HUMBLOT Henri, Charles, Marie

Par Gilles Morin

Né le 4 mars 1916 à Digoin (Saône-et-Loire), mort le 9 novembre 1996 à Auxerre (Yonne) ; professeur agrégé d’allemand ; militant socialiste ; membre du secrétariat de la fédération SFIO de la Marne (1951-1956) ; secrétaire des fédérations PSA puis PSU de la Marne ; membre des directions nationales du PSA puis du PSU (1958-1963) ; membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) en 1966-1993.

Fils d’un employé des postes, devenu receveur des postes à Epinal (Vosges), Henri Humblot, bachelier (section Philosophie) en 1933, maître interne à l’école nationale professionnelle de Nancy (Meurthe-et-Moselle) de 1935 à 1937, obtint la licence ès-lettres et le diplôme d’études supérieures d’Allemand en 1938. En 1937-1938, il fut assistant de Français au lycée de Hanovre (Allemagne). Dans le cadre d’une délégation rectorale, il enseigna la grammaire au collège de Saint-Dié (Vosges) en 1938-1939 puis les lettres de 1940 à 1942 après sa mobilisation en 1939-1940.

Il se maria le 5 août 1937 à Nancy avec Léone, Berthe Ruhlmann, employée à la bibliothèque universitaire, fille d’un décorateur de Saint-Dié (Vosges). Divorcé, il se remaria le 29 avril 1950 à Paris (VIIe arr. avec Françoise Poupard.
Henri Humblot, reçu au certificat d’aptitude au professorat des collèges en 1942, obtint une délégation pour enseigner les lettres et l’allemand au collège de garçons d’Épernay (Marne). Il souhaita en vain une mutation dans un collège moderne parisien pour préparer l’agrégation d’allemand. En septembre 1943, il demanda un congé pour « raisons personnelles »).

Henri Humblot était devenu professeur agrégé d’Allemand. Passionné par les relations avec l’Allemagne, qu’il disait très bien connaître pour y avoir vécu et y retourner régulièrement, et par les questions européennes, ayant favorisé la création de mouvements démocratiques de jeunesse dans le Bade-Wurtemberg en tant que chef de la section Jeunesse et Sports de la zone d’occupation française, il fut avec Carlo Schmitt et Heinrich Hartmann, à l’origine de l’organisation « IB (Internationaler Bund für Kultur und Sozialarbeit) » fondée à Tübingen le 11 janvier 1949, devenue un organisme international. Mais Raymond Schmittlein, ancien inspecteur de l’enseignement du Français à l’étranger, devenu le directeur général des affaires culturelles en zone d’occupation française en Allemagne, désapprouva souvent ses initiatives dans le domaine des rapports franco-allemands avec la jeunesse et les sports. Il parvint à supprimer son détachement en Allemagne pendant lequel il fut décoré de l’Ordre de la Médaille d’honneur de la Croix Rouge et de l’Ordre du Mérite dans le cadre de la République fédérale allemande.

Membre actif de la section socialiste SFIO de Paris du Veme arrondissement à la Libération, Henri Humblot fit partie du groupe socialiste SFIO en Allemagne occupée et fut délégué au congrès national de Paris comme observateur.

Henri Humblot devint professeur au lycée de Châlons-sur-Marne. Secrétaire adjoint de la fédération SFIO de la Marne et responsable des Jeunesses socialistes du département en 1951, il était membre du comité de rédaction de l’hebdomadaire socialiste régional, Le Travail. Actif, il prit des positions hétérodoxes en flèche à l’occasion de la crise de la Communauté européenne de Défense (CED) et lors de la guerre d’Algérie. Il fit un exposé à la session d’information, organisée dans le Parti socialiste SFIO, sur le problème de la Communauté européenne de défense, à Puteaux, le 2 mars 1952. Puis, il se montra un vif adversaire de la CED. Il fut candidat, sans succès, au comité directeur de la SFIO aux congrès de 1952 et 1956.

Conseiller municipal de Châlons-sur-Marne en 1953-1959, il représenta la SFIO aux élections cantonales de 1951 et 1958 à Châlons-sur-Marne, puis aux élections législatives du 2 janvier 1956, où, à l’issue d’une dure bataille interne, il fut désigné comme tête de liste SFIO qui réalisa un score honorable : avec 19.852 voix il faisait progresser les suffrages socialiste de plus de 1 000 voix par rapport à 1951, pas suffisamment cependant pour succéder au député socialiste sortant Lucien Draveny. Deux raisons principales furent invoquées pour expliquer cet insuccès. D’une part, en refusant de se représenter, Draveny suscita un vif mécontentement de ses administrés Humblot. D’autre part, sa candidature pâtit de son opposition permanente au secrétaire fédéral résidant à Reims, Robert Mirande. Face à Humblot, jeune et entreprenant, appuyé par la section de Châlons-sur-Marne. l’ancien secrétaire fédéral, Mirande, militant de Troyes, longtemps patron de la fédération et par ailleurs directeur de Libération Champagne, défendait ses positions. L’opposition avec Humblot était ancienne. Déjà en 1952, Mirande qualifiait la candidature de Humblot à l’élection au comité directeur de « fantaisie », alors que lui-même s’était déjà porté candidat pour représenter les militants de la Marne. Le 25 juin 1956, à la veille du congrès de Lille, alors que l’opposition à la guerre d’Algérie commençait à se structurer, Mirande écrivait au secrétaire du parti par intérim Pierre Commin en espérant son appui : « Dans la Marne, Humblot que tu connais, signe chaque année une motion d’opposition quelconque. Cette année c’est la motion Binot, Daniel Mayer, etc. Chaque année je défends contre lui la motion majoritaire. Cette année, comme d’habitude, j’ai fait passer cette dernière (la tienne) : 309 voix contre 136 ».
La sensibilité, plutôt de gauche, que représentait Humblot dans la fédération s’opposait à un secrétaire résolument « mollétiste », et la question algérienne entretenait le conflit entre les deux camps qui disposaient de bases territoriales solides et fidèles. Mais si le conflit idéologique était incontestable, les questions de personnes et les rivalités entre les deux grosses sections fédérales en dessinaient par avance le cadre.

