RIGAL Albert [RIGAL Jean dit Albert ]. Version DBK

Par Bernard Pudal

Né le 18 janvier 1900 à Bordeaux (Gironde), mort le 25 septembre 1984 à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) ; ouvrier ; secrétaire du rayon communiste de Nice (Alpes-Maritimes) puis du 4erayon de la région parisienne ; député du IVe arr. de Paris (1936-1940) ; conseiller municipal du 5e secteur de Paris (1945-1947) ; député du Loiret (1945-1951) ; résistant.

Issu d’une famille de petits paysans, le père d’Albert Rigal, qu’un héritage insuffisant obligea à l’ouvriérisation, après être devenu ouvrier agricole dans le vignoble bordelais, s’installa comme ouvrier plombier à Bordeaux. Jean Rigal — dit Albert — y naquit le 18 janvier 1900 mais c’est à Cussac, chez un oncle qualifié de notable (“ notable du pays qui possédait une assez grande propriété : terres, bois, vignes, et, ce qui ne gâchait rien, un café-hôtel-restaurant”, Souvenirs inachevés ) qu’il fut élevé, y effectuant sa scolarité élémentaire dans le primaire public et y passant avec succès son Certificat d’études primaires. De retour à Bordeaux, il fut embauché comme manœuvre, à l’âge de treize ans, aux chantiers navals Dyle et Bacalan. Là, on lui proposa un emploi aux écritures qu’il répugna à accepter. En 1917, après une intervention chirurgicale au foie, assez grave pour qu’il fût hospitalisé plusieurs mois, il dut entreprendre un nouvel apprentissage de mécanique auto, dans un garage Peugeot. Plusieurs formes de menue résistance marquent cette période d’apprentissage : la résistance enfantine contre la férule des “petits-chefs” des chantiers ; le refus d’une promotion individuelle ; le désir de n’être pas fixé à une entreprise. Collectionneur d’images de France diffusées dans les tablettes de chocolat, et qui alimentent aussi son désir d’évasion, de “vagabondage”, Albert Rigal qui a “une envie folle de parcourir toutes ces régions”, saisit la première occasion pour quitter Bordeaux. Il devint chauffeur de maison. En cette époque d’invention du tourisme, son périple le conduira assez logiquement des Pyrénées à la Côte d’Azur, puis en Algérie et en Italie, suivant l’humeur et les moyens des maîtres qu’il servait.

S’il lisait l’Humanité depuis la fin de la guerre, cette lecture n’était pas encore identifiée par lui comme un acte militant, ni même engagé. Installé à Nice au moment des élections législatives de 1924 et, toujours chauffeur, conduisant d’étranges “rabatteurs” de voix dont il surprit les machinations, il donna son adhésion au Parti communiste, sous le coup de l’indignation. Adhésion éphémère, ou plutôt précaire, qu’il confirma à Paris où le conduisit son travail. C’est un mécanicien communiste qui s’employa à parrainer ce jeune adhérent, qui n’en était encore qu’aux prologues d’un engagement réel, en lui donnant à comprendre, peu à peu, qu’une réunion de cellule dans le sous-sol d’un immeuble du quartier de l’Étoile ne l’entraînerait pas nécessairement dans la clandestinité et les complots... ou en lui apprenant à reconnaître l’importance de certains événements, comme le congrès de Tours, sans le prendre “pour un pauvre type” comme lui en sera reconnaissant Albert Rigal. Ces quelques anecdotes, rapportées dans les souvenirs d’Albert Rigal, témoignent assez bien du rapport d’extériorité au monde de la politique “légitime” qui caractérise nombre de militants ouvriers au moment de leur initiation à la politique.

De retour sur la Côte d’Azur où il s’installa de 1924 à 1928, Albert Rigal devint communiste. À la JC d’abord, puis au secrétariat à l’organisation de la section communiste de Nice en 1927, il se forma sous la direction politique de Virgile Barel, assista aux soirées éducatives d’un professeur de philosophie, L. Monod, organisa même une soirée théâtrale où l’on donna Le client sérieux de Courteline.

