HESSEL Stéphane, Frédéric

Par Jean-Marie Mignon

Né le 20 octobre 1917 à Berlin (Allemagne), mort dans le nuit du 26 au 27 février 2013 à Paris ; résistant, diplomate de carrière, homme de lettres, souvent investi dans des missions de médiation tant dans sa vie professionnelle qu’en tant que citoyen, sur l’accueil des immigrés en France, sur des questions liées à l’émancipation de pays colonisés ou dominés et sur l’amélioration du fonctionnement des organisations internationales.

Stéphane Hessel en 2010
Stéphane Hessel en 2010

Stéphane Hessel naquit à Berlin. Allemand, il fut naturalisé Français en juillet 1937. Ses parents furent Frantz Hessel (mort en 1941), protestant luthérien aux ancêtres juifs ; commerçant en grains et écrivain et Helen Grund, journaliste, protestante, qu’il épousa en 1913. Après sa mort, il épousa en 1987 en secondes noces Christiane Chabry. La vie des ses parents inspira librement le romancier Henri-Pierre Roché puis le cinéaste François Truffaut (1962) sous le titre de Jules et Jim.

Stéphane Hessel émigra d’Allemagne à Fontenay-aux-Roses, dans la banlieue parisienne avant de vivre dans le XIVe arrondissement de Paris avec sa mère l’été 1924. Entré à l’Ecole alsacienne en sixième, il fut bachelier en 1933 à quinze ans. Il s’inscrivit un an à la London School of Economics. De retour à Paris en 1934, il s’inscrivit à Sciences po, puis au lycée Louis-le-Grand (khâgne). Licencié en philosophie, il fut reçu au concours de l’École normale supérieure en juillet 1937.

Il épousa en premières noces, en 1939 Vitia Mirkine-Guetzevitch (†1985) russe, fille de Boris Mirkine-Guetzevitch, professeur de droit constitutionnel.
Mobilisé durant son instruction militaire à Saint-Maixent-l’Ecole, il fut fait prisonnier par les Allemands en juin 1940. Il s’évada rapidement, retrouva son épouse à Toulouse et rejoignit le mouvement de résistance « Liberté ». En février 1941, il quitta la France pour la Grande-Bretagne. Engagé d’abord par la Royal Air Force dans les Forces aériennes françaises libres, il travailla dans le service du renseignement, futur Bureau du contre espionnage, de renseignement et d’action (BCRA). Il fut envoyé en mars 1944 en France pour une mission de cent jours (Mission Greco). Trahi, il fut arrêté par la Gestapo en juillet 1944 et envoyé à Buchenwald (8 août 1944). L’échec d’une tentative d’évasion en janvier 1945 l’envoya Dora. Il s’en évada en avril. Il était de retour à Paris le 8 mai 1945.

Après la Libération, Stéphane Hessel fut admis en novembre 1945 au concours des Affaires étrangères. Il mena toute sa carrière (quarante années) dans la diplomatie.

Il fut détaché des Affaires Etrangères pendant cinq ans auprès du secrétaire général des Nations unies (1950-1955), puis nommé à Saigon, Vietnam (1955-1957). Il fut directeur de la Coopération technique au ministère des Affaires étrangères (1957-1958) ; directeur de la Coopération au ministère de l’Éducation nationale (1958) ; administrateur de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (1963), puis premier conseiller d’ambassade en Algérie (1964-1969). Il prit la succession de Germaine Tillon* à la présidence de l’association France-Algérie fondée en 1963 par Edmond Michelet.

Il fut nommé en 1969 directeur des Nations Unies et des organisations internationales au ministère des Affaires étrangères. Il s’engageait au PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) comme administrateur adjoint, mais, en désaccord avec les orientations du Programme, en démissionnait deux ans plus tard (1970-1972).

Mis en disponibilité en 1975 du ministère de la Coopération après l’échec de l’affaire Claustre, il accepta durant cette période l’offre de Paul Dijoud de présider l’Office national pour la promotion culturelle des immigrés (1975-1977). Il fut ensuite nommé ambassadeur représentant la France auprès des Nations unies (Genève 1977-1981). Élevé à la dignité d’ambassadeur de France, il prit sa retraite de diplomate en 1982.

Les choix professionnels qu’il fit l’amenèrent à accepter de prendre des responsabilités dans plusieurs organismes publics indépendants : il fut membre de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (1982-1985) voulue par François Mitterrand et installée par Georges Fillioud. Il fut membre du « Haut Conseil pour l’intégration » des immigrés (décembre 1989) créé par Michel Rocard. Il rédigea en 1988 pour le Commissariat du Plan le rapport Immigration, le devoir d’insertion. Il fut membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, ainsi que du Haut Conseil de la coopération internationale. En 2000, il était membre du Collegium international éthique, politique et scientifique, organisme voulu par Michel Rocard et Milan Kucan, dans le cadre du projet de réforme de l’ONU et de la déclaration universelle d’interdépendance.

