JOUVHOMME René

Né le 30 janvier 1914 à Monlet (Haute-Loire), mort le 21 août 1993 à Auzon (Haute-Loire) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste puis communiste de Haute-Loire.

Fils d’Arsène Jouvhomme et d’Augustine Jullion, paysans du terroir vellave et auvergnat, orphelin en 1925, à l’âge de onze ans à la suite du décès accidentel de sa mère, René Jouvhomme se trouva seul avec le chef de famille, son frère Jean étant incorporé en Allemagne en 1926. Il fréquenta l’école du hameau de son village, sous la direction de l’instituteur Hugues Roche, père du docteur Michel Roche (ophtalmologiste) futur déporté à Dachau. En 1927, année du certificat d’études primaires, il entra au cours complémentaire d’Allègre, dirigé par Adolphe Fouilly. Maurice Gilbert*, dans Une jeunesse paysanne (1985), a décrit l’atmosphère pesante du cours complémentaire d’avant-guerre. Reçu en 1931 à l’École normale d’instituteurs du Puy (Haute-Loire), en même temps que cinq condisciples de l’établissement (succès à 100 %), il fut nommé en 1934 instituteur intérimaire dans un hameau de la Margeride, « La Soucheyre ».

En avril 1935, René Jouvhomme fut incorporé au 60e régiment d’infanterie à Besançon. Refusant de suivre le peloton des élèves officiers de réserve, il s’attira la haine de son capitaine ; il fut classé dans la catégorie des objecteurs de conscience pour avoir exprimé trop crûment ses impressions sur la caserne. Il dut refaire trois fois ses classes tout en donnant des cours aux conscrits analphabètes. Libéré comme soldat de deuxième classe en octobre 1935, il était toutefois noté « esprit douteux. À surveiller », ainsi qu’en témoigna son livret matricule retrouvé, en juin 1940, sur les plages de Dunkerque.

À son retour du service militaire, René Jouvhomme exerça toujours en Margeride, près de Saugues et se maria uniquement civilement en juin 1938 à Saugues avec Marie Pagès, institutrice nommée à la Soucheyre, native d’Auzon, fille d’une famille de petits paysans.

Durant la période du Front populaire, René Jouvhomme devint secrétaire de la section SFIO de Saugues créée en 1936 qu’il orienta vers la tendance Marceau Pivert* dont il se fit le mandataire au congrès départemental de Langeac en 1937, congrès où il retrouva Louis Mardon* et Maurice Thiolas*, député. Nommé instituteur dans un village de montagne, il participa à la grève du 30 novembre 1938 et il publia un article dans le Bulletin syndical du SNI où il fustigeait les non-grévistes. Militant syndicaliste et politique, il fit l’objet en 1939 d’une enquête administrative pour « manquement aux règles de la neutralité scolaire » en raison de l’usage du manuel d’Histoire de France de Brossolette, jugé anticlérical.

Mobilisé le 28 août 1939 dans la 25e DI, René Jouvhomme fit la campagne de Flandre (Belgique, Hollande) et se retrouva à Dunkerque où il fut fait prisonnier. Après une captivité de cinq ans en Westphalie, il fut nommé en 1945 à Lubilhac (Haute-Loire) avec son épouse aux confins de la Haute-Loire et du Cantal. Il succéda à deux instituteurs déplacés par Vichy, Alfred Biscarlet, futur député, et Georges Claveyrolas*. Devenu secrétaire de mairie en 1951, il orienta cette commune rurale dans un sens progressiste et laïque. Les résultats électoraux se révélant nettement à gauche, un fonctionnaire des Renseignements généraux exprima son mécontentement au maire, accusant le secrétaire de mairie d’être un homme « dangereux ». Les résultats du référendum de 1958, où les non l’emportèrent, entraînèrent par répercussion une suppression de poste en 1959 (insuffisance d’élèves pour deux classes).
Déplacé à Brioude et son épouse à Paulhac, René Jouvhomme fut nommé directeur d’une école de six classes en 1966, malgré l’avis défavorable de l’inspecteur de l’enseignement primaire.

René Jouvhomme, libre penseur, anticlérical, participa à de nombreuses actions syndicales ou politiques : grèves, Comité Audin (guerre d’Algérie), Association républicaine des anciens combattants dont il fut le secrétaire fédéral. Membre du bureau de la section du Parti communiste français, il fut candidat du Parti communiste aux élections cantonales de Brioude en 1968, En 1969, René Jouvhomme prit sa retraite ainsi que son épouse à Auzon.

Henri Aigueperse indiquait, lors d’une réunion du bureau national du SNI, le 12 janvier 1950, que Jouveshommes aidait le secrétariat national pour "étudier les cas individuels". Sans doute, il s’agissait d’un autre militant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89815, notice JOUVHOMME René, version mise en ligne le 20 octobre 2010, dernière modification le 20 octobre 2010.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Notice du DBMOF, non signée. — Bulletins syndicaux du SNI de Haute-Loire. — L’Éducation, n° 56, 12 février 1970 : « Trente ans au service de l’Éducation Nationale ». — Maurice Gibert, Une jeunesse paysanne (René Jouvhomme figure sous le nom de Diou-Diouz). — Notes de l’intéressé et de sa belle-fille. — Notes de Jacques Girault.

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