Fin 1927, le cadre militant qu’il est devenu décida de mener la lutte dans les grandes entreprises métallurgiques de la région parisienne. Il s’ouvrit de ce projet à Roger Duisabou, alors secrétaire de la région marseillaise du PC, puis décida de s’installer de sa propre initiative à Paris. A peine arrivé, il se rendit au 120 rue Lafayette où il fut reçu par Alfred Costes. Organiser devint alors son maître-mot. De 1928 à 1931, ouvrier chez Citroën, chez Alsthom, quelque temps chez Hispano-Suiza, Albert Rigal se transforma en militant communiste et syndical (CGTU) de la métallurgie. Licencié à plusieurs reprises, et devenu un spécialiste de l’action de masse, il se vit confier par la direction du PC sa première mission de militant appointé lors des grèves du Textile du Nord de juin-juillet 1931. De retour à Paris, il entra progressivement dans l’appareil du PC. Secrétaire du rayon du IVe arr. de 1933 à la guerre, l’un des responsables du service de sécurité de la direction du PCF, il assuma aussi certaines responsabilités à la coopérative “La Famille nouvelle”.

Candidat communiste aux élections législatives de 1936 dans le IVe arr. de Paris, Albert Rigal fut élu contre toute attente, au deuxième tour, le 3 mai, par 8 217 voix contre 7 140 à son adversaire du Front républicain, Bloch. Cadre polyvalent du Parti communiste, on lui confia de multiples missions : en juillet 1936, il participa à la campagne électorale qui se déroula à Ajaccio, puis en septembre dans les Pyrénées, par suite des annulations des législatives de mai 1936. Député du “coeur” de Paris, doublé d’un rôle de sécurité, il participa à de nombreuses délégations internationales, de 1937 à 1939 (il accompagna Gaston Monmousseau à Stockholm pour le 1er mai 1937 ; l’avocat Paul Vienney en Tchécoslovaquie, en 1938, pour une mission d’information sur les camps d’internement, etc...). Parallèlement, Albert Rigal fut l’un des cadres du PCF mobilisés pour l’aide à l’Espagne républicaine où il effectua de multiples voyages. Le Pacte germano-soviétique n’ébranla en rien ce militant discipliné dont toute l’énergie fut investie dans la réalisation pratique et organisationnelle de la politique du PC. Déchu de son mandat de député en 1940, il se coula aisément dans la clandestinité. Chargé, en 1940, de la sécurité de plusieurs dirigeants communistes dont il organisa les caches, puis envoyé durant la guerre dans les départements du Cher, Loiret, Loir-et-Cher, Vienne et Yonne, il participa activement à la Résistance, dont il fut l’un des principaux organisateurs régionaux, s’installant à Tours puis à Orléans. En août 1944, Jacques Duclos lui confia (avec Jean Chaumeil), pour le compte du comité parisien de Libération, la tâche de s’emparer de l’imprimerie du Petit parisien, rue d’Enghien, afin de faire reparaître au plus tôt l’Humanité (21 août 1944). Élu conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine en 1945, député aux Assemblées constituantes, il fut député du Loiret de 1946 à 1951. Cadre chargé de missions de représentation (nombreuses délégations internationales) et responsable parisien du PCF (secrétaire de la section du PCF du IVe arr. de 1952 à 1957), Albert Rigal achèvera sa carrière comme vétéran du PCF en mettant son activisme au service de la vente des livres d’art édités par les maisons d’édition du Parti communiste. À la fin de sa vie, il entreprit de rédiger ses souvenirs en vue de les publier, mais l’âge et la maladie eurent raison de cette entreprise autobiographique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89490, notice RIGAL Albert [RIGAL Jean dit Albert ]. Version DBK par Bernard Pudal, version mise en ligne le 30 septembre 2010, dernière modification le 1er août 2015.

Par Bernard Pudal

SOURCES : RGASPI, 495 270 8483. — Arch. Nat. F7/13108, 13119, 13771, 13784. — Arch. PPo. 321. — Entretiens et manuscrits autobiographiques d’A. Rigal. — La Voix du peuple au Parlement, p. 21. — Dict. parl., op. cit. — A. Doyen, Rétrospectives, 40 ans de lutte, Les Éd. du Scorpion, 1963. — B. Pudal, Prendre parti, pour une sociologie historique du PCF, PFNSP, 1989. —

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