Henri Humblot avait aussi fondé une section LDH à Châlons-sur-Marne qu’il a gérée de 1957 à 1965, puis une section LDH à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Il devint membre du comité central de la LDH en 1966 et le resta jusque dans les années 1990. A Châlons, il initia la fondation d’un groupement de défense des consommateurs et participa à la création de l’association « Cinquième classe » pour lutter contre les abus des sociétés de pompes funèbres.
Henri Humblot se signala très rapidement comme un opposant à la politique algérienne de Guy Mollet et Robert Lacoste et milita dans les rangs de l’opposition qui s’exprima au plan national, autour d’Edouard Depreux, Robert Verdier et Oreste Rosenfeld. Dans la Marne, il regroupa une opposition significative, puisqu’au congrès de septembre 1958, si près des trois quarts des mandats (345) furent favorables au « Oui » pour le référendum, plus d’un quart se prononcé pour le « Non » (140, avec 20 abstentions). Humblot participa à la scission qui donna naissance au Parti socialiste SFIO autonome (PSA) et devint responsable de la fédération du PSA de la Marne. Seuls une vingtaine de militants, sur 545 que comptait officiellement la fédération, le suivirent dans un premier temps, parmi lesquels, quatre membres de la commission exécutive fédérale sur vingt. D’autres militants les rejoignirent avec plusieurs mois de retard.

Henri Humblot, qui siégea à la CAP du PSA en septembre 1958-avril 1960, intervint au congrès de Montrouge de ce parti en avril 1959 dans le débat sur la laïcité. Alors que celui-ci conditionnait les rapports futurs avec l’UGS, bien qu’enseignant laïque militant, il se prononça pour une « laïcité tolérante ».

Secrétaire fédéral du Parti socialiste unifié de sa création en avril 1960 à 1965, Humblot fut élu au premier comité politique national (CPN) du PSU en avril 1960, puis réélu en 1961. Il avait rédigé une contribution dans Tribune socialiste du 25 février 1961, où il critiquait l’activisme de l’organisation. Il demandait que le parti conserve le sens du concret et s’inquiétait du fait que, selon lui, le PSU ne restait pas un parti de militants, perdant le sens du concret en ne tenant pas compte des forces réelles des petites fédérations et sections. Il fut encore cosignataire d’un amendement sur la laïcité à ce congrès PSU de 1961. Il fut élu minoritaire, de la motion C, au CPN, à l’issue du congrès d’Alfortville en janvier 1963, et co-présida le conseil national du 22 juin 1963. Son activisme dans la lutte contre la guerre d’Algérie lui valut d’être victime d’un plasticage le 16 décembre 1961. Il représenta son organisation aux élections législatives en 1958, puis, dans la troisième circonscription) pour le PSU en 1962 (4 298 voix sur 63 226 inscrits et 40 063 suffrages exprimés, retrait pour le deuxième tour), également candidat aux cantonales de 1964 à Châlons. Il conduisit encore une liste PSU-SFIO-radicaux aux élections municipales de 1965 à Châlons-sur-Marne.

Henri Humblot fut censeur au lycée de Chaumont (Haute-Marne) en 1965-1967, proviseur du lycée de Saint-Omer (Pas de Calais) en 1967-1969 et du lycée Van Gogh à Ermont (Val-d’Oise) en 1969-1971. Il devint proviseur du lycée Buffon de 1971 à 1975, puis du lycée Saint-Louis de 1975 à 1979. Il reçut la Légion d’honneur pour son travail au lycée Buffon en 1975.

Son épouse, Françoise Humblot, née le 30 mars 1913, professeur syndiquée, fut adhérente du PSA puis du PSU en 1960-1961.

Le couple se retira à Guerchy (Yonne). Henri Humblot décéda à l’hôpital d’Auxerre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88640, notice HUMBLOT Henri, Charles, Marie par Gilles Morin, version mise en ligne le 7 août 2010, dernière modification le 15 mars 2019.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., 20140530/101, F/1cII/219, 321, 562. — Fichiers adhérents du PSU. — Archives de l’OURS, dossiers Marne. — Les élections législatives de 1956, 1958 et 1962, La Documentation française. — Tribune socialiste, 30 avril 1960, 25 février 1961, 23 décembre 1961, 2 février et 29 juin 1963, 13 mars 1965. — Courrier du PSU, janvier 1961. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, Paris, La Découverte, 1994, t. 1, 444 p. — Gilles Morin, L’opposition socialiste à la guerre d’Algérie et le Parti socialiste autonome (1954-1960), thèse d’histoire, Université de Paris I, 1992. — Renseignements fournis par sa fille Marie-Hélène Luebbers. — Notes de Jacques Girault.

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