JEANSON Henri

Par Nicole Racine

Né le 6 mars 1900 à Paris (XIIIe arr.), mort le 6 novembre 1970 à Equemauville (Calvados) ; journaliste, dialoguiste de cinéma ; secrétaire général du syndicat des scénaristes CGT en 1947.

Fils d’un instituteur devenu professeur et d’une modiste, après des études secondaires au lycée Henri-IV, Henri Jeanson exerça divers petits métiers : employé chez un expert comptable, clerc de notaire, manutentionnaire, représentant, emballeur au Bon Marché. Il aimait le théâtre, rêvait de devenir comédien, mais ce furent les dialogues qu’il écrivit pour le cinéma qui lui donnèrent la notoriété. Il débuta dans le journalisme en entrant en 1917 à La Bataille, organe de la CGT pour remplacer Grandidier qui venait d’être arrêté ; il y tint plusieurs rubriques (faits divers, critique dramatique et même critique militaire qu’il signait Général N...) De La Bataille, il passa au Journal du Peuple d’Henri Fabre et aux Hommes du Jour, à L’OEuvre de G. Téry, à Bonsoir. Il se lia avec M. Achard, S. Passeur, M. Pagnol et se fit connaître comme un redoutable critique et pamphlétaire. Il entra au Canard enchaîné où il tint la critique cinématographique sous le pseudonyme de Huguette ex-Micro. Il collabora à de nombreux journaux, La Flèche, l’Intransigeant, L’Heure, Candide, Le Rire, Paris-Soir de Merle, l’Humanité. Polémiste féroce, il eut de nombreux procès de presse.

Il composa de nombreuses pièces de théâtre, mais son nom reste lié à certains des meilleurs films français de la période, dont il écrivit les dialogues : Pépé le Moko (1937), Carnet de bal (1937), Entrée des artistes (1938), Hôtel du Nord (1938), Boule de suif (1945).

Pacifiste, Henri Jeanson proclamait hautement ses convictions. Il s’éleva en 1938-1939 contre la politique extérieure du gouvernement Daladier qui le fit poursuivre deux fois en 1939. Le 3 juillet 1939, Jeanson fut condamné pour un article paru le 17 novembre 1938 dans Solidarité internationale antifasciste (SIA) de L. Lecoin dans lequel il félicitait Grynspan, le jeune juif qui avait assassiné Von Rath, conseiller à l’ambassade d’Allemagne à Paris, pour protester contre la politique antisémite de Hitler ; le 6 novembre 1939, Henri Jeanson fut arrêté à Meaux (où il avait rejoint son corps de troupe dès sa mobilisation) et inculpé pour des articles écrits en mars et août 1939 dans lesquels il proclamait son refus de la guerre. Jeanson avait signé le tract " Paix immédiate " rédigé par Louis Lecoin (septembre 1939). Il comparut, le 20 décembre 1939 devant le 2e tribunal militaire de Paris et fut condamné à cinq ans de prison pour " provocation de militaires à la désobéissance " ; à son procès vinrent comme témoins Saint-Exupéry, Louis Jouvet, Marcel Achard, Gaston Bergery. Après cinq mois de détention, Henri Jeanson fut libéré en mai 1940 à la suite d’une intervention de César Campinchi auprès de Georges Mandel.

Au début de l’Occupation, Henri Jeanson fonda le quotidien Aujourd’hui (10 septembre 1940) avec l’espoir qu’il était possible de maintenir un journal indépendant à Paris ; il groupa autour de lui des esprits anticonformistes de gauche comme J. Galtier-Boissière, R. Desnos, le dessinateur Bécan. Les attaques de Jeanson contre l’ordre moral de Vichy (" nous ne macmahonnerons pas "), son refus de louer Montoire et de prendre part à la campagne antisémite ne pouvaient être longtemps tolérés par les occupants et leurs admirateurs français. Jeanson quitta Aujourd’hui (22 novembre 1940) et fut remplacé par Georges Suarez. Six mois après, Jeanson fut incarcéré par les Allemands à la Santé puis à la prison du Cherche-Midi. Il entra dans la clandestinité en 1942 afin d’échapper à une troisième arrestation allemande, ce qui ne lui évita pas d’être blâmé par le Comité d’épuration du cinéma en 1944.

Après la Libération, Henri Jeanson témoigna au procès G. Bergery. Il collabora au Crapouillot, au Canard enchaîné, à Combat, puis à l’Aurore (comme critique de télévision). Il écrivit encore de nombreux dialogues de films.

En 1947, il était secrétaire général du syndicat des scénaristes CGT en 1947 et membre du bureau de la fédération CGT du spectacle.

Il se retira en 1952 à Honfleur où il mourut en 1970.

Il s’était marié le 16 juin 1928 à Paris Ier avec Germaine Delbo et le 31 janvier 1967 à Equemauville avec Marcienne, Odette Vaudrey.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88791, notice JEANSON Henri par Nicole Racine, version mise en ligne le 21 août 2010, dernière modification le 1er septembre 2010.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Henri Jeanson, 70 ans d’adolescence. Précédé de " Le Rire d’Henri Jeanson " par Pierre Serval, Stock, 1971, 463 p. (Le livre de poche, 1973, 536 p.). — Henri Jeanson en verve. Présentation et choix de Nino Frank et Roger Régent, Horay, 1971, 128 p.

SOURCES : J. Galtier-Boissière, " Le panier de crabes. Souvenirs d’un polémiste (1915-1938) ", Le Crapouillot, novembre 1958. — " Dictionnaire des contemporains ", Le Crapouillot, 1950, t. 2, 1938. — Dictionnaire biographique français contemporain, 1954-1955, Pharos, 708 p. — André Bazin, Le cinéma de l’Occupation et de la Résistance, UGE, 1975, 194 p. — Histoire générale de la presse française, sous la direction de Cl. Bellanger, De 1940 à 1958, 1975, 486 p. — Le Monde, 8-9 novembre 1970. — : Laurent Martin, Le Canard enchaîné" ou les infortunes de la vertu : histoire d’un journal satirique, 1915-2000, Paris, Flammarion, 2001. — État civil.

ICONOGRAPHIE : J. Galtier-Boissière, Le panier de crabes... ", op. cit. — Dictionnaire des contemporains ", Le Crapouillot, op. cit.Dictionnaire biographique français contemporain, op. cit.

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