Né le 23 novembre 1869 à Carpentras (Vaucluse) ; mort le 1er août 1957 au Kremlin-Bicêtre (Seine) ; publiciste anarchiste avant 1914 ; franc-maçon.

De famille d’universitaires, étudiant à Lille, Charles-Albert se destinait également à l’Université et fut répétiteur de philosophie au collège de Sedan. Il aurait adhéré au guesdisme après la fusillade de Fourmies, 1er mai 1891, puis, très vite, serait devenu anarchiste. En 1892, il s’installa à Lyon où il travailla comme correcteur d’imprimerie. Il collabora à la presse libertaire, aux Entretiens politiques et littéraires, à La Révolte, et à La Société nouvelle. En 1893, il fonda L’Insurgé, organe communiste-anarchiste de la région du Sud-Est qui comptera quinze numéros : 12 août-15 novembre (Bibl. Nat. Jo 85645).
En 1895, au lendemain de la période des attentats, il vint habiter Paris et participa au renouveau libertaire. Il tenta un essai qui fut malheureux dans la fondation d’une imprimerie rue Lafayette où il composait La Société nouvelle et Le Libertaire de Sébastion Faure. Puis il collabora aux Temps nouveaux de Jean Grave ; en 1897, il écrivait dans l’Humanité nouvelle : en 1899, dans le Journal du Peuple, quotidien créé par S. Faure pour lutter en faveur de Dreyfus. La même année, il publia L’Amour libre qui connut en France et à l’étranger une ample diffusion.
Collaborateur de L’Art social, revue dirigée par Gabriel de la Salle, il définissait l’œuvre d’art par la qualité de l’exécution et non par son contenu, dans une conférence faite le 27 juin 1896. Il souhaitait que dans tous les métiers soient recherchées la beauté des formes et la perfection de l’œuvre et il pensait que l’art peut et doit s’exprimer non seulement dans le domaine dit des « Beaux-Arts » mais également dans les objets quotidiens.
Sur la question de la guerre Charles-Albert se trouva en désaccord avec l’anarchiste Kropotkine lorsque celui-ci écrivit dans le journal Les Temps nouveaux, n° 27, 4 novembre 1905 : — « ... Je pense que les antimilitaristes de toute nation devraient défendre chaque pays, envahi par un État militaire, et trop faible pour se défendre lui-même ; mais surtout la France, quand elle sera envahie par une coalition de puissances bourgeoises qui haïssent surtout dans le peuple français son rôle d’avant-garde de la révolution sociale... » Une telle déclaration, contraire aux prises de position anarchistes sur la guerre, provoqua des remous et des oppositions violentes dans les rangs libertaires. Charles-Albert et Amédée Dunois notamment (voir Dunois) manifestèrent leur désaccord ; de la condamnation de la guerre, de toutes les guerres, on passait à l’approbation de la guerre défensive de la France démocratique contre les impérialismes étrangers. Il y avait là, en germe, la politique d’union nationale que certains anarchistes allaient pratiquer en 1914. En réponse à Kropotkine, Charles-Albert préconisait la grève des conscrits.
Il collabora avec Francisco Ferrer lorsque celui-ci, réfugié en France, lança l’École rénovée, et il fut secrétaire général de la Ligue internationale pour l’Éducation rationnelle de l’Enfance.
En 1909, Ferrer, revenu en Espagne, était arrêté. Le 13 octobre, il était exécuté. Charles-Albert, qui avec Ch.-A. Laisant et A. Naquet constituait le bureau du Comité de défense des victimes de la répression espagnole, s’était dépensé ardemment, mais en vain, pour sauver son ami. Il se prodigua dans d’autres campagnes, en 1912 par exemple, pour la libération du soldat Rousset (voir Aernoult et Rousset).
C’est vers cette époque que Charles-Albert, abandonnant certaines thèses anarchistes, envisagea une entente avec les socialistes et admit que le parlementarisme pourrait, par l’obtention de réformes, faciliter l’action révolutionnaire. Il adhéra même au Parti socialiste et se rallia dès août 1914 à l’union sacrée ; il fustigea les pacifistes et soutint l’effort de guerre, écrivant dans La Bataille, 25 janvier 1916 : « En une page célèbre de son Armée nouvelle, Jaurès a fait justice de la célèbre absurdité de Marx : les prolétaires n’ont pas de patrie ». Il publia contre Romain Rolland une brochure intitulée : Au-dessous de la Mêlée. Dans une lettre publiée par l’Humanité du 4 octobre 1918, Charles-Albert annonce son adhésion au Parti socialiste SFIO sur des bases unitaires entre majoritaires et minoritaires et en faisant quelques réserves sur le parlementarisme excessif.
Il avait fondé en 1920 le mouvement de l’Ordre nouveau qui réclamait le renforcement de l’État et la réorganisation des structures ministérielles : les services seraient gérés par des fonctionnaires permanents et indépendants, à l’anglaise.
En 1922, il était membre de la 14e section de Paris du Parti socialiste SFIO. Très loin, dès lors, de l’anarchisme et de son refus de l’Autorité, il écrivait dans un livre L’État moderne, édité en 1929 : « L’État, c’est la nation elle-même, spécifiquement organisée en vue de se défendre contre tout ce qui, du dehors ou du dedans, la menace. Dire que l’État s’affaiblit, [...] c’est dire que la nation est en péril ».
En 1936, Charles-Albert, dans Une Nouvelle France, avec Marcel Déat qui préfaçait l’ouvrage, plaidait la cause du « planisme » et « d’un État réellement fort ». Puis ce fut la guerre et la collaboration de Charles-Albert à l’hebdomadaire proallemand La Gerbe, cependant que Marcel Déat préfaçait son nouvel ouvrage L’Angleterre contre l’Europe.
Arrêté à la Libération, Charles-Albert fut peu après, remis en liberté.
Il était marié et père d’un enfant.

ŒUVRE : L’Amour libre, Paris, 1898, 4e édit. 1902, 306 p., 8e R 14638. — A M. Émile Zola, Bruxelles, 1898, 12 p., Lb 57/12907. — (En collaboration avec J. Duchêne), Le Socialisme révolutionnaire, son terrain, son action et son but, Paris, 1912, 136 p., 8e Lb 57/14745. — Au-dessous de la mêlée, Romain Rolland et ses disciples, Paris, 1916, 47 p., 8° Ln 27/65131. — Des réformes ? Oui, mais d’abord une constitution, Paris, s.d. (1920) 16° Lb 57/16504. — L’État moderne. Ses principes et ses institutions, Paris, 1929, 192 p., 8° R 36717. — Une nouvelle France, ses principes et ses institutions. Préface de Marcel Déat, Paris, 211 p., s.d. [1936], 8° Lb 57/18981. — L’Angleterre contre l’Europe. Préface de Marcel Déat, Paris, 1941, 119 p., 8° G 14348. — Qu’est-ce que l’art ? — L’Art et la société, 8° Lb 57/11791. — Aux anarchistes qui s’ignorent. — Patrie, guerre et caserne. — Politique et socialisme.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13061 et F7/13603. — Arch. Jean Maitron. — Arch. Dép. Var, 4 M 52. — État civil de Carpentras (Vaucluse). — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — Contre-courant, janvier-février 1960. — Léo Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, Marseille, 1969. — F. Scoffham-Peufly, Les Problèmes de l’« art social » 1890-1896, Mémoire de Maîtrise, Vincennes, 1970. — G. Thuillier, Revue administrative, 1975.

ICONOGRAPHIE : Les Hommes du Jour, 27 novembre 1909.

Jean Maitron

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