RUBEL Maximilien, dit Maxime

Par Philippe Bourrinet

Né en 1905 en Galicie austro-hongroise, mort à Paris le 21 février 1996 ; immigré en France en 1931 ; directeur de recherches au CNRS, théoricien français de la « marxologie » après 1945, antistalinien, communiste des conseils et libertaire.

Maximilien Rubel (à droite) et ses amis en 1990 :
Maximilien Rubel (à droite) et ses amis en 1990 :
De gauche à droite : Jeannine Morel, Sophie Moën, Madeleine Bossière, Denise Gontarbert, debout Ngo Van.

Maximilien Rubel naquit à Tchernovtsy (Galicie) dans l’Empire austro-hongrois, en 1905, où sa langue maternelle fut l’allemand. Sa famille était d’un milieu juif cultivé En 1919, cette ville industrielle devint roumaine sous le nom de Cernauti (elle est maintenant ukrainienne depuis 1945).

En 1931, il s’installa à Paris pour terminer ses études de philosophie, sociologie et droit. Il fut d’abord très influencé par le spiritualisme et participa à de petits groupes de discussion littéraires et philosophiques, puis politiques. De 1935 à la guerre, il fit partie du groupe d’études Krishmamurti, du nom de son fondateur, qui préconisait une synthèse du bouddhisme, de l’hindouisme et du spiritisme. Avec René Fouéré, Henri Stepanski, Maximilien Rubel fit partie à partir de 1935 de la 16e section du Droit au travail (DAT). Le DAT se réclamait des thèses abondancistes de Jacques Duboin, qui dénonçait les destructions massives de blé dans les années 1930, alors que des millions d’êtres humains ne pouvaient se nourrir. Le DAT proposait une société où l’État gérerait les moyens de production. Sous l’influence de Georges Valois, qui avait lancé le groupe “Nouvel Age” en 1935, Maximilien Rubel entra dans ce groupe. Georges Valois, qui avait abandonné toute idéologie fasciste et s’était rapproché de La révolution prolétarienne proposait une société basée sur la commune, cellule de “l’économie distributive”, et un syndicalisme de coopérateurs et consommateurs. Le groupe de Georges Valois, auquel participait Rubel, et son ami Roger Bossière, demandait le blocus économique de l’Allemagne et de l’Italie, pour vaincre sans guerre le fascisme. En 1938, Maximilien Rubel publia la revue Verbe - Cahiers humains, qui eut trois numéros. Rubel publia divers articles sous l’anagramme de Lebur.

Politiquement, en 1936, Rubel sympathisa avec les anarchistes espagnols. En mai 1938, il prit l’initiative d’une réunion pour un Front révolutionnaire, à laquelle participèrent Marceau Pivert et des groupes d’extrême gauche. La guerre fit de lui un marxiste et l’amèna à s’intéresser à l’œuvre de Marx, et à son contenu internationaliste. Pendant la guerre, il devint militant en 1942, avec Pierre Lanneret et Roger Bossière ; il contribua - sous la direction de Pavel et Clara Thalmann - à la formation du Groupe révolutionnaire prolétarien à Paris. Il traduisit de nombreux tracts en allemand destinés à propager le défaitisme révolutionnaire parmi les soldats allemands. Il quitta le groupe révolutionnaire prolétarien (devenu depuis 1944 l’Union communiste internationaliste) en 1945.

Après la guerre, il s’engagea à fond dans ses travaux de réflexion sur Marx. Mais il participa, de loin, avec Grandizo Munis, puis avec Ngo Van*, à la formation de l’Union ouvrière internationaliste, de 1948 à 1954. À cette date, autour de lui, de Ngo Van, Sophie Moen (Sophie Gallienne, sa compagne), Lambert Dornier, Sania Gontarbert, Agustin Rodriguez, Edgar Petsch - tous anciens membres de l’union ouvrière internationaliste - se constitua le Groupe communiste des conseils, groupe d’études et de discussions. Rubel échangea une importante correspondance avec le théoricien du communisme des conseils, le hollandais Anton Pannekoek, qui l’influença durablement.

Par la suite, il fut avec Ngo Van*, Daniel Saint-James*, Jean Malaquais*, Serge Bricianer* et d’autres, le principal animateur de la revue Cahiers de discussion pour le socialisme des conseils de 1963 à 1968. En 1963, des contacts furent noués avec la revue surréaliste Front noir, animée par Louis Janover, qui devint le collaborateur direct de Rubel, dans l’édition des œuvres de Marx et celle des Études, puis des Cahiers de marxologie.

