PIROLLEY Maurice, Eugène [Pseudonyme : Le Sourd]

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Né le 23 janvier 1913 à Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), fusillé par condamnation le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; plombier couvreur ; militant communiste ; résistant au sein des FTPF.

Maurice Pirolley
Maurice Pirolley

Fils de Constant, terrassier, et d’Eugénie, née Vaudal, Maurice Pirolley alla à l’école primaire et savait lire et écrire. Il épousa dans sa commune natale Charlotte Hirschelmann le 12 septembre 1936, une fille naquit en 1937. La famille habita 3 route de Villiers, puis, en juillet 1942, 4 boulevard Aristide-Briand dans la même localité.
Pendant la Première Guerre mondiale, il fut mobilisé au 11e et au 12e régiment de cuirassiers, puis démobilisé à Montron. Il exerça sa profession de plombier couvreur jusqu’au 17 juillet 1943 à la maison Brunet, 1 rue Baudin à Paris (IXe arr.). En février 1942, Maurice Pirolley et son ami Fernand Perotto, coiffeur à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne), incendièrent un dépôt de camions Renault installé par la Wehrmacht dans l’ancien marché, boulevard de la Gare à Champigny (témoignage de Fernand Perotto en 1995 recueilli par Éric et Jacqueline Brossard).
Un marchand forain, Pierre Derrien, boucher, responsable à l’organisation de la sous-section de Champigny, proposa à Maurice Pirolley en octobre 1942 d’adhérer au Parti communiste, celui-ci accepta, et Derrien le présenta à un responsable politique, Paul Chatrousse. Jean Savu l’approvisionnait en tracts, il eut le contact avec le responsable du Front national de Champigny, Augustin Taravella.
Au début juin 1943, Maurice Pirolley demanda sa mutation dans les Francs-tireurs et partisans (FTP) à Paul Chatrousse, celui-ci le mit en contact avec Hova, avec qui il eut plusieurs rendez-vous. Le 7 juillet 1943, Maurice Pirolley signait le code d’honneur des FTP, il adopta le pseudonyme de Le Sourd, le matricule 4104 lui fut attribué. Hova le mit en contact avec Louis, responsable militaire régional, il fit la connaissance du Rouquin (François Marais).
Le 15 juillet 1943, il eut rendez-vous avec Louis, porte de la Chapelle à Paris (XVIIIe arr.), il l’informa d’une opération de récupération de cycles dans un magasin le mardi 20, près de la porte de Paris à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis). Il retrouva sur place Max (André Chassagne*), Julien (Alexandre Honvault), Le Rouquin et Louis, ce dernier comptait récupérer la clef sur la porte, mais elle n’y était pas...
L’équipe renouvela l’opération, avec succès cette fois-ci, le vendredi 30 juillet vers 22 heures, avenue du Maréchal-Pétain à Champigny-sur-Marne : quatre bicyclettes, cinquante-deux pneus, dix boyaux, soixante-quatre chambres à air, sept chaînes, trente-quatre câbles antivols et divers accessoires. Il fallut une heure et demie pour transporter matériel et vélos chez le militant communiste André Gillard, locataire d’un pavillon à Champigny.
Maurice Pirolley participa aussi le 9 août 1943 au cambriolage d’un pavillon à La Varenne-Saint-Hilaire (Seine, Val-de-Marne), action au cours de laquelle André Chassagne* et Alexandre Honvault furent blessés par des policiers. Le Petit Parisien du 11 août donna la version du commissaire de Saint-Maur-des-Fossés : il était écrit que les deux blessés « appartenaient à une bande spécialisée dans les cambriolages des pavillons de banlieue. La vente des objets volés permettait à chacun d’eux de mener la grande vie ».
La réalité était différente. À la suite du fiasco de cette opération, Louis fut muté dans la région de Creil (Oise) et remplacé par Genin. Celui-ci chargea Maurice Pirolley de se rendre à Laigneville pour repérer les horaires des passages des patrouilles allemandes la nuit. Maurice Pirolley rendit compte à Louis que des Allemands passaient vers minuit quinze.
Un attentat était programmé en août, un groupe de FTP devait déboulonner un rail. Encore fallait-il se procurer des clefs à tire-fond. Genin et Maurice Pirolley se rendirent à la station Laplace sur la ligne de Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine), le cadenas d’un coffre à outils fut scié... mais le caisson était vide. Un coffret fut repéré en gare de Livry-Gargan (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), l’opération de prise était programmée pour le lundi 24 août.
Des inspecteurs des Brigades spéciales (BS) appréhendèrent François Marais le 19 août 1943, Émile Marais le 20, André Gillard le 21. Le lendemain, Maurice Pirolley fut arrêté alors qu’il se présentait à son domicile, des documents furent saisis sur lui : un carnet annoté, trois clefs, le plan de la gare de Livry-Gargan où était indiqué l’emplacement d’un coffre à outils, deux documents signés de Genin, un plan manuscrit de plusieurs voies de Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), un feuillet où étaient mentionnés sept numéros de matricule, etc.
Rien ne fut trouvé dans son logement – il demeurait dans une chambre, chez sa sœur, une veuve mère de sept enfants de sept à dix-huit ans.
Maurice Pirolley était inconnu de la police. Dans la chambre du 10 boulevard Brune (XIVe arr.) dont il possédait seul la clef, les policiers trouvèrent : un revolver à barillet, un lot de cartouches, un numéro de téléphone écrit au fond d’une boîte d’allumettes avec le prénom de Roger, deux noms avec adresses, un carnet où étaient dessinées des voies ferrées, le plan du camp d’internement de Rouillé (Vienne), des tracts et circulaires du Parti communiste, l’Humanité du 15 mai 1943, La Vie ouvrière, un bilan des actions FTP du 15 avril au 31 juillet 1943, un cours intitulé « Attaque des locaux occupés par l’ennemi ». Sous le lit, dans un sac, se trouvaient deux pistolets automatiques avec chargeur, avec une balle dans le canon.
Le commissaire Hénoque de la BS2 dirigea les interrogatoires, il était particulièrement inquiet, car le 28 juin 1943 son adjoint Paul Tissot avait été tué près du bois de Vincennes par un FTP. Il voulait à tout prix découvrir les coupables. Ce jour-là, Maurice Pirolley travaillait sur un chantier avenue du Général-Bizot à Paris (XIIe arr.), il fut disculpé sur ce point. Les policiers obtinrent par les coups des aveux complets. Maurice Pirolley déclara qu’à sa connaissance le détachement Jean-Jaurès était le seul de la région P4, donna les signalements de Hova et de Genin. Il précisa qu’il avait un rendez-vous de repêchage avec ce dernier le mercredi 26 août à 17 heures dans un square.
Il fut incarcéré dans le quartier allemand de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), puis jugé le 1er octobre 1943 par le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), et condamné à mort pour « actes de franc-tireur ». Il fut passé par les armes le 6 octobre en compagnie de vingt-neuf autres résistants, dont Émile et François Marais, André Chassagne, Alexandre Honvault. Maurice Pirolley fut inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Après la Libération, il fut réinhumé le 2 décembre 1944, en même temps que trois autres fusillés campinois, Pierre Derrien, Jean Savu et Augustin Taravella dans le carré militaire de l’ancien cimetière de Champigny-sur-Marne, au cours d’une cérémonie organisée par la municipalité.
Son nom figure sur le monument aux morts de la commune, ainsi que sur la plaque « À la mémoire des victimes du nazisme fusillés au Mont-Valérien le 6 octobre 1943 » apposée contre le mur du cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine. Le conseil municipal de Champigny-sur-Marne donna le nom « Maurice-Pirolley » à une rue de la ville.
Charlotte Pirolley, sa veuve, témoigna devant un juge d’instruction en 1945 et la Commission d’épuration de la police en mars 1946 ; elle déclara que son mari était resté six jours dans les locaux des BS. Ni elle ni sa mère, toutes deux présentes lors de la perquisition au domicile, ne reconnurent les inspecteurs sur un album de photos qui leur était présenté. Elles ignoraient s’il fut frappé ou torturé lors des interrogatoires.

