GUIDONI Pierre, Gabriel

Par Frédéric Cépède

Né le 3 octobre 1941 à Montpellier (Hérault), mort le 13 juin 2000 à Paris ; ingénieur, professeur d’université ; militant de l’UNEF puis du Parti socialiste, animateur du CERES, puis de Socialisme et République, membre de la direction nationale du Parti socialiste (1971-2000) ; président de l’OURS ; conseiller municipal de Paris (1971-1977), conseiller régional de l’Aude (1978-1981), député de l’Aude (1978-1983) ; ambassadeur de France.

Pierre Guidoni
Pierre Guidoni
Assemblée nationale, Notices et portraits

Fils de Georges Guidoni, ophtalmologiste, lui-même descendant de trois générations de médecins de Narbonne (Aude), et de Marie-Madeleine Massot, Pierre Guidoni, après le lycée Victor-Hugo de Narbonne, fit de brillantes études à Montpellier à partir de 1958, dans un milieu étudiant où les vifs affrontements entre l’extrême droite majoritaire défendant l’Algérie française et la gauche structuraient la vie politique locale. Militant dans les organisations étudiantes, il adhéra à la SFIO à vingt ans, engagement qu’il expliquait ainsi dans l’introduction de son Histoire du nouveau parti socialiste parue en 1973 : « Je suis socialiste. Je l’ai toujours été. Je n’ai jamais été que cela. J’ai adhéré à la SFIO en 1962, en un temps où ce n’était pas à la mode. J’aurais pu adhérer plus tôt : mais je m’étais battu, comme tant d’autres, pour la paix et l’indépendance de l’Algérie et je ne voulais pas adhérer au parti de Robert Lacoste* tant que la guerre durerait. Lorsqu’elle fut finie, je n’hésitai pas. Je pensais qu’on ne fait sérieusement de la politique que dans les grands partis et qu’à gauche il n’y avait que deux traditions : celle de Lénine et celle de Jaurès. » De Jaurès, il avait retenu le socialisme démocratique bien sûr, mais surtout un attachement viscéral à la République, à ses racines de la Révolution française, et au patriotisme.

Militant à l’Union générale des étudiants de Montpellier, il fut élu au bureau national de l’UNEF au congrès de 1963, comme vice-président chargé des affaires de jeunesse et militaires. Réélu en 1964, d’abord chargé des questions internationales jusqu’en septembre 1964, il remplaça alors Jean-Claude Gillet en 1964 et intervint au congrès national de 1965. Si ses interventions politiques furent rares dans les années 1960, son style oratoire servi par une belle voix grave où roulaient les accents du midi occitan et nourri de sa vaste culture et de sa connaissance de l’histoire socialiste fut remarquée des auditoires. Il fit son service militaire dans la coopération, comme professeur au lycée Bebanzin de Porto-Novo, au Dahomey (Bénin), d’où il suivit les événements de Mai 68. À son retour en 1969, il s’installa à Paris et rejoignit le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialistes (CERES), club fondé en 1966 par un groupe de jeunes entrés à la SFIO (Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane*, Georges Sarre* et d’autres). Pierre Guidoni s’investit avec passion dans les réflexions théoriques et dans ce qu’il estimait être le combat nécessaire pour rénover le Parti socialiste qui passait pour lui par l’Union de la gauche. Il apporta également à la modeste équipe, composée d’énarques et de postiers pour l’essentiel, son savoir-faire en matière de gestion d’un congrès, acquis à l’UNEF et à la SFIO, et sa connaissance des rouages de cette dernière ; mais aussi ses talents de chroniqueur et d’artiste, les publications du courant (autant que celles des étudiants à l’époque) étant largement illustrées de ses dessins et caricatures à la plume où son humour souvent acerbe dans la description des mœurs des tribus socialistes s’exprimait librement. Cependant, il ne cherchait jamais à blesser ses interlocuteurs, même dans les joutes de congrès au cours desquelles il savait ménager des espaces pour la conciliation. Vu du côté des « mollétistes », il représentait « le CERES à visage humain ». Au milieu des années 1970, le journaliste Thierry Pfister, dans Les socialistes, dressait de lui ce portrait : « C’est l’orateur de charme du CERES. Il s’est formé à l’école de Georges Guille […]. Mince, élégant, la mèche glissant sur le front, ses doigts effilés caressant la tribune avant d’aller tracer une rapide arabesque dans l’espace, il joue volontiers sur la sentimentalité des auditoires socialistes. »

