LAMANDÉ Pierre, Marie, François

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Né le 29 octobre 1918 à Paris (VIe arr.), fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ingénieur agronome ; résistant au sein des FTPF.

Pierre Lamandé était le fils d’un pharmacien, aide-major de réserve première classe. Étudiant en agronomie à Paris, membre de l’Union fédérale des étudiants (UFE), il fit partie du premier bureau de l’Union des étudiants communistes (UEC) en avril 1939.
Marié en novembre 1939 à Houilles (Seine-et-Oise, Yvelines) avec Colette Adam, Pierre Lamandé prit part à la résistance armée dans les rangs des FTP, comme lieutenant-colonel. Les Renseignements généraux le présentaient, lors de son arrestation, comme l’interrégional technique de la région parisienne. Il fut arrêté le 3 juillet 1943, il était en possession d’un inventaire (armes, matériels...) qui correspondait à celui qui fut découvert par la police quelques jours plus tard dans une champignonnière en forêt de l’Isle-Adam.
Il fut condamné à mort par un tribunal militaire allemand le 1er octobre 1943 et fusillé au Mont-Valérien le 6 octobre 1943. Le jour même il avait écrit, de la prison de Fresnes, à sa femme et à ses enfants (une fille [Anne-Marie] et deux garçons [François et Jean]) deux lettres émouvantes aux accents patriotiques.
Il était domicilié à Houilles où une rue porte son nom.

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Dernière lettre
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Ma chère petite femme,
Je viens d’apprendre que je serai fusillé aujourd’hui à quatre heures Je ne te demande pas d’être courageuse, je sais que tu l’es, mais je te demande d’être fière de ton mari, car il meurt parce qu’il a voulu que la France soit libre et heureuse et que volontairement il a donné sa vie pour défendre son idéal ; je sais que la lutte que nous avons entreprise ne sera pas abandonnée et que bientôt la victoire viendra couronner notre sacrifice.
Ma chère petite femme, je suis triste de te quitter, mais je t’ai toujours aimée depuis quatre ans et le souvenir de notre grand amour sera pour toi, j’en suis sûr, d’un, grand réconfort. Nos chers petits sauront te donner tout l’amour que je ne pourrai plus t’accorder. Je les ai bien aimés et je te demande de plus les aimer encore en souvenir de moi.
Tu sauras les élever selon les principes suivant les- , quels nous avons vécu et je suis heureux de penser. qu’ils connaîtront le bonheur et la vie libre pour laquelle nous avons lutté. ils verront enfin cette France libre et heureuse.
Ma chère petite femme, je voudrais encore te dire combien je t’ai aimée, et combien ton amour pour moi fut une joie et un soutien ; le souvenir des jours heureux que nous avons vécus ensemble, le souvenir des jours de peine que nous ayons partagés restent pour moi ma dernière joie. Je regrette de te laisser ainsi seule au début de la vie, mais nos chers petits sont le meilleur gage de notre amour.
Ma chère petite femme, je ne te demande pas de m’oublier ; mais je voudrais que ta douleur ne soit pas trop longue et que tu reprennes courageusement et gaiement le chemin de la vie.
Jusqu’au dernier moment, tu auras été pour moi ma grande joie et ma dernière pensée Dis bonjour et courage tous nos amis, la victoire approche, mon
souvenir à tes parents.
Ma chérie, je t’embrasse tendrement mille et mille fois, mon amour.
 
Pierre
 
Fresnes, le 6 octobre 1943
Mes chers petits enfants,
Votre papa vous envoie cette dernière lettre en priant votre chère maman de vous la lire quand vous serez plus grands.
Votre papa va être fusillé parce qu’il a voulu que notre chère France soit libre et heureuse. Je vous abandonne alors que vous connaissez à peine cette terré, mais je vous laisse la meilleure et la plus aimante des mamans. Elle saura vous donner tout l’amour auquel vous avez droit et elle vous guidera pour que vous soyez de vrais Français, dont votre papa aurait pu être fier.
Sachez que donner sa vie pour son pays n’est pas seulement un sacrifice, mais qu’il est aussi la meilleure preuve de l’espoir que notre pays sera un jour parfaitement libre et heureux.
Ma chère petite Aune-Marie, je te connais bien, je sais que tu n’es pas seulement une jolie petite fille, mais que tu aimais aussi beaucoup ton papa qui te le rendait bien, ma petite chérie. Je te demande de bien aimer ta maman, et de l’aider de toutes tes petites forces, car sa tâche sera rude.
Mon cher petit François, je t’ai quitté quand tu ne marchais pas encore, mais tu montrais déjà que tu m’aimais bien Je sais que tu es intelligent et courageux et que tu seras bientôt digne d’être le chef de notre chère petite famille.
Mon cher petit Jean, je ne t’ai vu qu’une fois, mais j’ai vu que tu seras un garçon beau et intelligent Je te demande de consoler ta maman par tes sourires et tes baisers, et de grandir vite en taille et en sagesse.
Mes chers petits enfants, je vous quitte bien jeunes, mais je vous laisse le meilleur devoir celui d’être les dignes enfants d’un homme qui voulut. lutter jusqu’au bout pour que vous soyez heureux.
Courage, mes chers petits, votre papa vous embrasse bien fort et vous souhaite la vie heureuse et libre qu’il a voulu vous donne.
 
Papa

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89593, notice LAMANDÉ Pierre, Marie, François par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 17 septembre 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo, rapports des RG, juillet 1943. – Site des fusillés du Mont-Valérien. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946, p. 138-141. — Lettres de fusillés, Paris, 1958. – État civil.

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