Ses engagements professionnels se prolongèrent dans sa qualité de citoyen et d’acteur de la société civile : Daniel Cordier l’avait invité en 1958 à le rejoindre pour fonder le Club Jean-Moulin, où il rencontra Étienne Hirsch, Doreen et Gérard Horst, Jacques Pomonti, Michel Rocard, Jean Ripert, Jean Saint-Geours, Georges Suffert, Bertrand Schwartz, André Touraine…. Il considérait le Club Jean-Moulin comme l’artisan des bases du Parti socialiste. Il estimait que la proximité de pensée du Club Jean-Moulin avec Citoyen 60, club fondé par Jacques Delors, était étroite. Il retrouvera les thèses du Club Jean-Moulin au comité de la revue Transversales et dans les Cercles Condorcet créés en 1987 à l’initiative de la Ligue française de l’enseignement et de l’Éducation Permanente, sous l’impulsion de Claude Julien, qu’il fréquentera ensuite.

Proche collaborateur de Pierre Mendès France*, il avait adhéré comme lui au Parti socialiste autonome (PSA) en 1958, puis au Parti socialiste unifié (PSU) et en 1986, au Parti socialiste, proche de Michel Rocard. À sa demande, il anima de 1985 à 1988 un réseau de clubs de réflexion destiné à appuyer sa candidature à la présidence de la République : les clubs Convaincre. Il participa aux travaux du Club du mardi qui alimentent la réflexion des socialistes, avec des personnalités comme Jean-Noël Jeanneney, Jean-Louis Bianco, Christian Sautter, Jean Lacouture ou Philippe Sainteny.

En 1973, Jacques Delors l’avait entraîné dans la fondation du club Echange et projets ; l’association s’inspirait des travaux d’André Gorz, d’Edgar Morin ou de René Passet. Stéphane Hessel participait déjà de 1966 à 1976 à la vie du Groupe des Dix, créé par Jacques Robin et Robert Buron, qui se donna comme objectif de mieux comprendre et mieux cerner les rapports entre les sciences et les techniques d’un côté, la culture et le « politique » de l’autre. Il y rencontrait Edgar Morin, René Passet, Joël de Rosnay, Henri Laborit et d’autres personnalités. Stéphane Hessel voyait le Groupe des Dix à la fois comme une continuité du Club Jean-Moulin, et une anticipation de Convaincre.

Il fut président de l’AFTAM (Association française pour la formation des travailleurs africains et malgaches), plus particulièrement attaché à la recherche de logements convenant à la sociabilité africaine, avant d’être nommé à Alger (1961-1964). Lors du mouvement des « Africains de Saint-Ambroise » de 1996, où 300 Maliens, Sénégalais et Algériens immigrants illégaux d’abord squattant l’église saint-Ambroise de Paris puis accueillis à la Cartoucherie de Vincennes, il organisa, à la demande d’Ariane Mnouchkine un « collège des médiateurs » avec Edgar Morin, Jean-Pierre Vernant, Laurent Schwartz…, pour négocier avec un succès relatif leur régularisation avec le gouvernement Juppé. Dix ans plus tard, il combattait le projet de loi relatif à l’immigration et à l’intégration du 24 juillet 2006, menaçant le regroupement familial. Dans le même ordre d’idées, il accepta en 2007 d’être le parrain de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières qui œuvre pour l’accès au savoir et l’appui aux bibliothèques en France et à travers le monde.
Membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence (2000, Paris). Il soutient, depuis sa création en 2001, le Fonds associatif Non-Violence XXI.

Membre de l’Association France-Palestine-solidarité, il alla plusieurs fois a Gaza ; il signa en août 2006 un appel de l’’Union française juive pour la paix (UFJP) contre les frappes israéliennes au Liban. En mars 2009, Stéphane Hessel était membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine.

Titulaire de la médaille de la Résistance, il est Grand officier de la Légion d’honneur (14 juillet 2006) et grand officier de l’ordre national du Mérite (16 novembre 1999).

En 2010 son opuscule Indignez-vous ! connut un succès spectaculaire. : plus de 500 000 exemplaires vendus en librairie. S’appuyant sur le programme du Conseil national de la Résistance et sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, il fustigeait le gouvernement Sarkozy et les avancées du libéralisme et la politique d’Israël en appelant à une "insurrection pacifique".

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88888, notice HESSEL Stéphane, Frédéric par Jean-Marie Mignon, version mise en ligne le 24 août 2010, dernière modification le 7 mai 2018.

Par Jean-Marie Mignon

Stéphane Hessel en 2010
Stéphane Hessel en 2010

ŒUVRE : Principales œuvres : « Entre leurs mains », Les Temps modernes, mars 1946. — Danse avec le siècle, Seuil, 1997. — Dix pas dans le nouveau siècle, Seuil, 2002. — Ō ma mémoire, la poésie, ma nécessité, Seuil, 2006. — Citoyen sans frontières, Conversations avec Jean-Michel Helvig, Fayard, 2008. — Indignez-vous !, Éditions Indigène, 2010, 28 p.

SOURCES : Les œuvres de Stéphane Hessel. — Le Monde, 2 mai 2006. — Politis, 7 au 13 mars 2013, hommage par Michel Warschawski et passim.

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