LEJEUNE Max, Marius, Achille

Par Julien Cahon

Né le 19 février 1909 à Flesselles (Somme), mort le 23 novembre 1995 à Abbeville (Somme) ; professeur ; militant socialiste SFIO à Paris, secrétaire des Etudiants socialistes, secrétaire national adjoint des ES ; militant socialiste SFIO dans la Somme, secrétaire fédéral à la propagande (1945-1952) puis secrétaire fédéral politique (1952-1969), membre de la direction nationale ; militant du MDSF devenu PSD, composante de l’UDF, président national du MDSF devenu PSD (1973-1955), membre du conseil national et du bureau fédéral de l’UDF (1977-1978) ; député (1936-1942 et 1945-1977) puis sénateur (1977-1988), conseiller général d’Abbeville-sud et président du conseil général (1945-1988), conseiller régional (1973-1983) et président du conseil régional (1978-1979), maire d’Abbeville (1947-1989) ; ministre dans onze gouvernements de la IVe et de la Ve République.

Issu d’une famille rurale, fils de Paul Lejeune et de Berthe Crognier, instituteurs, Max Lejeune passa son enfance (jusqu’à 13 ans) aux Moulins-Bleus, cité ouvrière incorporée à la commune l’Etoile (Somme), dans la vallée de la Nièvre, où enseignaient ses parents. Le père de Max Lejeune, combattant de la guerre 14-18, électeur radical-socialiste adhéra à la SFIO dans l’entre-deux-guerres. Paul Lejeune assura la direction du Cri du peuple, organe de presse hebdomadaire de la fédération socialiste de la Somme, il fut au sein la fédération SFIO de la Somme un partisan de Léon Blum, au moment où son fils défendait farouchement les positions de Paul Faure.

Après de brillantes études au lycée d’Amiens en qualité de boursier , il passa son baccalauréat en sciences-langues puis philosophie, à Lille. Admis avec la mention bien, il poursuivit ses études à la Sorbonne où il obtint une licence ès lettres en 1930 puis, en 1932, un diplôme d’études supérieures en géographie (il rédigea un mémoire de géographie physique, économique et humaine sur le Vimeu), tout en gagnant sa vie comme maître au pair (1928-1929), maître d’internat (1929-1931) au collège Chaptal puis à l’école primaire supérieure Jean-Baptiste Say (1931-1932). Il devint répétiteur dans cette EPS (1932-1934) puis professeur (1935-1936). Il effectua son service militaire d’octobre 1934 à octobre 1935.

En 1929, il adhéra aux Étudiants socialistes, puis à la huitième section SFIO de la Seine, où il appartenait à la tendance de la Bataille socialiste de Marceau Pivert, et où il devint un familier de Paul Faure. A la même époque, il entra à la Ligue des droits de l’Homme. Tête de liste socialiste, il fut élu au conseil de discipline de la Sorbonne, où il avait fondé le groupe d’histoire moderne. Après avoir été secrétaire du groupe des Étudiants socialistes de Paris et secrétaire-adjoint de la fédération nationale des ES jusqu’en 1934, il devint l’un des plus fougueux propagandistes de la fédération socialiste de la Somme et un farouche partisan de Marceau Pivert. Son influence fit d’Abbeville l’arrondissement où l’implantation de la SFIO était la plus forte, avec 57 sections, soit la moitié des sections et 40% des militants du département. Dès ses débuts, il se fit remarquer par sa méfiance vis-à-vis du Parti communiste, auquel il portait fréquemment la contradiction lors de réunions publiques. Cependant, conscient du péril fasciste , il souscrivit à la politique du Front populaire. Candidat dans la première circonscription d’Abbeville, Max Lejeune rédigea à cette occasion une brochure électorale originale intitulée Pourquoi je suis socialiste, dans laquelle il exposait les motifs de son adhésion à la SFIO. Dans sa profession de foi, il prit énergiquement position contre les décrets-lois des gouvernements Doumergue et Laval qu’il accusait d’être la cause de la crise économique de l’époque. Descendant de paysans, il demanda aux travailleurs du sol de se rallier au drapeau socialiste. Pour combattre la crise, Max Lejeune demanda l’élimination des grands monopoles capitalistes et le contrôle de la production en fonction des besoins de la consommation nationale. Il préconisait aussi l’assurance contre le chômage, la nationalisation de la Banque de France et le contrôle du crédit. Pour la paix, à Genève, il réclama le rassemblement des énergies des peuples pacifistes face aux dictateurs Hitler et Mussolini et la nationalisation de la fabrication des armes. Pour la défense de la liberté et de la République, il proposa la dissolution des ligues factieuses. Dans plusieurs articles du Cri du Peuple, il défendit avec talent, les petits cultivateurs, qui furent nombreux à voter pour lui. Bénéficiant du report des voix communistes (désistement de de Devauchelle), il l’emporta au second tour, le 3 mai 1936, par 7196 voix (sur 16658 votants) contre 7166 à Jean Coache (modéré) et 1211 au radical indépendant Gustave Gaillard.
Agé de 27 ans, il était, avec Tanguy-Prigent et André Albert, le plus jeune député de France. Membre des commissions d’Alsace-Lorraine, du commerce et de l’industrie, du suffrage universel, et de l’armée, secrétaire d’âge en 1937, il prit part à la discussion du projet de loi sur l’organisation professionnelle des rapports entre employeurs et employés par convention collective dans la profession agricole le 26 février 1937, il intervient le 20 juin 1938 dans la discussion du projet de loi ayant pour objet de modifier la loi de 1898 concernant la responsabilité des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail et en faveur de la pêche artisanale, lors de la discussion budgétaire. En janvier 1939, il échoua à une élection cantonale partielle à Abbeville et dut se désister en faveur du candidat radical-socialiste, Paul Delique.