Membre du bureau du CERES, il participa à la conquête de la fédération de Paris et devint membre de son secrétariat du PS en 1969. Il était par ailleurs trésorier adjoint de l’Association des Amis de la fédération socialiste de Paris en 1971.

Le 3 avril 1970, il épousa Élise Marjolin, fille de Robert Marjolin (1911-1986), économiste puis diplomate, militant socialiste dans les années 1930 au sein de Révolution constructive. Marjolin fut l’un des architectes de la construction européenne, comme rédacteur, dans le cabinet de Christian Pineau en 1956-1957, des Traités de Rome et comme acteur de leur mise en place. Le couple eut deux filles.

Pierre Guidoni, à vingt-neuf ans, fut élu conseiller municipal de Paris dans le XIXe arrondissement le 21 mars 1971. Le mois suivant, il fut désigné comme vice-président du groupe socialiste au conseil de Paris et le demeura jusqu’en mars 1978. Au sein de l’assemblée parisienne, il siégea successivement à la 5e commission puis à la 1re, ainsi qu’à la commission des transports.

Au congrès d’Épinay en juin 1971, le CERES apporta à François Mitterrand* le complément de mandats nécessaire à sa victoire et une référence de gauche utile pour compenser les ralliements « droitiers » des grosses fédérations de la SFIO, dites des Bouches-du-Nord, derrière Pierre Mauroy* et Gaston Defferre. Pierre Guidoni, au nom du CERES, entra alors au comité directeur du Parti socialiste ; il y fut réélu au congrès de Grenoble (1973).

En vue des élections législatives de 1973, il fut candidat à la candidature socialiste dans l’Aude contre le député sortant, Francis Vals*. Ce dernier fut mis en minorité, le 15 septembre 1972, par la section de Narbonne qui, par 163 voix contre 108, lui préféra Pierre Guidoni. Mais Vals l’emporta dans le congrès d’arrondissement de Sallèles-d’Aude par les deux tiers des mandats et fit le plein des voix socialistes aux élections législatives.

La même année, Pierre Guidoni publia une Histoire du nouveau Parti socialiste dans laquelle il exposait avec finesse et érudition la vision CERES de l’histoire d’un parti qu’il ne pas faisait pas naître seulement au congrès d’Épinay. En 1974, il fut délégué départemental de François Mitterrand pour l’élection présidentielle.

Au congrès de Pau, en 1975, Pierre Guidoni, réélu au comité directeur, entra au bureau exécutif du parti au moment où le CERES sortait de la majorité. Orateur du courant au congrès, il souligna l’importance historique de la fracture dans l’ancienne majorité d’Épinay en rappelant les ambitions d’alors – la sienne était de « provoquer dans l’histoire de notre pays une césure aussi importante que celle de 1789 » –, la rupture avec le capitalisme, la construction d’un socialisme démocratique. Il invitait le parti à renouer le dialogue avec le PCF, en prenant l’initiative de cette reprise et en faisant de nouvelles propositions à son partenaire. Il demandait également de renforcer le parti pour en faire un véritable instrument de transition vers le socialisme, un parti de militants, enraciné dans la réalité sociale de l’époque et tout d’abord sur les lieux de travail. S’il ne tenta pas de s’opposer à la rupture de l’ancienne majorité, il la relativisa dans son intervention finale en récusant le terme de scission. Sans nier les divergences, il appela à ne pas les creuser, pour se retrouver plus tard. Au congrès de Metz, en 1979, l’affrontement entre les mitterrandistes et les rocardiens alliés aux amis de Pierre Mauroy permit au CERES de revenir dans le jeu majoritaire. Pierre Guidoni, qui avait été élu vice-président du comité directeur du PS en 1978, fut réélu à ce congrès.

