UNI René, Julien, Henri. Pseudonyme à l’ELI : MONIER Marcel

Par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier

Né le 31 janvier 1903 à Marsillargues (Hérault), mort le 27 mars 1968 à Talence (Gironde) ; élève de l’ELI 1930-1931 ; secrétaire régional du Parti communiste en Meurthe-et-Moselle (1931-1939) ; membre suppléant du comité central du PCF en 1937.

Ouvrier agricole à Marsillargues, René Uni avait été membre de la CGT de 1920 à 1923. Il s’était syndiqué à la Fédération unitaire de l’Agriculture l’année suivante. Il devint secrétaire du syndicat des ouvriers agricoles de Marsillargues. Il avait adhéré au Parti communiste en 1923. En 1930, il était membre du comité régional du Parti communiste, secrétaire et trésorier adjoint de la cellule communiste de Luvel-Marsillargues. Il suivit en juin 1930 l’école régionale du Sud-Ouest. L’appréciation portée était la suivante : « expérimenté. Certaines déviations localistes faciles à déraciner. Grandes possibilités de développement. Actif. Bon orateur. Écrit bien. Organisateur. Sait parler aux masses. »

Désigné pour être élève de l’École léniniste internationale à Moscou pendant les années 1930-1931. Il appartenait au 4e contingent, pour une durée de 3 ans, avec Charles Fréchard, Raymond Meunier et Gaston Coquel. Il y côtoya Waldeck Rochet arrivé quelques mois avant avec le 3e contingent. De retour en France au bout de deux ans, il fut affecté comme secrétaire régional du Parti communiste en Meurthe-et-Moselle (région qui comprenait en outre la Meuse et les Vosges), succédant ainsi à Jean-Marie Minard et Guy Jerram. Il vivait de façon austère, dans une chambre meublée, à Nancy et, d’après un rapport de police de mai 1934, « il n’exerce pas de profession et consacre tout son temps à la propagande subversive ».

Le 28 décembre 1934, René Uni comparut devant le tribunal correctionnel d’Épinal pour “provocation au meurtre” en réunion publique, le 2 août 1934 à Épinal. Il fut condamné à un mois de prison avec sursis et 100 F d’amende. Militant très actif, agissant avec souplesse, préconisant l’unité d’action avec le Parti socialiste, il sut gagner la confiance des militants locaux du Parti communiste et renforça rapidement le parti dans la région. En 1939, celui-ci comptait 5 600 adhérents, 119 cellules locales et 41 cellules d’entreprise.
René Uni s’était imposé comme principal dirigeant régional et participa à plusieurs campagnes électorales. Il fut candidat à l’élection législative partielle de Bar-le-Duc (Meuse) en 1933, puis à l’élection législative partielle de Remiremont (Vosges) en 1934, ainsi qu’aux cantonales à Longwy, la même année. Représentant son parti aux élections législatives de 1936 dans la 1re circonscription de Nancy, il recueillit 3 030 voix sur 23 274 inscrits. Il participa à la campagne pour les élections cantonales en 1937, à Nancy-Est et sillonna la circonscription de Remiremont à l’occasion de l’élection partielle de 1939. Le congrès d’Arles (décembre 1937) l’avait élu membre suppléant du Comité central. D’après Camille Thouvenin, René Uni avait pris de sérieuses responsabilités pendant la guerre d’Espagne. Le siège du PC servait de bureau de recrutement pour les Brigades internationales, faisant de Nancy une plaque tournante du recrutement régional.

Le 29 août 1939, le comité régional plaça Camille Thouvenin à la tête de la direction clandestine. René Uni fut arrêté le 15 septembre 1939 à Nancy (on lui reprocha par la suite de s’être rendu lui-même à la convocation de la police malgré les consignes du triangle de direction), condamné à deux ans de prison et évacué à Bordeaux le 13 juin 1940. Il passa toute la guerre en prison.
René Uni s’était marié en 1935 avec une institutrice de Verdun, Andrée Suzanne Carricart, militante communiste qui fut également arrêtée. Un deuxième enfant était né le 9 août 1939. Il séjourna en prison avec sa mère. Détenue à Bains-les-Bains, elle réussit à s’évader au moment de l’arrivée de Allemands et gagna Paris. Là, elle manifesta son désaccord avec la politique du Parti communiste et fut dénoncée par l’Humanité clandestine puis par la “Liste noire” établie par le Parti communiste. Elle fut en effet inscrite sur la liste noire n° 9 de 1944 comme « traître à son parti. Elle est passée au service de la Gestapo », jugement qui n’est pas à prendre à la lettre. La fille de Renée Uni (fille du second mariage) nous écrit en 2011 : « Nous avons beaucoup de mal à adhérer à la version "traitrise" car tous ceux qui l’ont connu avant la guerre ne peuvent pas le croire ».

René Uni a été interné politique pendant 5 ans dans différents camps en France. Il a fait 36 mois de cachot durant son internement et fut un des instigateurs de la révolte de la centrale d’Eysses.

Il aurait été exclu du Parti communiste en raison de l’attitude de sa femme et de son refus de la condamner. Installé à Bordeaux en 1945, il se maria dans cette ville en 1946 avec Jacqueline Brel, militante communiste, arrêtée fin 1939, condamnée à trois ans de prison par un tribunal spécial pour propagande communiste clandestine pendant la l’Occupation puis résistante. Elle était née le 10 décembre 1914 à Agen et mourut le 04 juin 2007 à Pau. Vendeuse dans un magasin "les Dames de France" à Bordeaux, elle travaillait au CDL (Comité de Libération) à la libération ; à partir de 1946 elle se consacra à sa famille.

René Uni eut une fils en 1947 et une fille prénommée Florence, en 1950. Il serait redevenu membre du Parti communiste mais sans y occuper de fonctions importantes. Il était journaliste aux Nouvelles de la Gironde (journal communiste) à Bordeaux en 1950. Il passa un concours d’administration de l’Éducation Nationale. Selon sa fille, « Il fut reçu, mais finalement écarté en tant que communiste. Il plaida lui-même et gagna son procès contre l’État. Il fut donc intégré en tant qu’adjoint administratif à l’inspection académique de Bordeaux. Dans les années 1960, il se présenta au concours de Secrétaire d’Administration Universitaire et il fut reçu ».

Selon la mémoire familiale, dans les années cinquante il allait encore avec sa femme à des réunions communistes, puis il prit petit à petit ses distances. L’entrée des chars russes en Hongrie en 1956 avait ébranlé ses convictions.

René Uni décéda en 1968 des suites d’une artérite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89516, notice UNI René, Julien, Henri. Pseudonyme à l'ELI : MONIER Marcel par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 septembre 2010, dernière modification le 13 octobre 2011.

Par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 455 270 1721. — 517 1 998 517 1 1111. — Arch. Nat F7/13130 et 13133. — Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, série M. — Arch. Dép. Vosges, 13 M 77. — Arch. PPo. 88. — L’Est ouvrier et paysan, 1933-1935. — La Voix de l’Est, 1935-1939. — R. Martin, Les Élections législatives de 1936 dans le département des Vosges, DES, Nancy, 1967. — Témoignages de C. Thouvenin, Ph. Mioch. — Bernard Pudal, Formation des dirigeants et évolution du mouvement ouvrier français, le cas du PCF, 1934-1939, thèse de doctorat de science politique, Paris I, 1986. — Notes Sylvain Boulouque. — Témoignage de sa fille, Florence Fouquet.

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