MATHIEU Lucien [MATHIEU André, Lucien ] Version DBK

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 6 octobre 1896 à Pantin (Seine), mort le 15 juin 1981 à Draguignan (Var) ; membre du comité central du Parti communiste (1926) ; élève de l’ELI en 1928 ; dirigeant du syndicat unitaire des travailleurs de la Viande.

Son père, Victor Mathieu, enfant naturel comme sa mère, était garçon boucher aux Abattoirs de Grenelle depuis 1870. Ayant organisé en 1882 un syndicat, il se rallia en 1914 à l’union sacrée puis devint antimilitariste en 1916 et, en 1918, entra au Parti socialiste SFIO qu’il quitta six mois plus tard. La mère de Lucien Mathieu n’était jamais allée à l’école. C’est son mari qui lui apprit à lire.
Lucien Mathieu travailla dès l’âge de douze ans et demi comme métallurgiste mais tomba malade trois mois plus tard et fut sans emploi durant trois ans. Après avoir été garçon de courses puis comptable, il entra en 1912 comme boucher aux Abattoirs de la Villette. Syndiqué à la CGT, il était d’idées libertaires et lisait La Guerre sociale de Gustave Hervé.

Incorporé le 12 avril 1915 au 36e régiment d’infanterie, il demeura au front jusqu’à fin 1916 puis déserta selon le rapport qu’il établit sur sa vie militaire durant la guerre alors qu’il était en 1924 élève à l’École du Parti communiste de Bobigny. Condamné à deux ans de prison, renvoyé au front, à nouveau déserteur, arrêté, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés et déporté en Algérie. De retour au front en 1918 où il rencontre un ouvrier du Bourget favorable à la révolution russe, blessé en juin, évacué à Tours, il regagna le front, fit l’occupation de la Rhénanie et prit contacts avec les sociaux-démocrates. Il fut arrêté en juin 1919 par avoir donné de la nourriture à des Allemands, puis libéré, avant d’être démobilisé le 11 octobre 1919.
Il adhéra aussitôt au Parti socialiste et au syndicat. Membre du Parti communiste, favorable à l’Internationale et à la bolchevisation du Parti, Mathieu organisa une cellule aux Abattoirs de la Villette. Devenu garçon boucher à la coopérative ouvrière pour l’exploitation des sous-produits des abattoirs, rue du Pont-de-Flandre, dont son frère Alexandre était l’administrateur délégué et qui avait été fondée par Georges Beaugrand*, il devint membre de la commission exécutive du syndicat général des travailleurs de l’industrie de la Viande. Il fut délégué des abattoirs de La Villette au congrès ouvrier tenu les 4 et 5 juillet 1925.

Lucien Mathieu participa au congrès constitutif de la 25eUnion régionale des syndicats unitaires comprenant la Creuse, la Corrèze, la Dordogne et la Haute-Vienne qui se réunit à Limoges le 14 mars 1926. Il fut élu secrétaire général, assisté de Lacombe, secrétaire adjoint, de Laclautre, trésorier, de Boisjou, trésorier adjoint, de Ratier ou Picard, archiviste.

Secrétaire régional du PC, il participa au Vecongrès (Lille, 20-25 juin 1926) ; il s’y montra très critique à l’égard de la direction du parti et des instructeurs qu’elle envoyait en province. Néanmoins, il fut élu au Comité central. Au IIecongrès de la 25e Union régionale qui se tint en 1927 à Saint-Junien (Haute-Vienne), il présenta le rapport moral.

En 1927, il fit partie de la délégation française qui se rendit à Moscou, en novembre, lors des fêtes du Xe anniversaire de la Révolution russe. Après avoir effectué un stage à l’École léniniste internationale de Moscou en 1928, Lucien Mathieu retourna comme instructeur dans la région limousine et devint, en 1928-1929, secrétaire régional. En 1928 il était secrétaire du syndicat unitaire des travailleurs de l’industrie de la viande et demeurait 8 passage Berthier à Pantin. En 1929, il redevint membre du Xe rayon de la Région parisienne. Cette année-là, il fut candidat aux élections municipales dans le XIXe arr. de Paris (Pont-de-Flandre). Il obtint 1 038 voix puis 1 145 (second tour) sur 3 726 inscrits mais rompit quelques mois plus tard avec le Parti communiste. Il fut exclu du Parti communiste le 10 octobre 1929. Il fut inscrit sur la liste noire n° 4 de mars 1935 : « exclu du Parti communiste en 1929. Devenu chevillard à l’abattoir de la Vilette. Individu suspect, toujours mêlé dans les affaires les plus louches ; a été pendant deux ans responsable syndicale dans la région Limousin. En 1929, pendant la campagne des élections municipales, a eu attitude de provocateur. ». Sa photo était rendu publique.
Lucien Mathieu s’était marié en 1949 à Paris (IXe arr.)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89469, notice MATHIEU Lucien [MATHIEU André, Lucien ] Version DBK par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 29 septembre 2010, dernière modification le 21 octobre 2013.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 271 6430. — Arch. Nat. F7/13023,13734. — Arch. PPo. 318, février 1929. — Vecongrès national du Parti communiste français, compte rendu sténographique, Bureau d’éditions, 1927. — L’Humanité, 2 février 1924, 4 août 1927. — Le Temps, 7 et 14 mai 1929. — BEIPI, n° 90, 1-15 juin 1953. — État civil. — Arch. F7 13844, rapport du 23 novembre 1928. — A. Kurella, La Génération communiste, 1925 (en russe, traduit par Macha Tournié). — Notes de Sylvain Boulouque.

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