Depuis l’année précédente, il avait acquis une nouvelle surface politique en devenant député de l’Aude. Après avoir été candidat à Paris contre Jean Tibéri dans le Ve arrondissement à l’occasion de l’élection législative partielle du 14 novembre 1976, puis candidat PS aux sénatoriales de 1977 toujours à Paris, Pierre Guidoni revint à Narbonne sur ses terres qu’il aimait passionnément. En dépit de la candidature concurrente du député sortant, Jean Antagnac, suppléant de Vals décédé en 1974, qui recueillit au premier tour près de 5 000 voix, il se retrouva seul en lice au second tour de scrutin : en effet, son adversaire le plus dangereux, le candidat communiste, qui était arrivé second le 12 mars, se retira, et aucun des huit autres candidats n’avait dépassé les fatidiques 12,5 % pour pouvoir se maintenir. Toujours conseiller municipal de Paris, il démissionna au lendemain de son élection à l’Assemblée nationale, considérant, à l’inverse de Jacques Chirac, qu’il y avait incompatibilité entre un mandat municipal parisien et un mandat législatif en province. Il fut désigné comme conseiller régional de la région Languedoc-Roussillon en 1978-1982, et secrétaire puis vice-président du conseil régional, président de la commission d’aménagement du territoire.

Après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en mai 1981, la « vague rose » et sa position dans l’Aude assuraient à Pierre Guidoni sa réélection en juin. Nommé vice-président de l’Assemblée en juin 1981-1982, il cumula les responsabilités à visées locales, étant vice-président du groupe viticole de l’AN, président de la commission d’aménagement du territoire, président du projet agriculture méditerranéenne, vice-président du conseil de rivage et vice-président de l’agence d’urbanisme du littoral en 1981. Ses importantes responsabilités de parlementaire ne lui faisaient pas négliger le combat et les responsabilités au sein du PS : il fut désigné comme secrétaire national aux collectivités locales au congrès de Valence (1981).

Mais Pierre Guidoni, qui se définissait comme internationaliste et s’était fortement préoccupé de la solidarité avec les exilés grecs, chiliens et espagnols dans les années 1970, s’intéressait depuis longtemps à des horizons plus lointains. Parlant l’espagnol couramment, se rendant en Espagne régulièrement depuis sa jeunesse, il avait publié en 1976, un ouvrage avec Felipe González, nouveau leader du PSOE (Entretiens sur le socialisme en Espagne). Nommé vice-président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée, il obtint la charge des relations internationales. Grand connaisseur des questions diplomatiques, s’étant préoccupé de longue date des conditions d’admission de l’Espagne et du Portugal dans le marché commun qui rendrait celui-ci supportable aux régions du Midi de la France, il fut nommé par François Mitterrand successivement ambassadeur de France extraordinaire et plénipotentiaire à Madrid (janvier 1983-juillet 1985), alors que s’achevait la transition démocratique et que la question de l’adhésion du pays à l’Europe était posée. Puis, nommé préfet hors-cadre, il fut président de l’Institut du monde arabe de 1985 à 1986. Secrétaire aux questions européennes du PS en 1987-1990, puis aux relations internationales, il était membre du comité de coordination de son parti en 1990-1991, représentant régulièrement le PS à l’Internationale socialiste.