Dans les années 1960 et après 1968, il eut de multiples contacts avec les groupes, revues, individus classés comme « ultragauches » ou « anarchocommunistes », ou « communistes de conseils ».

À côté de son édition d’œuvres de Marx, en traduction dans la collection “la Pléiade”, Rubel et son "groupe communiste de conseils" lança en 1984 un “Appel pour une Union mondiale des tendances révolutionnaires”, qui eut peu de succès.

Peu avant sa mort, Maximilien Rubel lança un autre appel pour une « Europe des communautés socialistes » et la création d’une Association européenne des travailleurs.

L’œuvre de Maximien Rubel est loin de se limiter à la « marxologie », qui ne serait qu’une scolastique autour des textes fondateurs du “marxisme”, terme qu’il a toujours rejeté (Marx, critique du marxisme). Elle témoigne d’une tentative de rapprochement entre marxisme et anarchisme, afin de réintégrer dans le socialisme une dimension libertaire d’émancipation humaine. Rubel s’est efforcé de souligner dans la pensée marxienne la critique antitotalitaire sous-jacente du stalinisme, et sa définition d’une nouvelle démocratie ouvrière. Pour Maximilien Rubel, cette critique devait essentiellement dégager de la gangue scolastique et stalinienne la véritable signification humaniste de l’œuvre de Marx. Celle-ci devait se concevoir comme « un courage de l’utopie » pour penser la société du futur, mais une utopie humaniste, s’enracinant dans une véritable éthique socialiste.

Le nom de Rubel reste autant attaché à son travail de « marxologie », d’études du message « libertaire » de Marx, qu’à son travail de traduction et d’édition des œuvres de Marx dans la collection de « la Pléiade ».

Maximilien Rubel mourut à Paris le 21 février 1996.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89547, notice RUBEL Maximilien, dit Maxime par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 4 octobre 2010, dernière modification le 7 septembre 2015.

Par Philippe Bourrinet

Maximilien Rubel (à droite) et ses amis en 1990 :
Maximilien Rubel (à droite) et ses amis en 1990 :
De gauche à droite : Jeannine Morel, Sophie Moën, Madeleine Bossière, Denise Gontarbert, debout Ngo Van.

ŒUVRE : Édition et traduction (en collaboration) des œuvres de Karl Marx, collection La Pléiade, Gallimard, Paris, 1965-1995, Économie, 2 vol. ; Philosophie, 1 vol., Politique I, 1 vol. — Édition de la revue Étude/Karl Marx, depuis 1965, devenue Cahiers de marxologie, codirigée avec Louis Janover. — Pages choisies pour une éthique socialiste. — Karl Marx. Textes réunis, traduits et annotés, précédés d’une introduction à l’éthique marxienne, Rivière, Paris, 1948. — Bibliographie des œuvres de Karl Marx, Librairie Marcel Rivière, Paris, 1956. — Supplément à la bibliographie des œuvres de Karl Marx, Librairie Marcel Rivière, Paris, 1960. — Karl Marx devant le bonapartisme, Marcel Rivière, Paris, 1960. — Karl Marx : essai de biographie intellectuelle, Rivière et cie, Paris, 1971. — Russische Kommune. Karl Marx und Friedrich Engels zur russischen Revolution : Kritik. eines Mythos, Ullstein, Frankfurt am Main, 1972. — Marx critique du marxisme ; essais, Payot, Paris, 1974. — Joseph W. Stalin in Selbstzeugnissen und Bildkokumenten, Rowohlt, Hamburg, 1975. — Marx, théoricien de l’anarchisme, Vent du Chemin, Saint-Denis, 1983. — (avec John Crump), Non-Market Socialism in the nineteenth and twentieth centuries, Saint Martin’s Press, New York, 1987. — Guerre et paix nucléaires ; présenté par Louis Janover, Paris-Méditerranée, Paris, 1987.

SOURCES : Témoignages de Roger Bossière, Ngo Van, Jean Malaquais, Louis Janover. — Avec Maximilien Rubel... Combats pour Marx, L’Insomniaque éditeur, s.l., juillet 1997. — Archives de Maximilien Rubel, déposées à la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine), en cours de classement.

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