RENOULT Daniel, Étienne

Par Claude Pennetier, mis à jour par Marie-Cécile Bouju

Né le 18 décembre 1880 à Paris (Ve arr.), mort le 17 juillet 1958 à Montreuil-sous-Bois (Seine) ; correcteur d’imprimerie et journaliste ; un des fondateurs du Parti communiste français, membre de son comité directeur (1920-1922) ; maire adjoint de Montreuil-sous-Bois de 1935 à 1940 puis maire de 1945 à 1958 ; conseiller général de la Seine.

Daniel Renoult
Daniel Renoult

Son père, Romain Laurent Renoult, né le 28 novembre 1837 à Montigny-sur-Loing et mort le 19 décembre 1898 à Grez-sur-Loing, issu d’une famille de paysans de Bourron (Seine-et-Marne) ayant réussi à faire ses études avec un vieux professeur de Fontainebleau, devint avocat. Républicain il lutta contre l’Empire puis défendit des Communards devant les conseils de guerre de Versailles ; il était radical nuance Camille Pelletan. Sa mère, Elisabeth Biringer, née en 1846 à Nondorff, Luxembourg, était issue d’une famille d’ouvriers alsaciens très pauvres qui optera pour la France. Il avait deux frères : René Renoult (né en 1867), avocat, député de Haute-Saône, sénateur du Var, ministre radical et franc-maçon, et Maurice Renoult, magistrat qui fut attaché au Cabinet du Garde des Sceaux en 1905. Daniel Renoult épousa, le 3 août 1918, à Paris (XIVe arr.), Thérèse Alice Henry (1875-1945), fille d’un représentant de commerce, sympathisante du mouvement ouvrier, en opposition totale dès le début de la guerre à l’idéologie de la défense nationale, mais sa santé fragile ne lui permit pas de militer.

Daniel Renoult passa sa jeunesse à Grez-sur-Loing près de Nemours où ses parents s’étaient retirés vers 1895 et où son père fut maire de la commune. Daniel Renoult fit, en 1896, alors qu’il était jeune collégien, ses premières armes en défendant le capitaine Dreyfus. Jeune bachelier, il vint poursuivre ses études à Paris.

La police le signale pour la première fois le 16 septembre 1904 : il avait été interpellé au petit matin « chantant à tue-tête La Carmagnole » rue du Faubourg-Montmartre. Le 1er mai 1905, place Pigalle, ses cris « Vive l’anarchie » attirèrent les agents qui l’entendirent déclarer « qu’il voudrait voir la tête de Lépine au bout d’une pique » et « qu’il voulait faire sauter Alphonse XIII lors de sa visite » (Arch. Jean Maitron). L’intervention de ses frères permit à chaque fois sa libération. Il collaborait alors au journal La Lanterne qui était un journal mi radical, mi socialiste.

Intéressé par les questions sociales, il fut mis en contact avec des ouvriers, surtout allemanistes. Il adhéra en 1906 à la section de Montereau du Parti socialiste SFIO qui était allemaniste. Il contribua à l’organisation de la Fédération socialiste de Seine-et-Marne. Il participa aux grèves des ouvriers agricoles en 1906-1908, des tailleurs de pierre de Souppes, des moulins de La Ferté-sous-Jouarre. En 1908, à l’occasion du congrès de Toulouse, Jean Jaurès* l’appela à la rédaction de l’Humanité où il tint la rubrique parlementaire. Il y collabora jusqu’à la fin de sa vie. Désigné en octobre 1909 comme administrateur du Semeur de Seine-et-Marne, il en fut le gérant de 1910 à 1913. Le Parti socialiste le présenta, sans succès, aux élections législatives d’avril 1914 dans la circonscription de Fontainebleau.

Renoult fut un des témoins de l’assassinat de Jean Jaurès au café « Le Croissant ». Mobilisé dans l’infanterie (en France et en Macédoine) durant la Première Guerre mondiale, il la termina comme sergent, avec la Croix de guerre. Pendant la guerre, avant sa mobilisation, il avait « pour base idéologique les décisions du congrès qui acceptaient la Défense nationale tout en faisant appel aux masses pour faire sortir la Révolution de la crise » (autobiographie de 1932). Il fut avec Amédée Dunois, Raoul Verfeuil*, Maurice Delépine*... du 1er groupe qui s’éleva contre l’Union sacrée. Mobilisé, il approuva le Manifeste de la Haute-Vienne (1915) et l’action des minoritaires. Ses conceptions se modifièrent à l’expérience de la guerre et de la Révolution russe. Au début de 1918, à son retour à Paris, il collabora anonymement au Populaire de Paul Faure* et Jean Longuet (contre l’Humanité de Pierre Renaudel* et Salomon Grumbach*). Il affirmait, dans sa biographie du 6 février 1932, qu’il travaillait « en lien étroit avec le délégué officieux des Soviets en France : Taratouta (Lenerer) ».