Pacifiste, partisan de Paul Faure*, Max Lejeune vota, en septembre 1938, avec neuf autres députés socialistes, contre l’ordre du jour déposé par Léon Blum*, qui désapprouvait le manque de fermeté franco-britannique à Munich. Après la signature des accords, il avait déclaré dans la presse : « Vive la paix : Pour des millions d’hommes, le cauchemar est écarté » (Le Cri du peuple, 8 octobre 1938). Il défendit les thèses paulfauristes, citant l’exemple de Jean Jaurès, jusqu’en mars 1939. A cette date, il prônait encore l’aide aux républicains espagnols par l’ouverture des frontières, mais sa position évolua progressivement. Le déclenchement des hostilités achevait la volte-face de Max Lejeune. Bien que parlementaire et à ce titre exempté de son devoir militaire, il demanda à être affecté dans une unité combattante, pour défendre la « patrie en danger ». Sous-lieutenant au 151e régiment d’artillerie de forteresse, il fut fait prisonnier lors de la capitulation de la ligne Maginot, le 4 juillet 1940, et ne put par conséquent prendre part au vote du 10 juillet 1940 sur l’attribution des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il manifesta très tôt son hostilité au régime de l’Etat français, lors d’une visite de Georges Scapini, ambassadeur de Vichy auprès des prisonniers : il lui signifia qu’il ne se reconnaissait pas comme tel, ce qui lui valut d’être envoyé dans un camp de représailles à Colditz, d’où il tenta de s’évader. Repris, il fut conduit au camp spécial de Lübeck où il parvint à établir un réseau de résistance et , malgré d’énormes difficultés, une liaison avec la France libre.

Rapatrié en mai 1945, décoré de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de la Croix de combattant volontaire de la Résistance, Max Lejeune fut nommé à l’Assemblée consultative provisoire en juillet, au titre de la résistance parlementaire. Il fut également élu conseiller général d’Abbeville-Sud et aussitôt porté à la présidence du conseil général. Les 21 octobre 1945 et 2 juin 1946, il était aisément élu dans la Somme, à la tête d’une liste SFIO, aux Assemblées nationales Constituantes. Néanmoins, l’élection du 2 juin vit une nette déperdition de suffrages socialistes (60 851 contre 69 995), ce qui explique qu’il était le seul élu socialiste alors que sa liste en comptait deux en octobre 1945. Membre et secrétaire de la Commission des finances et du Contrôle budgétaire, il se signala par diverses interventions à caractère social, visant notamment les anciens combattants et les déportés. Il intervint aussi dans la discussion des budgets des Anciens combattants et de la Guerre.
Aux élections du 10 novembre 1946, la liste socialiste qu’il conduisait recueillit 53 847 voix, soit une nouvelle perte. Mais le recul du MRP, plus net encore, permettait à Max Lejeune d’être réélu, ainsi que son second de liste, Pierre Doutrellot, grâce à la plus forte moyenne. Il retrouvait la commission des finances et appartenait également à la commission de la défense nationale. Il fut désigné le 11 février 1947 comme membre de la commission chargée d’enquêter sur les événements survenus en France entre 1933 et 1945, et fut vice-président de l’Assemblée nationale du 28 janvier 1947 au 13 février 1948. Rapporteur de la commission des finances, il est surtout intervenu dans la dimension du budget du ministère de la guerre. Comme président de séance, il se heurta à plusieurs reprises, et très durement, aux députés communistes lors de violents affrontements parlementaires qui ponctuaient la fin de l’année 1947 (séance du 29 novembre notamment).

