JOLY René, Pierre, Léon

Par Jacques Girault

Né le 23 décembre 1903 à Jalognes (Cher), mort le 13 octobre 1974 à Paris (Ve arr.) ; professeur de philosophie ; militant syndicaliste ; militant communiste.

Fils d’instituteurs, René Joly, aîné de cinq orphelins, fut élève au collège de Sancerre (Cher), au lycée de Bourges (Cher) puis au lycée Lakanal à Sceaux (Seine). Il fut reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1923. Il obtint en 1926 à la Sorbonne une licence et un diplôme d’études supérieures de philosophie et un certificat d’études supérieures en physique.

Joly adhéra au Parti communiste en 1923 et fut le secrétaire de la cellule communiste de l’ENS deux ans plus tard. Il signa en octobre 1925 la Lettre des 250 au Comité exécutif de l’Internationale communiste, lettre qui critiquait les méthodes de la direction du Parti communiste.

Exempté du service militaire, admissible à l’agrégation de philosophie en 1927 et 1928, Joly enseigna à partir de 1927 et fut nommé professeur de lettres et de philosophie aux lycées de Belfort, d’Épinal (Vosges) en 1928, de Tulle (Corrèze) en octobre 1929, de Bar-le-Duc (Meuse) en janvier 1930, de Chaumont (Haute-Marne) en octobre 1930, au collège de Remiremont (Vosges) en 1932.

En congé de convenances personnelles pendant l’année scolaire 1931-1932 pour préparer l’agrégation avec sa sœur, Joly se maria le 26 décembre 1930 à Chaumont avec Simone Larger, professeur d’éducation physique à l’école primaire supérieure de jeunes filles et à l’École normale d’institutrices de Bar-le-Duc, devenue institutrice à Remiremont, puis à nouveau professeur d’éducation physique au collège de jeunes filles de Brive (Corrèze) après la guerre. Elle exerça dans sa spécialité à partir de 1953 au centre d’apprentissage de jeunes filles de Villemomble puis au lycée Camille Sée à Paris. Le couple eut un enfant.

Son déplacement de Bar-le-Duc à Chaumont résulta d’une distribution de tracts communistes aux militaires. Militant de syndicat affilié à la Fédération unitaire de l’enseignement, de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement, Joly était le secrétaire pédagogique de L’Université syndicaliste en 1934-1935. Actif au cours des grèves de mai-juin 1936, il contribua à la création de nombreux syndicats ouvriers dans le Textile et le Bâtiment. Une pétition de protestation des conseillers municipaux contre l’activité de Joly fut envoyée au rectorat, le 28 juin 1936.

Joly participa à la création de nombreuses cellules communistes, notamment dans les Vosges. Il fut un des artisans les plus actifs du Front populaire dans la région de Remiremont et contribua à la fondation et à l’animation du journal hebdomadaire du Front populaire de Remiremont et de Gérardmer Le Réveil de la Montagne (février 1936-février 1938). Il y rédigea presque tous les éditoriaux signés « Le Volontaire de 92 ». Lors de la conférence départementale des Vosges, il fut délégué au congrès d’Arles (1937), puis, secrétaire de la section communiste de Remiremont, fut nommé membre du comité régional du Parti communiste.

Joly fut le candidat communiste aux élections législatives du 26 avril 1936 dans la circonscription de Remiremont, puis dans la même circonscription à l’occasion de l’élection législative partielle de mai 1939. Au cours de cette dernière campagne électorale, le préfet des Vosges notait à son sujet : « est secrétaire du Parti communiste pour l’arrondissement. Intelligent et actif, a pris dans ce Parti, heureux d’avoir à sa tête dans cet arrondissement modéré un intellectuel, une certaine autorité. » En 1939, il fut assigné par son adversaire PSF (qui fut élu) devant le tribunal correctionnel de Remiremont pour avoir affirmé que la politique du PSF faisait le jeu de Hitler. Il comparut devant le tribunal le 17 mai 1939 ; le jugement fut d’abord remis à huitaine, puis l’adversaire retira sa plainte.

A la fin de septembre 1939, en butte à certaines provocations, ayant subi des violences physiques le 2 octobre 1939, Joly demanda et obtint sa mutation à Clamecy puis à Cosne-sur-Loire (Nièvre). Après convocation par l’inspecteur d’Académie le 25 janvier 1940, il fut frappé, le 25 février 1940, de la peine de retrait d’emploi. Arrêté au début de juin, il fut interné dans divers centres de séjour surveillé (Chibron, Fort-Barraux), puis envoyé dans le Sud-Algérien (camp de Djelfa puis redoute de Bossuet). Libéré, il demanda sa réintégration dans l’enseignement, le 26 août 1942, ce qui fut refusé. Réintégré dans l’enseignement en octobre 1944 avec effet au jour de sa suspension, son épouse enseignant à Brive, il fut nommé au collège classique, devenu lycée, de Brive où il enseigna jusqu’en 1952. Il anima l’association France-URSS du département de la Corrèze. Nommé en 1952 à l’année du Raincy du lycée Charlemagne de Paris où il remplaça le communiste Gilbert Mury*, puis en 1953 au lycée Turgot à Paris, il y termina sa carrière en décembre 1963.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89589, notice JOLY René, Pierre, Léon par Jacques Girault, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 7 février 2011.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F/17 28156. — RGASPI, 517 1 1865, 1908. — Arch. Dép. Vosges, 13 M 80, 81, 82. — Le Réveil de la Montagne, 1936-1938. — R. Martin, Les élections législatives de 1936 dans les Vosges, DES Lettres, Nancy, 1967. — Georges Cogniot, Parti pris, tome 1, D’une guerre mondiale à l’autre, Paris, Éditions sociales, 1977. — Annuaire des anciens élèves de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. — Lettre de René Joly, 1er janvier 1974. — DBMOF, notice par Roger Martin. — Article de Michel Grasseler dans l’Humanité, 5 mai 2003.

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