Membre du Comité pour la défense du socialisme international, favorable à la Révolution d’octobre, Daniel Renoult rédigea la motion votée en juillet 1918 par la majorité nouvelle du Parti socialiste qui condamnait l’intervention militaire des alliés contre la Russie soviétique. Il militait alors à la Xe section de Paris. Selon la police, il obtint un passeport pour se rendre à la conférence socialiste internationale de Lucerne (3-10 août 1919), conférence qui favorisa la rupture du parti français avec la IIe Internationale. Le congrès de Strasbourg (février 1920) l’élut à la commission administrative permanente. En octobre 1920, Dunois lui demanda de le remplacer au congrès extraordinaire de l’USPD à Halle (Allemagne). D’abord animateur du centre reconstructeur et secrétaire adjoint du comité pour la reconstruction de l’Internationale, Renoult fit partie du groupe de militants qui se détachèrent du CRI avec Marcel Cachin, Louis-Oscar Frossard*, Amédée Dunois, Tommasi*, Paul-Louis et Lucie Leiciague. Il en démissionna et fut l’un des défenseurs de la Résolution d’adhésion à la IIIe Internationale (Bulletin communiste du 4 novembre 1920) « rédigée, délibérée et approuvée par le Comité de la IIIe Internationale et la fraction Marcel Cachin-Frossard, démissionnaire du Comité pour la reconstruction de l’Internationale ». René Reynaud pour le Comité de la IIIe Internationale et Daniel Renoult pour les démissionnaires du Comité pour la reconstruction de l’Internationale recevaient les signatures. Une lettre non datée que lui adressa Boris Souvarine prouve qu’il participa à la préparation de la Résolution : « Je crois que le moment est arrivé où vous devez, Dunois, Leiciague et toi exercer sur Cachin et Frossard la pression décisive pour qu’ils prennent enfin parti » (Arch. Renoult, BMP).

Signataire d’un rapport sur sa délégation auprès du Parti socialiste italien, Daniel Renoult joua un rôle de premier plan au congrès de Tours (décembre 1920), tant par ses interventions à la tribune que par ses contacts hors séance avec les centristes. Ses efforts tendirent à limiter la cassure avec les amis de Jean Longuet*. Il avait déjà obtenu de Zinoviev, en octobre lors d’une entrevue à Berlin, la signature d’un procès verbal apaisant qui envisageait la non application de l’exclusion des centristes (groupe Longuet-Faure) s’ils acceptaient les décisions, thèses et conditions de l’IC (document publié dans l’Humanité du 18 novembre). Mais cette concession se trouva annulée par le télégramme brutal de Zinoviev adressé au congrès. Cependant, après le vote d’adhésion à l’Internationale et ce télégramme, il tenta d’argumenter en implorant les reconstructeurs d’accepter un compromis. Tout en assurant qu’il était impensable d’entrer tout de suite en conflit avec le Conseil exécutif de l’Internationale le jour même de l’adhésion, il affirmait n’avoir eu « depuis de commencement de la crise, qu’un désir, celui de vous garder, Longuet, dans le parti révolutionnaire ». A l’issue du congrès Daniel Renoult fut élu membre du comité directeur et batailla de toutes ses forces pour conserver l’Humanité au Parti communiste et dirigea l’Internationale, journal communiste du soir, à partir d’avril 1921. Il créa avec Charles Gonneau* et Eugène Labarre*, la Fédération communiste de Seine-et-Marne.