Élu maire d’Abbeville en 1947, il dirigea la reconstruction de sa cité, détruite aux trois quarts pendant la guerre. Il choisit de reconstruire en priorité les commerces et les petites industries.

Excellent orateur, habile en négociations, rompu aux tractations de coulisse, Max Lejeune prit part à neuf ministères sous la IVe République et deux dans la Ve République naissante. Ministres des anciens combattants et victimes de guerre du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947 dans l’éphémère cabinet dirigé par Léon Blum, secrétaire d’État aux forces armées du 24 novembre 1947 au 7 février 1950 (cabinets Schuman, Queuille et Bidault) puis du 12 juillet 1950 au 11 août 1951 (cabinets Pleven et Queuille), il jeta les bases financières et techniques d’une modernisation de l’armée de terre dans le cadre d’un programme de réarmement adopté par le gouvernement en 1950. Il défendait annuellement son budget et dut faire face aux nombreux amendements ou propositions émanant des groupes les plus divers, dont certaines d’une rare démagogie (augmentation de la ration de vin des soldats, des indemnités de déplacement, report d’incorporation des jeunes appelés de telle ou telle catégorie professionnelle...). Il dut aussi faire face à des interpellations plus politiques, comme celles relevant de l’affaire des généraux (séance du 17 janvier 1950) et ne négligea pas de polémiquer dans les termes les plus vifs avec certains élus communistes comme André Marty ou François Billoux.

En vue des élections du 17 juin 1951, il défendit l’œuvre accomplie par les gouvernements de Troisième force et dénonça violemment, dans ses professions de foi, les « attaques convergentes des partis totalitaires : staliniens et néo-gaullistes ». Il conclut un large apparentement avec le MRP, le RGR et les Indépendants, qui n’atteignit pas la majorité des suffrages exprimés. Comme en novembre 1946, Max Lejeune et Pierre Doutrellot* étaient réélus, avec une érosion persistante des suffrages socialistes. Durant cette seconde législature, Max Lejeune siégea à la commission du suffrage universel et surtout à la commission de la défense nationale dont il fut élu président en juillet 1954. C’est au nom de cette dernière qu’il déposa de nombreux rapports ou avis, participa à la discussion annuelle du budget, tout en étendant ses interventions à d’autres domaines : anciens combattants, intérieur, et santé publique. Il défendit également l’industrie du jute implantée dans son département. Ses votes étaient conformes à ceux de son groupe, généralement dans l’opposition hormis la parenthèse Mendès France. Il se signala par la virulence de ses attaques contre la politique indochinoise du gouvernement Laniel (séances des 25 mai et 1er juin 1954), et par la fermeté de ses opinions anti-cédistes. Adversaire acharné de la communauté européenne de défense, il fut signataire du manifeste des 58 députés socialistes hostiles à la création d’une armée européenne, ce qui lui valut d’être momentanément exclu de la SFIO après avoir voté, le 30 août 1954, pour la motion Aumeran rejetant la CED, ainsi que Jules Moch*, Daniel Mayer* et Pierre Doutrellot* notamment. Il fut réintégré en juillet 1955.