Ses activités internationales n’avaient pas totalement éloigné Pierre Guidoni du terrain politique national. Il ne tenta pas un retour politique dans l’Aude, et candidat aux législatives de 1988 dans la 2e circonscription de l’Aisne, il fut battu. Il demeurait très actif dans les débats internes du parti, écrivant, sous sa signature ou sous divers pseudonymes, dans les journaux et revues du parti comme de son courant. Il participait en effet activement à Socialisme et République (lancé en 1986), héritier du CERES, dirigeant la nouvelle revue République. Mais il ne suivit pas Jean-Pierre Chevènement, même s’il l’approuvait sur le fond, dans sa rupture avec le Parti socialiste après la guerre du Golfe en 1991. Il estimait que si Chevènement avait raison sur l’analyse de la guerre, celle-ci ne constituait pas un « événement décisif ». Pour lui, quitter le PS était alors une « sottise sans perspective et sans issue ». Il fut en août 1991 nommé ambassadeur en Argentine, où il resta jusqu’en septembre 1993.

De retour en France en 1993, Pierre Guidoni fonda l’Association pour le développement des relations internationales (ADRI) dont il fut président, et il retrouva les rangs du conseil national du PS (nouvelle instance remplaçant le comité directeur). Conseiller diplomatique de Lionel Jospin pendant sa campagne présidentielle en avril-mai 1995, il réintégra la direction du PS en septembre suivant à l’occasion du conseil national qui désigna l’ancien candidat comme premier secrétaire. Pierre Guidoni redevint alors secrétaire national aux relations internationales, fonction qu’il occupa jusqu’à son décès. Il fut encore vice-président du Parti des socialistes européens (PSE) de 1995 à 1999. Cette année-là, il fut délégué interministériel au codéveloppement et aux migrations internationales, nommé par le Premier ministre, Lionel Jospin.

Professeur à l’université Paris VIII, Pierre Guidoni était l’auteur de nombreux ouvrages (voir « Œuvre »). Passionné de politique et d’histoire, il collabora à de nombreux journaux et revues. Il était notamment membre des comités de rédaction des revues suivantes : Les Cahiers du CERES, Volonté socialiste, Frontière, Repères, Non !, Socialisme et République, et fut directeur de la revue République (1987 à 1991), puis des publications de l’Office universitaire de recherche socialiste (OURS) de 1997 à 2000.

Devenu vice-président de l’OURS en 1996, Pierre Guidoni succéda à Claude Fuzier, en février 1997, à la présidence de l’association. Sous son impulsion, l’action en matière de sauvegarde de la mémoire et des archives des socialistes fut dynamisée. Il était également vice-président de la Fondation Jean-Jaurès.

Décédé brutalement à Paris le 13 juin 2000, Pierre Guidoni eut un enterrement religieux.

Pierre Guidoni était officier de la Légion d’honneur et chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88678, notice GUIDONI Pierre, Gabriel par Frédéric Cépède, version mise en ligne le 11 août 2010, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Frédéric Cépède

Pierre Guidoni
Pierre Guidoni
Assemblée nationale, Notices et portraits

ŒUVRE : Histoire du nouveau parti socialiste, Téma, 1973. — Entretiens sur le socialisme en Espagne (avec Felipe Gonzalez), Téma, 1976. — Vie de Blanqui, Martinsart, 1977. — La Cité rouge, le socialisme à Narbonne (1871-1921), Toulouse, Privat, 1979. — Le socialisme et la France (en collaboration avec Didier Motchane), 1983. — Avec Robert Verdier (dir.), Les socialistes en Résistance, Séli Arslan, 1999.

SOURCES : Arch. Nat., CAC, 19830172, art. 101. 19890523/8. CAC, 19890523/16. — Arch. de l’OURS, AGM 136. — Arch. Fondation Jean Jaurès, fonds Pierre Mauroy, fédération de l’Aude. — L’Unité, n° 290, 7 avril 1978. — Thierry Pfister, Les socialistes, Albin Michel, 1975. — Arch. de l’UNEF (AN 46 AS). — Entretien d’A. Monchablon avec P. Guidoni, juillet 1981. — Pierre Guidoni, la belle ambition, OURS, Bruno Leprince éditeur, 2000. — Notes d’Alain Monchablon et de Gilles Morin. — Who’s Who in France, 1985-1986. — État civil.

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