journal, la Voix populaire, dont le tirage s’éleva bientôt à plus de dix mille exemplaires ; il resta membre du bureau régional où étaient appréciés son dévouement et sa combativité. Il fut délégué au congrès national de Villerbanne en 1936. Il était secrétaire du Comité local de Front populaire de Romans - Bourg-de-peage. Il assura aussi pendant quelque temps la trésorerie départementale du Secours rouge international et fut à Bourg-de-Péage vice-président du patronage laïque. Candidat le 10 octobre 1937 au conseil d’arrondissement, il vint peu après se fixer à Bourg-lès-Valence où il installa son commerce.

Mobilisé en 1939, Jules Thomas s’employa dès sa libération en juin 1940, à reconstituer à Romans (Drôme) l’organisation clandestine du parti. Arrêté en mars 1941 à la suite de distributions de tracts et d’un collage d’affiches, il subit trente-six mois d’internement à Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne), Fort-Barraux et Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Il s’évada en février 1944 et rejoignit la Résistance à Marseille. Jules Thomas fut décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur pour faits de Résistance.

Sa femme, Yvonne, arrêtée le 10 juin 1944, avait été internée à Valence, puis à Lyon où l’avance alliée la libéra le 25 août 1944.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article9018, notice THOMAS Jules, Joseph par Roger Pierre, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 13 mars 2011.

Par Roger Pierre

SOURCES : Arch. Dép. Ardèche, 5 M 47 et 10 M 158. — Archives du Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 619 : Autobiographie du 14 mars 1932, Autobiographie du 17 août 1937, notes de la Commission des cadres. — L’Humanité, supplément Gard-Ardèche, éd. du Midi, 1922-1924. — La Provence ouvrière et paysanne, 1925-1929. — Travail, 1930. — Le Travailleur alpin et La Voix populaire (portrait, 17 septembre 1937). — Rens. de la famille du militant.

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