Après la dissolution du 2 décembre 1955, Max Lejeune fit campagne, en janvier 1956, pour une ambitieuse politique sociale, la laïcité de l’école, le retour au scrutin d’arrondissement et une « politique de négociation ramenant la paix en Afrique du Nord ». Ses prises de position étaient très hostiles à la majorité sortante de centre-droit et, à l’inverse, très favorables à Mendès France et au Front Républicain. Les résultats du 2 janvier 1956 traduisaient une assez nette remontée en voix comme en pourcentage (24,6 % contre 21,6 % en 1951). Max Lejeune était réélu, ainsi que son fidèle second Pierre Doutrellot, le PCF retrouvant ses deux sièges, le CNI le sien, le dernier revenant au candidat poujadiste, Émile Luciani.

Max Lejeune retrouvait les mêmes commissions que précédemment, tout en appartenant à tous les gouvernements successifs de la troisième législature. La crise algérienne accéléra l’évolution politique de Max Lejeune. À nouveau secrétaire d’État aux forces armées du 1er février 1956 au 13 juin 1957 dans le gouvernement Guy Mollet, il participa, involontairement, à la « journée des tomates » (31 janvier 1956), où Guy Mollet et lui sont accueillis à Alger par des pieds noirs en colère. Il s’illustra également dans l’épisode de l’arraisonnement de l’avion qui transportait vers Tunis les chefs du FLN, dont Ben Bella. Il fut aussi un des principaux protagonistes de l’affaire de Suez, qui occasionna le rationnement de l’essence en France. Spécialement chargé du dispositif militaire en Algérie, étroitement associé au ministre de la défense nationale, Maurice Bourgès-Maunoury, il travailla enfin à la modernisation de l’armée de terre et à son adaptation aux conditions particulières des opérations en Algérie (jeeps, automitrailleuses, aviation légère...). Loin de ses récents engagements électoraux, il opta pour le préalable d’une solution strictement militaire. Favorable à la loi sur les pouvoirs spéciaux, il plaida devant des parlementaires parfois rétifs en faveur de l’allongement de la durée du service militaire et d’une augmentation constante des effectifs servant en Algérie. Il défendit l’armée envers et contre tout, n’hésitant pas à flétrir tous ceux qui pourraient émettre quelque doute sur le bien-fondé de la politique algérienne du gouvernement Mollet. Ardent défenseur de l’Algérie française , il fut conduit, au sein même de la SFIO, à prendre des positions hostiles à l’aile gauche de son parti. Il fut un des trois ministres de Guy Mollet, président du conseil, avec Robert Lacoste et Bourgès-Maunoury, accusés par le procureur général Reliquet d’avoir ordonné l’utilisation de la torture en Algérie (Pierre Vidal-Naquet, La raison d’état). Ses convictions très « Algérie française », que l’on a attribuées, pour une part, aux orientations colonialistes des maîtres de l’école géographique française dont il avait reçu l’enseignement entre les deux guerres, et trouveront divers prolongements après 1958. Max Lejeune fut ensuite ministre du Sahara du 13 juin 1957 au 14 mai 1958 dans les gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard. À ce poste important (des gisements de gaz et de pétrole étant mis en exploitation), il participa aux débats de divers projets de loi-cadre de l’Algérie et tenta de remédier à la sous-administration de cette région.

Façonné par la IIIe République, attaché à la IVe, il se montra favorable à la Ve République. Il fit campagne pour le oui au référendum de 1958 et fut signataire de la nouvelle constitution. Ministre d’État du cabinet Pfimlin du 14 mai au 1er juin 1958, rallié au général de Gaulle dont il devint le ministre (juin 1958-janvier 1959), il l’accompagna à Alger le 4 juin. Mais symbole d’un régime honni, il fut mal accueilli par le comité de salut public qui le tint à l’écart. Alors que de Gaulle s’acheminait vers la solution de l’indépendance, Max Lejeune rompit avec le général. Pour le député-maire d’Abbeville, la perte de l’Algérie était synonyme de décomposition du territoire national, c’était nier le caractère indivisible de la République. Membre fondateur du comité de la gauche pour le maintien de l’Algérie dans la République française et signataire du manifeste du même nom en 1960, il prit position pour le non lors du référendum de 1961 sur l’autodétermination alors que son pari avait préconisé le oui. Les accords d’Evian (1962) furent un crève-cœur pour Max Lejeune. Il s’opposa, comme toute la gauche, à l’élection du président au suffrage universel lors du référendum de 1962.

