ADAM René

Par Jean Maitron et Claude Pennetier, Nadia Michel

Né le 20 février 1883 à Plouégat-Guérand (Finistère), mort le 7 janvier 1955 à Neauphle-le-Vieux (Seine-et-Oise) ; ouvrier à la Compagnie du gaz ; député communiste de la Seine (1924-1928).

Douzième enfant d’une famille de petits cultivateurs du Finistère, René Adam vint à Paris après son service militaire et entra à la Compagnie du gaz de la Seine en 1907. Mobilisé pendant cinquante-sept mois durant la Première Guerre mondiale, il reprit son poste à sa libération et devint surveillant. Il aurait été syndicaliste révolutionnaire. Lors de la grève de 1920, il entraîna dans le mouvement vingt-sept surveillants sur vingt-huit. La direction le rétrograda au poste de chauffeur et le mit à pied pendant quinze jours, en exigeant qu’il fasse une demande de réintégration. Il refusa mais l’administration le reprit pour éviter un nouveau conflit. Il devint délégué général du syndicat.

Le 6 juin 1923, René Adam organisa une manifestation sur le lieu de travail pour protester contre les brimades du régisseur de l’usine de la Villette. Quatre jours plus tard, la direction lui notifia sa révocation. Les ouvriers auraient proposé de se mettre en grève pour exiger sa réintégration mais il aurait refusé, sachant l’épreuve de force inutile. René Adam partit travailler à La Courneuve comme conducteur de machines dans une fabrique de papier carbone, mais, lorsque la grève éclata à la Compagnie du gaz en août 1923, il jugea que sa place était aux côtés de ses camarades gaziers et, abandonna son travail. Le conflit terminé, son patron refusa de le reprendre. Il s’embaucha alors comme maçon.

René Adam habitait Aubervilliers où il avait bâti lui-même une maison dans un lotissement éloigné du centre. Il militait à la section communiste, vraisemblablement depuis le congrès de Tours. Pour les élections du 11 mai 1924, le Parti communiste décida de présenter un grand nombre d’ouvriers. René Adam correspondait parfaitement à l’image du travailleur combatif, désintéressé, sans ambition électorale. Dans la Région parisienne et dans quelques départements, la liste des candidats fut établie par ordre alphabétique — sauf pour les députés sortants — afin d’éviter les intrigues. René Adam se trouva ainsi en quatrième position de la liste de la 4e circonscription de la Seine après Vaillant-Couturier, Doriot et Clamamus. Il recueillit 104 903 voix sur 406 364 inscrits. Le lendemain du scrutin, « lundi soir, vers six heures, lorsqu’un groupe de camarades l’accueillit au cri de : « Salut, député ! » René Adam fut bien surpris et il crut un grand moment qu’on le plaisantait » (reportage de L’Humanité, 16 mai 1924). Les électeurs avaient privilégié les premiers de liste et envoyé au Parlement un important contingent de représentants des premières lettres de l’alphabet, en particulier Charles Auffray dans la 1re circonscription de la Seine et Gustave Barrat dans le Nord. Si Charles Auffray sut s’adapter rapidement à ses nouvelles fonctions, les deux autres ne bénéficiaient ni de la formation, ni des qualités pour mettre à profit leur mandat dans l’intérêt du Parti. Dans ses « Mémoires », Albert Vassart raconte qu’ils furent pendant la guerre du Maroc transformés en « convoyeurs de colis-express », leur carte de député les faisant bénéficier de la gratuité des transports. Ainsi René Adam se rendit à Marseille puis à Bordeaux, au mois d’août 1925, porteur de tracts et d’affiches.

En octobre 1925, René Adam signa la lettre au comité exécutif de l’Internationale communiste, dite lettre des 250. Dès janvier 1928, la presse parisienne annonçait qu’il se retirerait volontairement pour les élections d’avril. Il tint cependant à assister jusqu’au bout aux travaux parlementaires — ce qui ne fut pas le cas de tous les élus au bénéfice de l’alphabet. Il intervint même à plusieurs reprises au cours de la discussion de la loi sur le recrutement de l’armée votée le 31 mars 1928. Il siégea à la commission des mines et de la force motrice et à celle du commerce et de l’industrie.

Le Parti communiste ne le présenta pas aux élections de mai 1928, prétextant que le retour au scrutin uninominal d’arrondissement l’obligeait à réduire le nombre de ses candidats. René Adam ne brigua plus de mandat législatif.

Retraité, il s’installa à Neauphle-le-Vieux (Seine-et-Oise devenue Yvelines) et en fut élu conseiller municipal en décembre 1936. Il joua un rôle actif dans les grèves agricoles de 1937 de cette région. Déchu en 1940,il semblait se livrer à la propagande clandestine. En avril 1941, il fut interné au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise devenue Val d’Oise), puis transféré en mai 1942 à celui de Voves (Eure-et-Loir) où le préfet de Seine-et-Oise s’opposa à sa libération malgré l’avis favorable du Secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Il fut libéré en septembre 1942 après avoir signé un ralliement au "nouvel ordre social".

En décembre 1944, René Adam était président du comité local de libération de Neauphle-le-Vieux et il fut candidat aux élections municipales de 1945.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article90147, notice ADAM René par Jean Maitron et Claude Pennetier, Nadia Michel, version mise en ligne le 2 novembre 2010, dernière modification le 2 novembre 2010.

Par Jean Maitron et Claude Pennetier, Nadia Michel

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091. — Arch. Dép.Yvelines:2M30/67,1W72,77,84,221,1035 — l’Humanité, 29 avril 1924, 16 mai 1924. — Paris-Soir, 13 janvier 1928. — « Mémoires » d’Albert Vassart, inédit. — Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, sous la direction de Jean Jolly, Paris, PUF, 1960-1972.

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