MAITRON Marius

Né le 17 septembre 1880 à La Charité-sur-Loire (Nièvre), mort le 4 octobre 1961 à Pouilly-sur-Loire (Nièvre)  ; instituteur, puis directeur d’école à Pouilly-sur-Loire  ; militant syndicaliste, communiste, coopérateur.

Marius Maitron
Marius Maitron

Fils de Simon Maitron et de Victorine Rochet, Marius Maitron perdit sa mère à l’âge de trois ans. Il fut un bon élève de l’école primaire de La Charité, mais, d’un tempérament accusé, fut surnommé tantôt “Le Pirate”, tantôt “Brav’homme” par les Charitois. Sans doute fut-il l’un et l’autre et, devenu adulte, il se plaisait à conter les “pirateries” où il avait toujours tenu le beau rôle. Trop amoureux de la Loire, amour auquel il demeura fidèle, il dut être admis pensionnaire à l’école primaire supérieure de La Charité après trois visites des gendarmes en une même semaine. Au cours de sa scolarité, il obtint, en août 1892, le 1er prix d’instruction civique et se fit remarquer par ses dessins géométriques d’une grande habileté et surtout, par ses connaissances étendues concernant les animaux et les plantes. Reçu au brevet élémentaire à Nevers en juillet 1896, à l’École normale d’Auteuil le 17 septembre 1898, il fut nommé à Alfortville le 20 septembre 1900 puis le 1er octobre 1902 à Ivry-centre ; à Paris, rue Didot dans le XIVe arr. ; rue des Tournelles dans le IVe arr. en octobre 1905, puis dans la Nièvre, à Saint-Amand-en-Puisaye, en octobre 1907, enfin à Pouilly-sur-Loire le 16 mars 1910. Il y resta jusqu’à sa retraite si l’on excepte un intermède à Garchy (1924-1930), qui lui permit de revenir à Pouilly comme directeur. Marié le 21 avril 1908 avec Hélène Thépénier, née le 5 décembre 1888, institutrice, fille d’instituteur, puis directrice d’école maternelle, ils eurent trois enfants, Jean en 1910, Jeanne en 1912 et Jeannie en 1920.

Syndiqué et syndicaliste, Marius Maitron fut aussi un militant politique et il adhéra au POF de Guesde en même temps qu’il s’abonnait à l’Humanité dès sa création en avril 1904. Il fréquentait les milieux “avancés”, comme en témoigne sa caricature par H. P. Gassier qu’il conserva jusqu’à sa mort. Franc-maçon, il fut successivement rattaché à la loge “l’Avant-Garde maçonnique” de Paris, en novembre 1902, puis à “Science et Travail” de Paris, en février 1905, loge qui, à l’occasion de son mariage, lui remit une médaille portant les noms de Marius et d’Hélène. Devenu nivernais, il appartint à “l’Humanité” de Nevers en juin 1908, puis à la Loge “Philanthropie et Progrès” de Cosne-sur-Loire en janvier 1910. Il cessa par la suite de fréquenter les loges sans rompre pour autant avec la franc-maçonnerie.

Comme instituteur, Marius Maitron fut, dès ses débuts, un maître apprécié des familles et de ses supérieurs, non sans problèmes parfois, étant donné son caractère entier. Un de ses inspecteurs, particulièrement difficile, notait à son sujet en mars 1913 : M. Maitron est “quelqu’un comme maître” mais dans le même rapport il lui reprochait d’avoir “tendance à trop ignorer ce que font les autres et se croire seul détenteur de la vérité”. Marius excellait en de nombreux domaines, sciences et arts notamment, et un éditeur parisien lui offrit même d’illustrer certaines de ses collections destinées aux enfants. Mais la Loire l’attirait : pêche et chasse ; il y devint maître durant de longues années et, en janvier 1946, il tentait encore de ranimer la société de chasse “La Sarcelle” qu’il avait fondée à la veille de la guerre avec son ami Théophile Morin, militant socialiste mort en déportation.

Sur le plan politique, Marius Maitron appartint, au lendemain de la Première Guerre mondiale à laquelle il avait échappé en raison d’une surdité qui s’accentua avec les années, au groupe communiste de Pouilly-sur-Loire. Dirigé par Éloi Bailly, militant particulièrement sectaire, le groupe se vida peu à peu puis cessa pratiquement de se réunir vers 1924. Ranimé par Jean Maitron au temps du Front populaire, avec Marius Maitron comme trésorier et Delhorme comme secrétaire, la section se montra active, organisant de nombreuses réunions à Cosne-sur-Loire et dans la région.

Avant de lutter contre la vie chère au lendemain de la guerre, Marius Maitron avait créé en 1919 la société coopérative “L’Union” qui rayonna très vite sur les communes voisines. Coopérative d’épicerie à l’origine, elle s’étendit au charbon, aux engrais, aux vêtements, etc., et après avoir démarré modestement, elle acquit le plus vaste local de Pouilly. Toutefois, après quelques années d’intense activité, la “Coopé” périclita jusqu’à sa faillite en 1930. Quant à son fondateur, il avait émigré en 1924 à Garchy, distant d’une dizaine de kilomètres, pour revenir comme directeur d’école à Pouilly en 1930. Le 12 février 1934, Marius Maitron et sa femme firent grève, affirmant ainsi leur volonté de défendre la République menacée par les Ligues.

Le Pacte germano-soviétique causa un trouble extrême dans la population pouillysoise et certains habitants rendirent les Maitron responsables de la guerre. La famille Maitron se trouva en butte à des insultes et à des menaces de mort. Afin de prendre date, elle fut contrainte d’adresser une plainte au procureur de la République de Cosne le 24 septembre, qui n’en accusa même pas réception. Et les dénonciations se multiplièrent en vue de faire procéder à des arrestations. Une perquisition eut lieu le 3 mars 1940, sans résultats. Finalement, Marius Maitron fut convoqué par le commissaire de police de Nevers. Il rédigea alors une brève déclaration par laquelle il affirmait qu’antihitlérien hier, il le demeurait aujourd’hui. Quinze jours plus tard, les armées allemandes envahissaient la France qu’elles occupaient bientôt. La situation demeurait critique et, en septembre 1943, l’arrestation fut envisagée. Prévenus par le commissaire de police de Cosne, qui fut par la suite déporté, Maitron père et fils quittèrent la maison, qu’ils regagnèrent peu après, la menace ayant momentanément disparu.

Après la Libération, Marius, déjà âgé, demeura fidèle aux convictions de sa vie mais ne milita plus. Il mourut en 1961 et, comme son père, fut enterré civilement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89738, notice MAITRON Marius, version mise en ligne le 14 octobre 2010, dernière modification le 17 octobre 2017.
Marius Maitron
Marius Maitron
Marius Maitron, son épouse et Jean Maitron enfant
Marius Maitron, son épouse et Jean Maitron enfant

SOURCE : Notes de Jean Maitron et de Michèle Maitron.

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