Présent dans les hautes sphères de l’État, il n’en avait pas pour autant délaissé sa mairie. Dès les années cinquante, il créa des structures sociales (halle des sports, foyer-restaurant, foyer-logements pour les personnes âgées). En 1960, face à la place qui porte aujourd’hui son nom, un nouvel hôtel de ville à l’architecture caractéristique des bâtiments de la reconstruction fut inauguré. Différents équipements sortaient de terre à cette époque : piscine, salle des fêtes, zone industrielle, lôtissements HLM... mais sans idées de grandeurs, avec la volonté de faire d’Abbeville une ville agréable et coquette, de conserver son environnement et sa tranquillité, tout en maintenant son rôle de pôle rural. Il œuvra également pour le développement des équipements scolaires, sportifs et culturels. Sa gestion locale paternaliste, son sens du contact et sa simplicité lui valurent la reconnaissance des Abbevillois pendant sept mandats.
L’avènement de la Vème République ne mit pas fin à sa carrière parlementaire. Constamment réélu député de la Somme (quatrième circonscription) de 1958 à 1977, il fut vice-président de l’Assemblée nationale en 1967 puis en 1970-1971. Membre de la direction nationale de son parti, il siégea au comité directeur de la SFIO de 1967 à 1969, ainsi qu’au comité exécutif et au bureau de la FGDS en 1967-1968.

Les évènements de 1968 et la refonte de la SFIO qui s’en suivit amenèrent Max Lejeune à un conflit avec la direction de la FGDS. En 1969, mis en minorité, il perdait son poste de secrétaire de la fédération de la Somme au profit de Dominique Taddei. Anticommuniste, adepte de la troisième force, y compris en sa mairie, il s’opposa au rapprochement avec le PCF préconisé par François Mitterrand, créant le nouveau Parti socialiste (PS), et fut exclu en 1972 pour avoir refusé le Programme commun. Dès lors, il glissa dans la mouvance centriste : Max Lejeune fonda à la fin de 1972, avec des militants de la Somme, exclus eux aussi, le Mouvement démocrate socialiste (MDS), dont la raison d’être était de regrouper les socialistes hostiles à une stratégie d’union de la gauche socialiste et communiste. La fusion de ce mouvement avec trois autres formations créées pour le même motif et présidées par Émile Müller (Parti social-démocrate), Étienne Gagnaire (Socialisme et démocratie) et Georges Donnez (Liberté) donna naissance, le 9 septembre 1973, au Mouvement démocrate socialiste de France (MDSF) dont Max Lejeune assura la présidence nationale. Le MDSF décida d’entrer dans le mouvement réformateur, le PSD d’Emile Müller ayant antérieurement participé à sa création avec le Parti radical et le Centre des démocrates sociaux (CDS). En 1973, il fit son entrée au conseil régional, dont les membres n’étaient pas encore élus au suffrage universel mais composé des parlementaires de la région, de représentants des conseils généraux et de délégués des grandes villes. Il y siégea jusqu’en 1983. En 1974, Max Lejeune fut président du groupe réformateur de l’Assemblée nationale. La même année, à la mort de Georges de Pompidou, il appela à voter pour Valéry Giscard-d’Estaing. Élu sénateur en 1977, inscrit au groupe de la gauche démocratique, il siégea à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, et fut rapporteur du budget de la défense (section marine). Porté à la présidence du conseil régional en 1978-1979, il la cumula avec celle du conseil général, où il avait été constamment réélu depuis 1945 et qu’il conserva jusqu’en 1988. A la tête de l’assemblée départementale, il fut l’inspirateur de nombreuses réalisations, notamment la création de la cité administrative à Amiens lors de la reconstruction de l’après-guerre, le financement de 580 équipements sportifs à partir de 1968, et une ambitieuse politique culturelle (centre culturel de Saint-Riquier, archives départementales, Samara, historial de la Grande Guerre, maison de l’oiseau...). Jacobin, il dut aussi appliquer la politique de décentralisation au département.

Le 23 octobre 1982, le MDSF, qui était devenu une des composantes de l’UDF (devenu MODEM), décida de prendre l’appellation de Parti social-démocrate (PSD) en raison de l’hostilité foncière de ses militants à la politique menée par le PS depuis 1981. Max Lejeune fut d’ailleurs élu au conseil national et bureau fédéral de l’UDF en 1977-1978.