En 1922, il se trouva au centre d’une grave crise du jeune parti. Le 4 décembre 1921, Zinoviev, à un CE de la IIIe Internationale, se prononçait pour un Front unique avec les sociaux-démocrates. Daniel Renoult s’opposa à cette stratégie en défendant un texte « contre le Front unique avec les chefs, pour l’unité d’action avec les masses ». En 1932 il se défendait d’avoir été droitier comme on l’accusait, mais autour de ce mot d’ordre « se groupèrent à la fois des éléments de droite et des élément de gauche ». Il se trouva en effet l’allié du « Centre Marcel Cachin-Frossard » sur d’autres questions telles la question syndicale et surtout sur la conception du parti. Contre les représentants de l’IC (Walecki et Bordiga), il repoussa ce qu’il appelait « le centralisme oligarchique » à propos de leur proposition de créer une direction étroite, ou petit bureau, car pour lui, le comité directeur était la vraie direction. Il fut réélu au comité directeur et maintenu à la direction de L’Internationale. Mais la non-réélection de Souvarine, qui avait la confiance de l’IC, entraîne la démission de tous les élus de « la gauche » et Daniel Renoult, reprenant un appel de Ker, proposa le repêchage de Souvarine et le retour des démissionnaires, qui refusèrent ce marchandage. Pour résoudre le conflit, il se rendit avec Cachin, Louis Sellier*... au 1er plénum de l’exécutif élargi de l’IC les 21 février-4 mars 1922 puis au 2e les 7-11 juin où il fut vivement critiqué, ainsi que son journal, par Trotsky, mais il fut soutenu par le comité directeur. Manouilski eut un long entretien avec lui à Paris en septembre 1922 sans résultat. Les délégués de l’Internationale pensaient qu’il était sincèrement attaché à l’IC mais « mal entouré, [...] cela le fait glisser de plus en plus dans l’opposition parce qu’il est faible de caractère » (Humbert Droz à Zinoviev, 17 septembre 1922). La gauche ayant progressé, une motion de compromis entre Frossard et Souvarine fut votée au 2e congrès de Paris le 15 octobre par 2 690 voix, alors que le texte de Renoult-Dondicol* n’en obtenait que 696. Il restait à mettre en place la nouvelle direction, ce qui fut arbitré au 4e congrès de la IIIe Internationale (novembre-décembre 1922) où se réunit une commission spéciale sur le parti français qui décida (le 7 décembre) d’attribuer quatre représentants à la fraction Renoult (Barberet*, Fromont*, Arthur Dubus* [oncle par alliance de Maurice Thorez*] et Gérard Werth* ; Robert Lespagnol* étant suppléant). Daniel Renoult s’engagea à appliquer les décisions. Il ne fit pas partie de la nouvelle direction, abandonna L’Internationale en décembre et appela ses camarades à la discipline de parti. Il ne suivit par Frossard quand celui-ci démissionna. Les amis de Souvarine lui demandèrent de rester à l’Humanité comme rédacteur, mais il préféra pendant un certain temps travailler comme correcteur d’imprimerie tout en militant à la base. Il fut admis au Syndicat des imprimeurs, ainsi qu’à la FFTL le 1er octobre 1932.

Il retrouva en 1924 son poste à Humanité comme spécialiste des questions balkaniques. Il accomplit en 1925 un voyage à Sophia pour enquêter sur la Terreur blanche et reprendre la liaison avec le PC bulgare. Il fut par la suite chargé de constituer, avec Marcel Willard*, le Comité de défense des victimes de la terreur blanche dans les Balkans présidé par Henri Barbusse*. Il fut également membre du Comité central du Secours rouge international, secrétaire de rédaction de La Défense et un partisan inlassable de l’amitié franco-soviétique. En France, il fit des tournées de propagande, « notamment dans les fiefs socialistes » et participa à la grève de Douarnenez (Finistère) sur laquelle il écrivit une brochure en 1925. Quelque temps directeur politique de l’Enchaîné du Nord, il fut appelé en 1930 à la rédaction permanente de l’Humanité et collabora à La Voix paysanne.

Candidat aux élections législatives de novembre 1919 dans le premier secteur de la Seine, il fut absent du scrutin de 1924. En 1928, dans la première circonscription de Sceaux, il obtint au premier tour 4 315 voix sur 16 602 inscrits et 13 893 votants (25,9 %) ; au second tour 5 125 voix (30,8 %). Paul Poncet*, républicain-socialiste fut élu. En 1931, il recueillit 5 251 voix au premier tour sur 18 623 inscrits et 15 709 votants (28,2 %) et 6 928 voix au second tour (37,2 %).

