LUAUTÉ Raymond, Henri. Pseudonyme MÉNARD Louis à l’ELI

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 13 février 1905 à Paris (XIe arr.), mort en déportation le 15 février 1945 à Orianenburg (Allemagne) ; ouvrier bijoutier ; secrétaire de la section communiste du XXe arr. de Paris ; élève de l’ELI en 1935-1936.

Ecole communiste parisienne de juillet 1935
Ecole communiste parisienne de juillet 1935
Raymond Luauté est à gauche, le long de la balustrade, au 3e rang, avec des lunettes. On reconnaît Étienne Fajon au 2e rang, 2e.

Raymond Luauté était le fils d’ouvriers chrétiens aisés « menant une existence petite bourgeoise ». Son père était tourneur en optique, sa mère, ancienne ouvrière vernisseuse, avait cessé de travailler. Après sept années à l’école communale, il obtint son certificat d’études primaires et commença à sa vie professionnelle en juillet 1918 comme apprenti bijoutier. La crise frappa sa profession et (après avoir été typographe chez mon oncle, Nicolas Luauté, de 1927 à 1929), il abandonna définitivement son métier de bijoutier pour devenir successivement employé aux écritures dans une compagnie d’assurances et encaisseur à la coopérative des PTT. Il reprit encore son premier métier où il connut de nombreux mois de chômage. Il effectua son service militaire en 1926 comme mitrailleur, puis affecté, sans grade, aux écritures. Sportif, syndicaliste, membre du Secours ouvrier immédiat, il s’était marié en 1933 avec une ouvrière en chaussures, originaire de Kichineur (Bessarabe roumaine) où elle avait fait des études secondaires. Sa famille avait émigré en Belgique en 1928 puis en France en 1934 où son père, sans fortune, était professeur d’hébreu. Elle était membre du Parti communiste ainsi que sa sœur et son beau-frère également employés dans l’industrie de la chaussure.

Raymond Luauté adhéra au Parti communiste en juin 1931 après l’avoir demandé en octobre 1930. Il suivait alors le travail de la fraction communiste du syndicat unitaire de la bijouterie dont il était membre depuis 1924 et dont il devint trésorier fédéral en 1932. Il occupait également la fonction de secrétaire adjoint de la section du XXe arr. en 1932-1933. Luauté milita successivement dans une cellule communiste du 7e rayon en 1931, puis au sous-rayon du XIe en 1932 et enfin en 1933 dans le XXe arr. où il remplit la tâche de secrétaire de cellule d’octobre 1933 à octobre 1934 et fut membre du comité de rayon. Désigné comme secrétaire de ce rayon, il fut nommé à la conférence de Paris-Ville de mars 1935, membre du comité régional. Il suivit une école par correspondance du parti en 1933 puis en juillet-août 1935 l’école de la région Paris-Ville. Il avait déjà lu le Manifeste communiste et d’autres œuvres de Marx ainsi que des ouvrages de Boukarine et Lénine.

Chômeur, désigné pour suivre les cours de l’ELI, Raymond Luauté arriva en URSS le 17 novembre 1935 ; son permis de séjour était au nom de Louis Ménard. La direction de l’École demanda une prolongation de séjour le 25 octobre 1936 et il était déclaré partant au début 1937. Le rapport de fin d’études date du 13 juillet 1936 : il était excellent. Le responsable, Garnier (Louis Monnereau*), indiquait qu’à son arrivée Luauté avait un niveau politique plus élevé que la moyenne du contingent et qu’on pouvait le considérer « comme l’un des camarades les plus forts du secteur [secteur I « francophone ») tant au point de vue académique que politique ». Il comprenait « les tâches nouvelles qu’impose le développement du mouvement en France ». Un rapport figurant dans le dossier d’un autre élève, Raymond Loche dit Raymond François : « Du point de vue politique on peut le comparer avec Ménard et Durand, du 2e cercle (…) il n’a pas, à mon avis, la souplesse de Ménard, ni la même facilité de persuasion et il serait un peu mois profond dans l’analyse des problèmes politiques. » (495 270 1394).

Luauté fut volontaire en Espagne républicaine et combattit dans les Brigades internationales.

À son retour en France, il collaborait aux Cahiers du bolchevisme. Il condamna l’auteur d’un article pour avoir laissé passer dans la presse de l’Oise, un article daté 24 juin 1939, d’un auteur qualité de « trotskyste ». La rédaction de la revue rappela que « le trotskysme représentait l’agence du fascisme au sein du mouvement ouvrier ».

Domicilié rue de Bagnolet, il fut arrêté avec son épouse en janvier 1941, condamné le 31 mars 1941 par le tribunal de la Seine à deux ans de prison pour propagande communiste. Sa femme eut une condamnation de 4 mois. Transféré de la Santé à Fresnes le 3 mai 1941, détenu à la prison centrale de Poissy depuis le 21 décembre 1941 il fut proposé pour l’internement le 29 juillet 1942.

Il fut déporté le 8 mai 1943 au départ du camp de Royallieu à Compiègne vers Sachsenhausen-Orianenburg où il mourut.

Il laissait trois enfants : deux jumeaux Annie-Madeleine et Jean-Pierre, nés en 1938.

Une plaque est apposée au 86 rue de Bagnolet où il habitait.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89462, notice LUAUTÉ Raymond, Henri. Pseudonyme MÉNARD Louis à l'ELI par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 29 septembre 2010, dernière modification le 15 mars 2015.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Ecole communiste parisienne de juillet 1935
Ecole communiste parisienne de juillet 1935
Raymond Luauté est à gauche, le long de la balustrade, au 3e rang, avec des lunettes. On reconnaît Étienne Fajon au 2e rang, 2e.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1766 : autobiographie du 19 novembre 1935 ; questionnaire d’entrée à l’ELI du 18 novembre 1935 ; rapport de Garnier du 13 juillet 1936 ; documents sur son arrivée et départ d’URSS ; RGASPI, 531 1 176, liste de 34 élèves dont le passeport a expiré, avril-novembre 1936. — Arch. PPo, activités communistes pendant l’Occupation, carton 3.— Les Plaques commémoratives de Paris, La Documentation française, 1981.— Les Cahiers du bolchevisme n° 3, 10 avril 1937 : « La presse régionale communiste au service du peuple ».— La Fondation pour la mémoire de la déportation, Le livre mémorial…op.cit..— Note de Jean-Pierre Besse.

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