GIGNOUX Hubert, Louis, Marie

Par Maryline Romain

Né le 13 février 1915 à Lyon, mort le 26 février 2008 à Paris (VIIe arr.) ; metteur en scène, acteur ; un des principaux artisans de la décentralisation théâtrale.

Fils de Claude Gignoux (1890-1966), un agrégé de droit qui devint sous-secrétaire d’État à l’Économie nationale et président Confédération générale du patronat, Hubert Gignoux fait des études supérieures de droit et de sciences politiques. Il se maria le 17 juin 1938 à Paris (XIXe arr.) avec Marthe Heimburger.

C’est par le scoutisme qu’il viendra à l’art dramatique en rejoignant - d’abord comme musicien-bruiteur - l’équipe des Comédiens-routiers. Ses années d’apprentissage dans la troupe de 1932 à 1939, auront une influence décisive sur son parcours d’homme de théâtre. Léon Chancerel, fondateur et animateur des comédiens-routiers, avait été le collaborateur et l’un des plus fervents disciples de Jacques Copeau de 1920 à 1925. C’est à cette école de « rénovation dramatique » que fut formé le jeune Gignoux : entraînement physique intensif, travail d’improvisation à partir des règles de la Commedia dell’arte, initiation à toutes les techniques du théâtre, valorisation du travail d’équipe... Auprès de Lucien Chancerel*, H. Gignoux apprit à considérer l’art dramatique comme un « service social » qui exige du comédien un engagement total et désintéressé. Investie de cette mission, la compagnie multiplie less activités : Noëls, célébrations, spectacle de tréteaux, tournées dans toute la France, théâtre pour l’enfance (Le Théâtre de l’Oncle Sébastien) et formation d’instructeurs pour le scoutisme et les mouvements de jeunesse. La guerre marque un tournant luis l’activité dramatique d’Hubert Gignoux. Les cinq années d’animation théâtrale en captivité sont pour lui l’occasion de mettre n pratique l’enseignement qu’il a reçu et [expérimenter de nouvelles formes de théâtre à travers un répertoire plus diversifié. Cette seconde expérience de travail en équipe au service d’une communauté le conforte, à son retour en France, dans son refus du théâtre commercial. Peu après son tour de captivité, en 1945, il retrouve ; anciens camarades prisonniers (dont H. Jordreaux) pour présenter des spectacles e marionnettes créés en captivité. En 1947, il fonde les Marionnettes des Champs-Élysées qui obtiennent un grand succès au Studio de l’avenue Montaigne, puis aux noctambules et en Belgique. Dès la fin de la guerre il fut également nommé instructeur national spécialisé d’art dramatique par le ministère de la Jeunesse et des ports (bureau de l’éducation populaire).

Durant quatre années il se consacra à la formation des troupes de théâtre amateur et anima plusieurs stages de réalisation. C’est pendant l’un de ces stages, en 1948, qu’il fit la connaissance de G. Parigot, dont la troupe, Les Jeunes Comédiens de Rennes, venait d’obtenir le grand prix amateur au Concours des Jeunes Compagnies. De cette rencontre naquit, en novembre 1949, le Centre dramatique de l’Ouest. Nommé à sa direction par Jeanne Laurent*, H. Gignoux amorça une longue et exemplaire carrière dans la décentralisation. S’il s’éloigna définitivement du théâtre amateur, c’est pour se consacrer à un théâtre de « service public ». Comme Jean Dasté à Saint-Étienne, A. Clavé à Colmar, M. Sarrazin à Toulouse et Gaston Baty à Aix-en-Provence, H. Gignoux, pionnier de la décentralisation, s’attacha à faire revivre le théâtre de qualité en province. Le contact et le dialogue, qu’il souhaitait établir avec le public de la région furent favorisés par la mise en place d’un système d’abonnement (un an avant le TNP) et d’un réseau particulièrement actif de correspondants locaux, ainsi que par la création d’une Association des Amis du CDO qui assurait la diffusion d’un bulletin de liaison. En 1957, il accepta la proposition de J. Jaujard, directeur général des Arts et des Lettres, qui lui offre de remplacer M. Saint-Denis*, souffrant, à la direction du Centre dramatique de l’Est. Le CDE disposa dès lors d’une salle de spectacles à Strasbourg : le Théâtre de la Comédie, et d’une École supérieure d’art dramatique instituée sur les principes du Vieux-Colombier. Les tournées dans les bourgs et les villages de la région furent effectuées par une « troupe légère » issue du CDE : Les Tréteaux. En 1968, le Centre dramatique de l’Est obtint le statut de théâtre national. Mais en 1971, « après vingt-deux ans de bons et loyaux services publics », H. Gignoux choisit d’abandonner la direction du TNS et redevint simple comédien. Il sera pensionnaire de la Comédie-Française de 1983 à 1986.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88804, notice GIGNOUX Hubert, Louis, Marie par Maryline Romain, version mise en ligne le 22 août 2010, dernière modification le 22 août 2010.

Par Maryline Romain

ŒUVRE : H. Gignoux, Histoire d’une famille théâtrale : Jacques Copeau. Léon Chancerel, les Comédiens-routiers, la Décentralisation dramatique. Éd. de l’Aire/Anrat. 1993.

SOURCES : D. Gontard, La Décentralisation théâtrale en France 1895-1952, Sedes, 1973. — G. Goubert, Naissance et premiers pas du Centre dramatique de l’Ouest in La Décentralisation théâtrale. 1. Le Premier Âge (1945-1958) sous la direction de R. Abirached, Les Cahiers Théâtre/Éducation 5, Actes Sud, Papiers, 1992. — DBM, 1996 (reprise de cette biographie en accord avec Geneviève Poujol).

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