VITTORI Antoine-François dit François (dit Colonel RÉMY, dit VERNIOT à Moscou)

Par Claude Pennetier

Né le 9 août 1902 à Isolaccio-di-Fiumorbo (Corse), mort le 23 décembre 1977 à Porri (Haute-Corse) ; agent des PTT puis de l’EDF ; commissaire politique des Brigades internationales ; chef d’état-major des FTP de Corse ; membre du Comité central du PCF de 1946 à 1950 ; député de Corse 1946-1948..

François Vittori
François Vittori

Fils aîné de Ange Vittori, instituteur à Prunelli-di-Fiumorbo (Haute-Corse) qui fut maire de Porri entre les deux guerres, et d’Angèle Nathalie Valentini, ménagère, frère d’Antoine Vittori et d’Aurèle Vittori (en tout quatre frères et deux sœurs qui furent tous communistes ; il évoque aussi une famille de dix enfants dont certains moururent sans doute en bas âge), François Vittori adhéra aux Jeunesses communistes en 1921 et au Parti communiste en 1925 (pendant son séjour moscovite il donnera comme date : mai 1927 pour le PC et 1926 pour la JC qui doivent correspondre à une réadhésion). En 1934, il présentera sa famille comme des « petits fonctionnaires (…) d’origine paysanne ». Salarié depuis l’âge de quatorze ans, il accomplit son service militaire dans la Ruhr en 1923.

Installé à Marseille (Bouches-du-Rhône), il travailla dans un grand magasin, Aux Dames de France, d’où il fut renvoyé à cause de son action syndicale. Commis puis contrôleur des PTT à Madagascar en 1928, après un bref séjour au Maroc qu’il dut quitter, il organisa, avec son ami Édouard Planque, une manifestation à Tananarive le 19 mai 1929. Arrêté ainsi que son ami, il fut révoqué. Édouard Planque et François Vittori constituèrent un groupe communiste et diffusèrent des tracts de leur composition. Ils furent à nouveau arrêtés le 9 octobre 1929. Mis en liberté provisoire, ils furent jugés le 18 janvier 1930 par le tribunal civil de Tananarive et Vittori fut condamné à dix-huit mois de prison et dix ans d’interdiction de séjour. Un incident d’audience lui valut une peine supplémentaire de deux ans de prison pour outrage à magistrat.

Transférés en métropole, ils arrivèrent à Marseille fin septembre et furent emprisonnés à Nîmes (Gard). Libéré le 13 juin 1933, François Vittori vint résider à Paris et se mit à la disposition du Secours rouge international qui l’avait défendu. Il militait également à l’ARAC, aux Amis de l’URSS, à la Ligue anti-impérialiste et au Comité de lutte contre la guerre et le fascisme. Le Secours rouge international l’envoya en délégation en URSS en août-novembre 1933. Il revint à Moscou le 9 juin 1934 avec un passeport espagnol et repartit en France en juin 1935. Peut-être revint-il car il déclarait avoir suivi les cours de l’École léniniste internationale pendant seize mois sous le nom de Verniot, à moins que son premier séjour ait déjà été un stage de formation. Membre du Comité central et administrateur du Secours rouge international (puis du Secours populaire, nouveau nom du Secours rouge international), il se rendit à Toulon en août 1933 pour soutenir des militants communistes poursuivis. Mais interdit de séjour sur le littoral méditerranéen, il fut arrêté et condamné le 29 août à vingt jours de prison. On comprend mal comment il pouvait être le même mois d’août 1933 en URSS. Sans doute ne fit-il pas immédiatement sa peine et put-il partir aussitôt.

Pendant la guerre d’Espagne, François Vittori fut commissaire politique de la 14e Brigade “La Marseillaise” puis de la 45e, de janvier 1937 à juin 1938. Un de ses frères étant mort au combat en juin 1937, il télégraphia à sa mère d’envoyer le quatrième frère pour le remplacer. En 1939, il était l’un des cinq secrétaires du Secours populaire avec Jean Alexandre Chauvet, Émile Alfred Bureau, Charles Désirat et M. Raimond.

Après juin 1940, il réorganisa le Parti communiste en Corse. Sous l’Occupation, François Vittori constitua le premier groupe FTP en Corse, devint responsable des FTP de la région de Bastia puis chef d’état-major de l’ensemble des FTP de Corse. Il figurait sur les deux listes noires de Rouge Midi parues respectivement à la fin octobre 1940 et en septembre 1940. La première le désignait comme membre de la direction régional ayant été arrêté en février 1940. Ces indications semblent être à l’origine de l’arrestation de deux bons camarades actuellement emprisonnés ». La seconde le désignait comme :: « ex volontaire d’Espagne aurait des responsabilités dans le secours populaire de Corse). Dégonflé ». Les accusations figurants sur ces listes noires semblent infondés. On sait maintenant que celui qui établissait ses listes traaillait en liaison avec la police (recherche de Robert Mencheini). En septembre 1943, après l’insurrection et la libération de l’île, il appartint au conseil de préfecture à Ajaccio avec Maurice Choury, Arthur Giovanni, H. Maillot et P. Césari. Il était secrétaire du Front national en Corse.

Revenu à Paris après la Libération, François Vittori fut élu en 1946 conseiller de la République pour un an. Écarté du CC du PCF en 1950, il occupa, selon Charles Tillon, l’emploi de portier au siège du PCF, rue Le Pelletier. et devint président de l’ARAC. À partir de 1950, il fut vice-président de l’Association des volontaires en Espagne républicaine (AVER) et, à ce titre, accompagna une délégation française à Berlin-Est le 15 juillet 1966 pour la commémoration du trentième anniversaire de l’arrivée des BI en Espagne. En 1971, François Vittori devint l’un des présidents de l’AVER. Toujours militant communiste, il appartenait en 1961 au comité de section de la Goutte-d’Or (XVIIIe arr.). Le bulletin oppositionnel “Unir” signalait en 1969 que François Vittori avait été sanctionné. Il était, selon la police, en relation sporadique avec ce groupe.

À sa mort, l’Humanité et Madagascar-Matin lui rendirent hommage. Sa femme, demeurant à Compiègne (Oise), continua à cotiser à l’AVER. François Vittori était titulaire de la médaille de la Résistance. Une rue de Tanamarive porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89523, notice VITTORI Antoine-François dit François (dit Colonel RÉMY, dit VERNIOT à Moscou) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 14 septembre 2015, dernière modification le 11 mai 2018.

Par Claude Pennetier

François Vittori
François Vittori

SOURCES : RGASPI, dossier personnel (questionnaire rempli à l’École léniniste et questionnaire de 1949-1950 dans lequel il passe sous silence son passage par l’École léniniste internationale). — Arch. J. Maitron (fiche Batal). — Maurice Choury, Tous bandits d’honneur, Paris, 1956. — Charles Tillon, On chantait rouge, Paris, Robert Laffont, 1977. — PCF décembre 1937-juin 1945. Du congrès d’Arles au congrès de Paris. — Francis Arzalier, Héroïsme politique et désir de pouvoir. Destins militants parallèles  : de la diaspora corse au Panthéon sacrificiel de la nation française, Colonna éditions, 2013. — L’Humanité, 24 décembre 1977 et 15 février 1978. — Madagascar-Matin, 6 janvier 1978. — Notes de P. Boiteau et A. Olivesi. — DVDROM Aeri, notice par Hélène Chaubin. — État civil. — Renseignements communiqués par Marie-José Augey-Vittori..

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