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_ Dans une dernière lettre à sa famille, Maurice Pirolley écrivait (orthographe d’origine ; cliché joint) :
_ « Chère vielle maman et Juliette et Maruis
Je vous ecri ma dernière lettre car j’attend le peloton d’execution pour 16 heures je vais mouri fusillés pour être un bon Français et bon communiste mais je meurt content et communiste jusqu’au bout chère Juliette prend soint de ma vielle mère.
_ Je vous quitte en vous embrassant tous.
_ Maurice.
_ Vive la France Vive le parti communiste. »
_ (Juliette et Marius étaient la sœur et le beau-frère de Maurice Pirolley. Une autre sœur, Lucie Mary fut résistante et eut son fils Henri. exécuté à la prison de la Santé, le 15 juillet 1944, suite à une tentative d’évasion.
)
Lettres de fusillés publié en 1946, publie des autres lettres adressée cette fois à sa femme et à ses amis et corrigées :
 
Chère femme, chère Huguette
et chère belle-maman,
Je vous écris ma dernière lettre, car ’j’attends le peloton d’exécution pour seize heure. J’espère que vous serez aussi courageuses que moi.
Toi, ma chère Charlotte, j’espère que tu prendras bien soin de ma fille chérie, et que plus tard tu lui diras que son père est mort en vrai communiste, car je meurs content d’avoir servi la cause d’un si bel idéal. Je voudrais que tu sois gentille avec ma vieille maman et que tu la consoles.
Je vous dis tous adieu.
 
Maurice Pirollet
 
Vive la France ! Vive le Parti Communiste !
 
Le 6 octobre 1943
deux heures avant d’être exécuté
 
A tous les camarades, -.
 
Je vous écris ma dernière lettre avant de mourir fusillé, pour vous dire que je meurs content d’être fusillé pour la libération de mon pays. Je vous dis d’être tous les meilleurs défenseurs de là libération afin que notre cause aboutisse un jour pour le bien-être des travailleurs du monde entier.
Je vous quitte en vous disant adieu et courage.
Votre camarade communiste.
Maurice Pirolley

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article89093, notice PIROLLEY Maurice, Eugène [Pseudonyme : Le Sourd] par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 30 novembre 2012, dernière modification le 1er février 2019.

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Maurice Pirolley
Maurice Pirolley
Dernière lettre de Maurice Pirolley à sa famille, Fresnes, 6 octobre 1943
Dernière lettre de Maurice Pirolley à sa famille, Fresnes, 6 octobre 1943
Communiqué par son neveu, Maurice Picault.

SOURCES : Arch. PPo., Carton 15, activités communistes pendant l’Occupation, 77W 128, KB 97. – DAVCC, Caen, Boîte 5 / B VIII 4 (Notes Thomas Pouty). – Arch. mun. Champigny-sur-Marne. – Le Petit Parisien, 11 août 1943. – Europe, no 52, Éd. Denoël, 1974. – Étienne Fajon, Ils aimaient la vie : lettres de fusillés, Messidor, 1985. – Les Campinois dans la guerre 1939-1945, dossier no 1, 1998, Société d’Histoire de Champigny-sur-Marne. – Renseignements communiqués par son neveu, Maurice Picault. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil.

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