Fixé à Montreuil en 1928 (il habitait avant à Fontenay-aux-Roses), Renoult n’en resta pas moins, avec F. Soupé, un responsable communiste de Seine-et-Marne. Ainsi il participa le 29 juillet 1934 à la rencontre avec les dirigeants socialistes qui jeta les bases d’un front commun dans ce département. Tête de liste communiste à Montreuil aux élections municipales de mai 1929 et candidat le même mois aux élections cantonales, il se fit reléguer en seconde position lors des élections municipales de mai 1935 par un membre du Comité central, Fernand Soupé*. Cette désignation n’alla pas sans difficulté comme en témoigne un conseiller, François Isaac*, dans ses souvenirs inédits, Une vie de lutte. Autobiographie, p. 188 (Arch. de l’association du musée de la Résistance) : « Je suis parmi les élus. Le camarade qui est devenu maire est Soupé. A vrai dire il nous est un peu imposé par la direction du parti. Notre section (...) était pour que ce soit notre vieux camarade Daniel Renoult. Avec discipline, nous nous sommes inclinés. Mais, je l’avoue, la grosse majorité du parti n’était pas d’accord. » Renoult devint premier adjoint au maire de Montreuil et fut élu, le 26 mai 1935, conseiller général de la Seine pour le canton de Montreuil. Le congrès de Villeurbanne (janvier 1936) l’élut à la commission de contrôle financier du PCF.

Suspendu de ses mandats électifs par le gouvernement Daladier à l’automne 1939, déchu le 21 janvier 1940, il fut arrêté le 19 décembre 1939, libéré puis arrêté à nouveau le 14 février 1940 ; plusieurs fois inculpé et frappé de mesures répressives, il fut transféré de prisons en camps d’internement durant toute l’Occupation. Après le camp de Baillet, l’île d’Yeu, il fut incarcéré le 10 juin 1940 à la prison du Cherche-Midi ; évacué à Gurs, il bénéficia d’un non-lieu le 24 octobre suivant par le Tribunal militaire permanent de Périgueux. Enfin, il fut interné administratif au camp de Gurs (Basses-Pyrénées) puis à celui de Saint-Sulpice-la-Pointe où il assuma le rôle de responsable à l’organisation communiste.

Il se retrouva enfin aux camps de Nexon, Fort Barreaux puis aux prisons de Castres et d’Eysses. Envoyé à la citadelle de Sisteron, il refusa l’offre d’être libéré proposée par l’avocat Berthon et fut délivré le 21 juillet 1944 par une attaque des les FTP des Basses-Alpes (voir Georges Morand*) dont il rejoignit les rangs. Il prit, après la libération de Digne, la parole à la cérémonie fêtant la Libération de Paris.

A la Libération, le comité local de Libération et la préfecture le nommèrent maire de Montreuil (en remplacement de Soupé qui avait rompu avec le PCF en 1940) et conseiller général du canton. Il fut confirmé dans ces deux fonctions, qu’il conserva jusqu’à sa mort, par les élections de 1945, 1947 et 1953.

Daniel Renoult fut président de l’Union des maires de la Seine, vice-président de l’Association des maires de France et vice-président du conseil général de la Seine. Ses importantes fonctions électives favorisèrent sa désignation au Comité central lors du congrès de Paris (juin 1945), sa réélection à Strasbourg (juin 1947). De 1950 à sa mort, il siégea à la commission centrale de contrôle financier et joua un rôle important au sein de la commission de contrôle politique.

Son dernier acte politique fut sa participation le 1er juin 1958 à la manifestation à Montreuil contre l’investiture du général de Gaulle. Très affaibli, il dut emprunter une voiture. Il devait mourir un mois et demi après, André Grégoire* lui succédant à la mairie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89795, notice RENOULT Daniel, Étienne par Claude Pennetier, mis à jour par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 20 octobre 2010, dernière modification le 10 février 2019.

Par Claude Pennetier, mis à jour par Marie-Cécile Bouju

Daniel Renoult
Daniel Renoult

ŒUVRE : D. Renoult, M. Simonin, La grève de Douarnenez. Ses enseignements. Son histoire, Paris, Lib. de l’Humanité, 1925, 68 p. — « Souvenirs de militants », l’Humanité, 31 mars 1956.

SOURCES : Arch. IISG carton 114. - Arch. Jean Maitron, fiche Batal. — Arch. PPo. 101. — Arch. Dép. Paris (Seine), DM3. — RGASPI, Moscou, Arch. Komintern 495 270 9050 ou 495 270 77, Questionnaires des 6 février 1932 et 3 octobre 1949. — L’Humanité, 18 juillet 1958. — Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes, des pays latins, 1919-1923, Dordrecht, 1970. — Le Congrès de Tours, édition critique, Paris, Éd. Sociales, 1980 (particulièrement la contribution de Jacques Girault). — Sur la crise de 1922 : récit chronologique et textes dans Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste français, Paris, Fayard, 1980, t. I, p. 89-129. — Notes de René Lemarquis.

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