Constamment réélu maire d’Abbeville depuis la libération, Max Lejeune perdit la mairie d’Abbeville en mars 1989, devancé de 33 voix seulement par Jacques Becq (PS).

Toujours sénateur, il fut un des rares parlementaires à s’opposer à l’intervention de la France dans la guerre contre l’Irak en 1991. L’année suivante, il refusait le traité de Maastricht.

Amoureux de la baie de Somme, il fut à l’origine des premiers aménagements de la côte. Passionné d’apiculture, très attaché à sa terre picarde, il connaissait parfaitement l’histoire de sa région, et maîtrisait le picard, qu’il avait appris très tôt dans ce café du val de Nièvre (à Long-le-Catelet) que tenait sa grand-mère et malgré l’opposition de son père. Ses réunions étaient d’ailleurs émaillées de mots en picard, pratique courante des élus de la région, façon de se montrer proche des gens et de railler les candidats parachutés et le président du Sénat, Alain Poher, « cho’p Pohèr » (la poire), candidat à l’élection présidentielle en 1969, qui n’avait pas ses faveurs. Il défendit ce parler par de multiples interventions auprès des ministres de la culture, notamment Jack Lang en 1984.

Libre-penseur et franc-maçon, Max Lejeune eut des obsèques religieuses en l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville. Il s’était marié le 4 juillet 1935 avec Andrée Sébastien et était père de deux enfants.

« Enfant chéri du socialisme picard » au parcours hors du commun, Max Lejeune restait la grande figure politique du département de la Somme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89161, notice LEJEUNE Max, Marius, Achille par Julien Cahon, version mise en ligne le 2 avril 2011, dernière modification le 12 octobre 2011.

Par Julien Cahon

ŒUVRE : Pourquoi je suis socialiste, Imprimerie de la coopérative ouvrière, 1936, 51 pages. — Petite histoire de la Révolution française, 1939 (150e anniversaire). — Divers travaux géographiques.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13042, F7/13134, F17/ 28329. — Arch. OURS. — Arch. Assemblée Nationale. — Arch. Dép. Somme, 99M122, 131 et 149/1, série W : cabinet du préfet (versements 20W, 21W, 23W, 25W, 29W, 30W, 41W, 44W, 1052W) et bureau des élections (versements 966 à 976W, 986W, 992W, 1097W, 1188W, 1144W, 1202W, 1226W, 1325W), fonds Max Lejeune (37J). — Le Monde, 11 décembre 1973, 13 juin 1974, 5 juillet 1974, 22 octobre 1976. — Le Cri du peuple, 1933-1939 et 1945-1973. — Le Courrier picard, 29 mars 2009. — Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, Paris, La documentation française, 1988-1994. — Gilles Morin, FJJ, Centre d’archives socialistes, Base de données des élus socialistes, http://bases.ourouk.fr/sfio/s-sfio.php (consultée le 14 septembre 2010). — Pierre Vidal-Naquet, La raison d’état, Paris, Éditions de Minuit, 1962. — G. Lachapelle, Les élections législatives de 1936. — Jean-Marc Binot, Max Lejeune. Tome 1 : l’enfant chéri du socialisme picard, Amiens, Editions Martelle, 2002, 293 pages — Jean-Marc Binot, Max Lejeune. Tome 2 : du premier ministre de la IVe au notable de la Ve, Amiens, Éditions Martelle, 2003, 286 pages. — Rémy Sueur, Socialisme et esprit républicain dans le département de la Somme, des années 1920 aux années 1950, Paris I, Thèse, 1992, 4 tomes. — Sandra Gaston, Max Lejeune : l’homme politique de la Somme au XX e siècle, Amiens, mémoire de maîtrise, 1995. — Julien Cahon, Les partis politiques et les élus de la Somme dans la tourmente. Entrer dans la guerre, 1938-1941, Amiens, mémoire de Master 1 sous la direction de Philippe Nivet, 2005. — Renseignements fournis par la mairie d’Abbeville. — Notes de Max Lejeune, mars 1985. — Sources orales. — Notes de Jacques Girault.

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